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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2201489

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2201489

mercredi 2 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2201489
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantMOUANGA DIATANTOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 mars 2022, Mme A D B, représentée par Me Mouanga Diatantou, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 février 2022 par laquelle le préfet du Finistère a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Finistère de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter du jugement à venir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'une méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision méconnait les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2022, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante de nationalité nigériane née le 3 septembre 2001, est arrivée en France le 18 août 2016, accompagnée de sa mère, de ses deux frères, et de sa sœur. Elle était en possession d'un visa touristique. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 13 avril 2017 et par la Cour nationale du droit d'asile le 19 septembre 2017. Le 22 novembre 2021, elle a sollicité son admission au séjour au titre de l'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par courrier en date du 8 février 2022, le préfet du Finistère a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. (). ".

3. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de ces dispositions par un étranger, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme B, qui est célibataire en France et sans enfants à charge, est entrée en France en 2016 à l'âge de 14 ans en compagnie de sa mère et de sa fratrie, et que, depuis le rejet de sa demande d'asile de sa mère, toute la famille se maintient en situation irrégulière en France. Mme B ne fait ainsi état d'aucune autre attache en France de nature à justifier une admission exceptionnelle ou à titre humanitaire au séjour sur le fondement de la vie privée et familiale. En outre, si la requérante fait état d'un bon parcours scolaire et professionnel par l'obtention de diplômes de langue française, et de deux CAP obtenus en 2020 et 2021, ainsi que par des attestations favorables délivrées par le conseiller principal d'éducation de son lycée, ses professeurs et ses maîtres de stage, et fait valoir qu'elle est employée à domicile depuis le 1er février 2022, cet emploi, au demeurant sans lien avec les diplômes obtenus, n'est pas non plus de nature à justifier la délivrance d'une admission exceptionnelle au séjour en qualité de salariée.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / (). ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. Pour les mêmes motifs que ceux cités au point 4, compte tenu de ce que Mme B n'a pas d'autres attaches en France que sa famille qui y réside en situation irrégulière, et en l'absence d'obligation de quitter le territoire français, la décision ne porte pas d'atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de Mme B. Ce moyen tiré de l'atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale doit par suite être écarté.

7. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

8. Si Mme B soutient qu'elle encourt le risque de subir des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays où les mutilations génitales demeurent couramment pratiquées, et en l'absence de mesure d'éloignement et de décision fixant le pays de renvoi, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision méconnaitrait les dispositions de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le sens du présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Dans les circonstances de l'espèce il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par Mme B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D B et au préfet du Finistère.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gosselin, président,

Mme Pottier, première conseillère,

Mme Gourmelon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2022.

La rapporteure,

signé

F. C

Le président,

signé

O. Gosselin

La greffière,

signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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