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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2202620

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2202620

mercredi 12 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2202620
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème Chambre
Avocat requérantJEANNETEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 mai 2022, M. B A, représenté par Me Jeanneteau, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 19 avril 2022 par laquelle le préfet du Finistère a déclaré irrecevable sa demande de titre de séjour et lui a donc refusé la délivrance d'un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet du Finistère de lui délivrer un titre de séjour d'un an dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai et sous la même astreinte et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son avocate sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- c'est à tort que le préfet a estimé qu'il ne répondait pas aux conditions règlementaires prévues par l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il a justifié de son état civil et de sa nationalité ;

- la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 de convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juillet 2022, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Un mémoire, enregistré le 22 juin 2023 pour M. A, n'a pas été communiqué.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration, notamment son article L. 211-2 ;

- le code civil ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Tourre,

- et les observations de Me Peres, substituant Me Jeanneteau, représentant M. A, présent.

Le préfet du Finistère n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant guinéen, déclare être né le 25 mai 2000 et être entré irrégulièrement en France le 16 décembre 2015, alors qu'il était mineur. Il a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance, à partir du 29 décembre 2015 et jusqu'à sa majorité alléguée. Le 22 janvier 2018, M. A a sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention vie privée et familiale. Par arrêté du 7 juin 2019, le préfet du Finistère a rejeté cette demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Le recours contre cet arrêté a été rejeté par le tribunal administratif le 30 septembre 2019, confirmé par la Cour administrative d'appel le 19 février 2020. Le 16 décembre 2021, l'intéressé a déposé une nouvelle demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par une décision du 19 avril 2022, dont M. A demande l'annulation, le préfet du Finistère a déclaré irrecevable sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée rappelle le parcours administratif de M. A en France et notamment l'arrêté du 7 juin 2019 portant rejet de sa demande de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français. Le préfet du Finistère examine, par ailleurs, les documents d'identité transmis par M. A à l'appui de sa demande de titre de séjour du 16 décembre 2021 et à l'appui de sa précédente demande de titre de séjour du 22 janvier 2018 et relève que l'intéressé ne justifie pas de son état civil et ne remplit donc pas la condition prévue par l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ce seul motif étant suffisant pour rejeter la demande de titre de séjour comme irrecevable, la circonstance tirée de ce que le préfet n'apporte aucun élément permettant de justifier du refus de délivrance d'un titre de séjour au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est sans incidence sur la motivation de la décision attaquée. Il suit de là que cette décision énonce de manière suffisante les considérations de droit et de fait qui la fondent. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : 1° les documents justifiant de son état civil ; 2° les documents justifiant de sa nationalité () ". L'article L. 811-2 du même code prévoit que la vérification des actes d'état civil étrangers doit être effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. Ce dernier article dispose quant à lui que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".

4. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.

5. Pour rejeter la demande de titre de séjour de M. A comme irrecevable, le préfet du Finistère s'est fondé sur la circonstance que les éléments produits à l'appui de sa demande n'étaient pas de nature à justifier de son état civil. Pour justifier de son identité, M. A a fourni à l'appui de sa demande de titre de séjour du 16 décembre 2021 une carte d'identité consulaire et un récépissé d'enrôlement de son passeport dont il attendait la délivrance auprès de l'ambassade de Guinée. En se bornant à transmettre ces documents sans produire les actes d'état civil sur la base desquels ces documents ont été réalisés, M. A ne justifiait effectivement pas de son identité à la date de l'édiction de la décision attaquée. À l'appui de sa précédente demande de titre de séjour du 22 janvier 2018, l'intéressé avait produit, pour justifier de sa minorité lors de son entrée sur le territoire français, un extrait d'acte de naissance indiquant que sa naissance a été déclarée le 1er juin 2000, un jugement supplétif n° 5487, tenant lieu d'acte de naissance, prononcé le 24 novembre 2017 par le tribunal de première instance de Conakry III - Mafanco, un extrait du registre de transcription de la commune de Matam rendant compte de la transcription de ce jugement le 5 décembre 2017 ainsi qu'une carte d'identité consulaire délivrée le 16 mai 2018. Toutefois, le tribunal administratif de Rennes et la Cour administrative d'appel de Nantes ont jugé que ces documents étaient dépourvus de force probante dès lors que la direction de la police aux frontières de la zone ouest, après analyse de ces documents, avait informé le préfet qu'il s'agissait d'actes apocryphes en raison de divers vices de forme, en précisant notamment que la carte consulaire comportait une erreur dans le prénom de l'intéressé, que l'extrait d'acte de naissance mentionnait la date de naissance et la date de délivrance en chiffres, en méconnaissance du code civil guinéen, que l'extrait du registre de transcription omettait de préciser l'âge, la profession et le domicile des parents alors que la mention de ces informations est prescrite par ce même code, et qu'un jugement supplétif était inutile étant donné que l'acte qui aurait été dressé initialement était présenté par M. A. Au regard de l'ensemble de ces éléments, le préfet du Finistère a pu renverser, à la date de la décision attaquée, la présomption d'authenticité des documents présentés par M. A. Par suite, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que le préfet a relevé qu'il ne répondait pas aux conditions règlementaires prévues par l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour rejeter sa demande comme irrecevable, la circonstance qu'un passeport a été produit en cours d'instance étant sans incidence sur la légalité de la décision attaquée laquelle s'apprécie à la date de son édiction.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".

7. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

8. Les dispositions visées ci-dessus font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Finistère.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Etienvre, président,

M. Albouy, premier conseiller,

Mme Tourre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2023.

La rapporteure,

signé

L. TourreLe président,

signé

F. Etienvre

La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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