lundi 11 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2202595 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | GOURLAOUEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 mai et 13 juin 2022, M. D B, représenté par Me Gourlaouen, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 mai 2022 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;
2°) de lui accorder le bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle ;
3°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de réexaminer sa situation dans le délai de trois jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. B soutient que :
- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;
- il méconnaît l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît l'article L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- il y a lieu de procéder à une substitution de base légale ;
- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Un mémoire présenté pour M. B a été enregistré le 24 juin 2022, postérieurement à la clôture d'instruction.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République du Mali sur la circulation et le séjour des personnes ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. E,
- les conclusions de Mme Touret, rapporteure publique,
- et les observations M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant malien, est entré irrégulièrement en France à une date indéterminée et a bénéficié de l'aide sociale à l'enfance. Il a bénéficié d'un titre de séjour à sa majorité entre juillet 2017 et le 14 mai 2022, dont il n'a pas demandé le renouvellement. Il a fait l'objet d'une condamnation en juillet 2021 pour trafic de stupéfiants. Par arrêté du 17 mai 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander le bénéfice de l'aide juridictionnelle au plus tard lors de l'introduction de sa requête en annulation. () ".
3. M. B n'a pas justifié avoir présenté une demande d'aide juridictionnelle au plus tard lors de l'introduction de sa requête. Sa demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle est donc rejetée.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
4. Par un arrêté 13 mai 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet d'Ille-et-Vilaine a donné délégation à M. C A, chef du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, pour signer notamment les obligations de quitter le territoire français. Le moyen tiré de l'incompétence dont seraient entaché l'arrêté contesté manque en fait et doit être écarté.
5. L'arrêté vise ou cite les dispositions des articles L. 311-1, L. 611-1, L. 611-3, L. 612-1 et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application, et mentionne la situation administrative et personnelle de l'intéressé, son entrée irrégulière, l'absence de demande de renouvellement de son titre de séjour et ses différentes condamnations. Elle comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation doit donc être écarté.
6. Cette motivation et l'ensemble des considérants de l'arrêté permettent de vérifier que le préfet, qui a examiné la situation de M. B au regard de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, a procédé à un examen suffisant de la situation de l'intéressé même s'il n'a pas détaillé sa scolarité en France et les emplois qu'il a occupés.
7. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; / 6° L'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois a méconnu les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail. / Lorsque, dans le cas prévu à l'article L. 431-2, un refus de séjour a été opposé à l'étranger, la décision portant obligation de quitter le territoire français peut être prise sur le fondement du seul 4°. ".
8. Il ressort des pièces du dossier que M. B, après avoir été pris en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance, a bénéficié d'un titre de séjour pluriannuel. Il ne relevait donc pas du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile retenu par le préfet. Par ailleurs, M. B résidait régulièrement en France sous couvert d'un titre de séjour pluriannuel dont la validité expirait le 14 mai 2022 et ne relevait donc pas du 5° de cet article dès lors que la durée de son séjour irrégulier ne dépassait pas trois mois. Le préfet d'Ille-et-Vilaine demande toutefois qu'il soit substitué comme base légale de son arrêté le 2° du même article permettant de prononcer une obligation de quitter le territoire français à l'encontre de l'étranger qui, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré.
9. En l'espèce, M. B qui est entré en France antérieurement à fin 2016 n'a pas demandé le renouvellement du titre de séjour pluriannuel dont il disposait. Il relevait donc du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile même s'il était entré en France sans être soumis à l'obligation de présenter un visa. Dans ces conditions, le préfet pouvait, sur ce fondement, prononcer l'obligation de quitter le territoire français. Par suite, dès lors que la substitution demandée ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale, il y a lieu de procéder à la substitution de base légale demandée et de rejeter le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. Par ailleurs, M. B n'établit pas avoir été empêché de demander le renouvellement de son titre de séjour du fait de son emprisonnement ou de l'impossibilité de joindre le service du centre pénitentiaire susceptible de l'aider dans ses démarches. Dès lors, et quand bien même il remplirait les conditions requises pour le renouvellement de son titre de séjour pluriannuel, il ne peut se prévaloir utilement des dispositions de l'article L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif aux demandes de renouvellement des titres de séjour à l'encontre de la présente obligation de quitter le territoire français.
11. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
12. Il ressort des pièces du dossier que M. B est célibataire, sans charge de famille en France. Il n'établit ni même n'allègue être dépourvu d'attaches familiales à l'étranger. S'il est présent en France depuis environ six ans, a pu bénéficier de l'aide sociale à l'enfance, apprendre un métier et travailler, il ressort également des pièces du dossier que l'intéressé a fait l'objet d'une condamnation à une peine de six mois d'emprisonnement pour trafic de produits stupéfiants et a été incarcéré après révocation du sursis probatoire dont il bénéficiait. Durant son emprisonnement fin 2021, il a été condamné à vingt jours de cellule disciplinaire pour trafic de produits stupéfiants et détention de téléphones et d'une chicha. Préalablement, il avait été interpellé à plusieurs reprises en 2020 et 2021 par les forces de police pour violence sur conjoint, violence en état d'ivresse, port d'arme blanche et menace sur agent dépositaire de l'autorité publique, et enfin pour usage de stupéfiants. Le jugement le condamnant indique d'ailleurs sa participation habituelle au trafic de drogue dans son quartier. Dans ces conditions, le préfet d'Ille-et-Vilaine pouvait, en tout état de cause, faire ingérence dans l'exercice du droit de M. B au respect de sa vie privée dès lors que cette ingérence constitue une mesure nécessaire à la défense de l'ordre public et à la prévention des infractions pénales. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.
13. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 17 mai 2022, par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
14. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. B n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par l'intéressé doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
15. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. B doivent, dès lors, être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de M. B, tendant au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle, sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Gosselin, président,
Mme Pottier, première conseillère,
M. Desbourdes, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2022.
Le président-rapporteur,
signé
O. E
L'assesseur le plus ancien,
signé
F. Pottier La greffière,
signé
E. Douillard
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026