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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2202590

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2202590

mercredi 12 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2202590
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLE BIHAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 mai 2022, M. B D, représenté par Me Le Bihan, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 avril 2022 par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé le renouvellement de son attestation de demande d'asile ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État le paiement d'une somme de 1 800 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision litigieuse a été signée par une autorité dont il n'est pas établi qu'elle disposait d'une délégation de signature ;

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, particulièrement s'agissant du recours qu'il a engagé devant la Cour Nationale du droit d'asile à l'encontre de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides rejetant sa demande d'asile ;

- le préfet a méconnu les dispositions des articles L. 541-1 et L. 541-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, puisque son droit au maintien sur le territoire national, compte tenu du recours pendant devant la Cour nationale du droit d'asile, n'était pas expiré au jour de l'édiction de la décision litigieuse.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mai 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. D n'est fondé.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 juillet 2022.

Vu :

- l'ordonnance n° 2203449 rendue le 25 juillet 2022 par le juge des référés du tribunal administratif de Rennes ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Tourre a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant guinéen, né en 2002, a déposé une demande d'asile qui a fait l'objet d'une décision de rejet par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 14 septembre 2021. Il a formé un recours contre cette décision auprès de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 7 février 2022. Par la présente requête, M. D demande au tribunal l'annulation de la décision du 11 avril 2022 par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine lui a refusé le renouvellement de son attestation de demande d'asile.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté du 11 avril 2022 a été signé par Mme C A. Il ressort des pièces versées au dossier que, par un arrêté du 29 décembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 35-2021-199 du 29 décembre 2021, le préfet d'Ille-et-Vilaine a donné délégation à Mme C A, cheffe du bureau de l'asile à la préfecture, à l'effet de signer les décisions de délivrance de première attestation et les refus de délivrance de l'attestation de demande d'asile notamment. Dès lors, le moyen tiré de l'absence de délégation de signature régulière de l'auteur de la décision contestée manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les dispositions L. 542-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application. Elle précise que l'OFPRA a rejeté la demande de M. D de reconnaissance de la qualité de réfugié par une décision du 14 septembre 2021, notifiée le 4 octobre 2021, et indique que le recours formé contre cette décision devant la CNDA n'a été enregistré que le 7 février 2022. Le préfet mentionne, en outre, que si M. D a déposé une demande d'aide juridictionnelle, qui a été enregistrée le 23 octobre 2021 à la CNDA et qui suspend le délai prévu à l'article L. 532-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cette demande a été rejetée le 5 janvier 2022. La décision attaquée comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, sans que le préfet ait à préciser que M. D a déposé un recours devant la CNDA à l'encontre de la décision de rejet de sa demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation de la décision attaquée doit donc être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, et en particulier, des motifs de l'arrêté attaqué que le préfet a procédé à un examen complet et personnalisé de la demande de M. D.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". L'article L. 542-3 du même code prévoit que : " Lorsque le droit au maintien sur le territoire français a pris fin dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 ou L. 542-2, l'attestation de demande d'asile peut être refusée, retirée ou son renouvellement refusé. / Les conditions de refus, de renouvellement et de retrait de l'attestation de demande d'asile sont fixées par décret en Conseil d'État ". Enfin, l'article R. 541-1 de ce code précise que : " L'attestation de demande d'asile est renouvelée jusqu'à ce que le droit au maintien prenne fin en application des articles L. 542-1 ou L. 542-2. / Le renouvellement de l'attestation de demande d'asile relève du préfet du département dans lequel le demandeur d'asile est domicilié en application des articles R. 551-7 à R. 551-15, et à Paris, du préfet de police. / Le premier renouvellement est effectué sur présentation de l'accusé de réception de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides mentionné à l'article R. 531-5. Sous réserve des dispositions de l'article L. 542-2, en cas de recours contre une décision de l'office rejetant une demande d'asile, le renouvellement est effectué sur présentation de l'avis de réception d'un recours devant la Cour nationale du droit d'asile mentionné à l'article R. 532-9. L'attestation n'est pas renouvelée lorsqu'il est manifeste que le délai prévu à l'article L. 532-1 n'a pas été respecté ".

6. En outre, l'article L. 532-1 de ce code précise que les recours devant la CNDA doivent être exercés dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision de l'OFPRA. L'article 9-4 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 expose que : " Devant la Cour nationale du droit d'asile, le bénéfice de l'aide juridictionnelle est de plein droit, sauf si le recours est manifestement irrecevable. L'aide juridictionnelle est sollicitée dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Lorsqu'une demande d'aide juridictionnelle est adressée au bureau d'aide juridictionnelle de la cour, le délai prévu au premier alinéa de l'article L. 731-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est suspendu et un nouveau délai court, pour la durée restante, à compter de la notification de la décision relative à l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Ces délais sont notifiés avec la décision de l'office. Le bureau d'aide juridictionnelle de la cour s'efforce de notifier sa décision dans un délai de quinze jours suivant l'enregistrement de la demande ".

7. Pour refuser de renouveler l'attestation de demande d'asile de M. D, le préfet d'Ille-et-Vilaine s'est fondé sur le rejet de la demande de reconnaissance de la qualité de réfugié de l'intéressé par une décision du 14 septembre 2021 de l'OFPRA, notifiée le 4 octobre 2021, et sur le fait que le recours formé contre cette décision devant la CNDA n'avait été enregistré que le 7 février 2022. Si M. D a déposé une demande d'aide juridictionnelle, enregistrée le 23 octobre 2021 à la CNDA, cette demande était cependant tardive et n'a donc pas, comme le relève le préfet, suspendu le délai prévu à l'article L. 532-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Au regard de ces éléments, le préfet d'Ille-et-Vilaine a dès lors pu estimer qu'il était manifeste que le délai de quinze jours prévu par l'article L. 532-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'avait pas été respecté. Il résulte des dispositions précitées qu'en l'absence de recours contre la décision de l'OFPRA dans le délai prévu à l'article L. 532-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le droit au maintien sur le territoire français de M. D a pris fin dès la notification de cette décision. En se bornant à alléguer l'absence de décision de la CNDA sur son recours déposé le 7 février 2022 à l'encontre de la décision rendue par l'OFPRA à la date à laquelle il s'est présenté aux guichets de la préfecture, M. D n'établit pas qu'il pouvait prétendre, en application des dispositions citées aux points 6 et 7 du présent jugement, au renouvellement de son attestation de demande d'asile. Dès lors, le préfet d'Ille-et-Vilaine pouvait légalement décider de ne pas renouveler l'attestation de demande d'asile dont il bénéficiait, sans attendre l'issue de son recours formé devant la CNDA. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 541-1 et L. 541-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du préfet d'Ille-et-Vilaine du 11 avril 2022 refusant le renouvellement de son attestation de demande d'asile.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions à fin d'injonction.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

11. Les dispositions visées ci-dessus font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. D demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Etienvre, président,

M. Albouy, premier conseiller,

Mme Tourre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2023.

La rapporteure,

signé

L. TourreLe président,

signé

F. Etienvre

La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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