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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2202373

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2202373

vendredi 23 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2202373
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCIMADE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée 6 mai 2022, M. C A, alors retenu au centre de rétention administrative de Saint-Jacques-de-la-Lande, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 5 mai 2022 par lequel le préfet du Cher l'a obligé à quitter le territoire français sans lui accorder de délai de départ volontaire, a fixé le pays d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire pendant une durée de trois ans.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il ne représente aucune menace pour l'ordre public.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mai 2022, le préfet du Cher conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant roumain né le 12 février 1989, a été interpellé à la suite d'une infraction routière commise le 4 mai 2022. Il a alors été constaté que, par un arrêté du préfet de Haute-Garonne du 29 août 2019, M. A avait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français avec interdiction de retour sur le territoire d'une durée de trois années qui n'avait pas été respectée. Le préfet du Cher a décidé, par l'arrêté attaqué du 5 mai 2022, d'obliger M. A à quitter le territoire français sans lui accorder de délai de départ volontaire, a fixé le pays d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de trois ans.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; () L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. ". Aux termes de l'article L. 251-4 du même code : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ". Il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Il vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui le fondent ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et précise les éléments se rapportant à la situation personnelle, familiale et administrative de M. A. Il indique également que M. A a fait l'objet d'une condamnation à une peine d'emprisonnement de quatre mois pour des faits de vols aggravés et qu'il n'a pas respecté l'interdiction de retour sur le territoire dont il

a fait l'objet. Par suite, cet arrêté répond suffisamment aux exigences de motivation énoncées par les dispositions des articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

4. En deuxième lieu, M. A fait valoir qu'il est revenu en France en raison de la maladie de son fils qui devait être opéré en France et bénéficier d'un suivi médical régulier, que deux de ses trois enfants sont scolarisés en France et qu'il exerce une activité de vente de vêtements sur les marchés. Cependant, si M. A admet qu'il est revenu en France en janvier 2020 après son éloignement et qu'il n'a pas respecté l'interdiction de retour sur le territoire d'une durée de trois ans qui a été prononcée par un arrêté du préfet de Haute-Garonne du 29 août 2019, il ne produit aucune pièce susceptible d'appuyer ses allégations concernant sa propre situation, celle de son enfant malade ou celle de sa famille. Il ne justifie pas de son insertion sociale et professionnelle et n'établit pas plus disposer de liens anciens et stables sur le territoire. Par ailleurs, si M. A soutient que depuis son retour sur le territoire français, en janvier 2020, il n'a pas été condamné ou placé en garde à vue il ne conteste pas avoir fait l'objet d'une première condamnation à quatre mois d'emprisonnement pour des faits de vol aggravé et d'une seconde condamnation à huit mois d'emprisonnement pour des faits de vol par ruse. Dans ces conditions, le préfet du Cher a pu estimer, sans erreur d'appréciation, que le comportement personnel de l'intéressé constituait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française au sens des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et prononcer une obligation de quitter le territoire français à l'encontre de M. A.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. Pour les motifs énoncés au point 4, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et aurait ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la légalité de l'interdiction de circulation sur le territoire français pendant une durée de trois ans :

7. Le préfet du Cher a assorti l'obligation de quitter le territoire français d'une décision d'interdiction de circuler sur le territoire français d'une durée de trois ans. Cette décision est motivée par la circonstance que le requérant a fait l'objet d'une première condamnation à quatre mois d'emprisonnement pour des faits de vol aggravé et d'une seconde condamnation à huit mois d'emprisonnement pour des faits de vol par ruse. M. A qui n'apporte aucune justification concernant sa situation personnelle, familiale et son intégration indique seulement que depuis son retour sur le territoire français en janvier 2020 il n'a pas été condamné ou placé en garde à vue. Dans ces conditions, M. A doit être regardé comme ne justifiant d'aucune circonstance particulière permettant d'établir que la décision contestée serait disproportionnée au regard de sa situation personnelle ou familiale. Par suite, le préfet du Cher a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, prononcer à l'encontre de l'intéressé une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trois ans.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 5 mai 2022 doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Cher.

Délibéré après l'audience du 9 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Radureau, président,

Mme Plumerault, première conseillère,

M. Bozzi, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2022.

Le président-rapporteur,

signé

C. B

L'assesseure la plus ancienne,

signé

F. Plumerault

Le greffier,

signé

N. Josserand

La République mande et ordonne au préfet du Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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