mercredi 14 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2202427 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | CIMADE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 mai 2022, M. C A demande au tribunal :
1°) à être assisté d'un avocat commis d'office et d'un interprète en langue hongroise ;
2°) d'annuler l'arrêté du 9 mai 2022 par lequel le préfet du Finistère l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a déterminé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français durant un an.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles des articles 3-1 et 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est disproportionnée dès lors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public.
Par arrêté du 9 mai 2022, le préfet du Finistère a placé M. A en rétention administrative à Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine).
Par ordonnance du 12 mai 2022, le juge des libertés et de la détention a refusé la prolongation de la rétention administrative de M. A.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juin 2022, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant hongrois né en 1974, est, selon ses déclarations, entré en France avec son épouse et son premier enfant le 15 décembre 2011. Le 19 janvier 2017, l'intéressé a sollicité un titre de séjour en qualité de ressortissant européen. Par un arrêté du 25 septembre 2018, le préfet du Finistère a rejeté cette demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. M. A s'est toutefois maintenu de manière irrégulière en France. Interpellé en état d'ébriété à la suite d'une altercation avec son épouse, M. A a été placé en garde à vue puis a fait l'objet d'un arrêté du 9 mai 2022 par lequel le préfet du Finistère l'a, de nouveau, obligé à quitter le territoire français sans délai, a déterminé le pays à destination duquel il sera, le cas échéant, renvoyé et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an. Par arrêté du même jour, le préfet du Finistère a placé M. A en rétention administrative à Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine). Par ordonnance du 12 mai 2022, le juge des libertés et de la détention a refusé la prolongation de la rétention administrative de l'intéressé. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 9 mai 2022 portant obligation de quitter le territoire sans délai, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur les demandes tendant à l'assistance d'un interprète et d'un avocat commis d'office :
2. M. A ne se trouvant pas dans un des cas où il est en droit d'être assisté d'un interprète et d'un avocat commis d'office, ses conclusions en ce sens doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination :
3. En premier lieu, les décisions en litige visent notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention internationale des droits de l'enfant, le code des relations entre le public et l'administration, les articles L. 611-1 à L. 613-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et décrivent très précisément les conditions de l'entrée en France du requérant, son parcours et les circonstances propres à sa vie privée et familiale. Elles comportent ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elles se fondent et sont ainsi suffisamment motivées.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / 3° Leur séjour est constitutif d'un abus de droit. / () L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ".
5. M. A déclare qu'il est entré en France en 2011, en compagnie de son épouse, de nationalité hongroise, et de son premier enfant, et que les deux autres enfants du couple sont nés en France et y sont scolarisés. Toutefois, si M. A soutient résider en France depuis 2011, il ne l'établit pas par les seuls certificats d'hébergement produits. L'intéressé ne justifie, par ailleurs, d'aucune insertion particulière dans la société française et il ressort du procès-verbal du 9 mai 2022 que, lors de son interpellation, M. A a déclaré n'avoir aucune ressource et être sans domicile fixe. Le requérant s'est, en outre, soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre le 25 septembre 2018. Par un jugement du 2 novembre 2016, le tribunal correctionnel de Paris a condamné M. A à une peine de quatre mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de violences volontaires sur personne dépositaire de l'autorité publique. Le 8 mai 2022, il a été placé en garde à vue pour des faits de violence conjugale sur son épouse, faits dont il ne conteste pas la matérialité. En se bornant à alléguer que sa condamnation pénale de 2016 est isolée et que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public, M. A ne remet pas valablement en cause l'appréciation du préfet selon laquelle son comportement constitue une menace réelle, actuelle et grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Par ailleurs, il est constant que les trois enfants de M. A font l'objet de mesures de placement à l'aide sociale à l'enfance depuis 2014 et l'intéressé, qui ne produit pas le jugement du juge des enfants, ne justifie pas que des droits de visite lui auraient été accordés par ce dernier ni, en tout état de cause, qu'il se conformerait aux mesures éducatives mises en place. M. A, qui a, en outre, reconnu ne plus avoir de contacts avec ses enfants depuis cinq mois, ne démontre ainsi pas que sa présence auprès d'eux serait nécessaire ni même souhaitable. Enfin, M. A ne démontre pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet d'Ille-et-Vilaine n'a fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. En troisième lieu, d'une part, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Pour les motifs exposés au point 5 du présent jugement, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis. Les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent, dès lors, être écartés.
8. D'autre part, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Enfin, aux termes des stipulations l'article 16 de la même convention : " 1. Nul enfant ne fera l'objet d'immixtions arbitraires ou illégales dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d'atteintes illégales à son honneur et à sa réputation. / 2. L'enfant a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
9. Pour les motifs exposés au point 5, M. A ne justifie pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de ses enfants, pas plus que de l'intensité des liens entretenus avec eux. Il n'est donc pas fondé à se prévaloir de la méconnaissance des stipulations précitées.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour en France pendant un an :
10. En premier lieu, l'interdiction de retour en litige vise notamment l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet du Finistère précise que M. A s'est vu refuser tout délai de départ volontaire pour exécuter l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre. Il fait ensuite état des éléments de la situation de M. A au vu desquels il a arrêté la durée de l'interdiction de retour, eu égard notamment à la durée de la présence de cet étranger sur le territoire français, à la nature et à la stabilité de ses liens en France, à l'absence de démarche de régularisation de son séjour, à la précédente mesure d'éloignement dont il a fait l'objet et à la menace pour l'ordre public qu'il représente. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision litigieuse doit, par suite, être écarté.
11. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5 du présent jugement, eu égard à la menace que fait peser M. A sur un intérêt fondamental de la société au sens de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la décision portant interdiction de circuler sur le territoire français doit être écarté.
12. En troisième lieu, les moyens tirés de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des articles 3-1 et 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés par les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 9.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Finistère.
Délibéré après l'audience du 31 août 2022, à laquelle siégeaient :
M. Etienvre, président,
M. Albouy, premier conseiller,
Mme Tourre, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 septembre 2022.
La rapporteure,
signé
L. BLe président,
signé
F. Etienvre
La greffière d'audience,
signé
A. Bruéziére
La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne et à tous huissiers commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026