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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2202732

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2202732

mardi 26 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2202732
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATSLIBERTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 mai 2022, M. A D, représenté par Me Gobbé de la SCP Avocats Liberté Glon - Gobbé - Brouillet - Aubry - Tessier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° NC56210590 du 5 novembre 2021 par lequel le préfet de la région Bretagne a autorisé M. B E à exploiter 27,0880 hectares de terres réparties sur sept parcelles situées à Noyal Pontivy, ainsi que la décision implicite de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros à verser à son profit en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est illégal dès lors que le rôle et la fonction de l'auteur de l'acte ne sont pas précisés ;

- l'arrêté est entaché de détournement de pouvoir dès lors que le préfet a remis en cause la priorité qu'il lui avait précédemment accordée ;

- il devait bénéficier de la priorité n° 4.2 du schéma directeur régional des exploitations agricoles (SDREA) de Bretagne et non de la priorité n° 9 ;

- son projet relève bien d'une installation progressive aidée approuvée par une autorité administrative au sens de l'article 1er du SDREA ;

- aucune autorisation ne peut être délivrée à M. E dès lors que le préfet a reconnu que sa candidature relevait d'une priorité supérieure (9.1 ou 9.2) à celle de son concurrent et que la délivrance d'une autorisation à une demande concurrente qui n'est pas d'un niveau supérieur n'est ouverte qu'à titre exceptionnel, si l'intérêt général ou des circonstances particulières le justifient.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 avril 2023, le préfet de la région Bretagne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime ;

- l'arrêté du préfet de la région Bretagne du 4 mai 2018 arrêtant le schéma directeur régional des exploitations agricoles de Bretagne ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Terras, rapporteur ;

- les conclusions de M. Desbourdes, rapporteur public ;

- et les observations de M. D.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté n° C56210706 du 5 novembre 2021, le préfet de la région Bretagne a autorisé M. D à exploiter 27,0800 hectares de terres correspondant aux parcelles ZW 28, ZW 30AJ, ZW 30AK, ZW 30B, ZS 36A, ZS 36BJ, ZS 36 BK situées à Noyal Pontivy. Par un autre arrêté n° C56210590 daté du même jour, le même préfet a autorisé M. B E à exploiter les mêmes parcelles. Par sa requête, M. D demande au tribunal l'annulation du dernier arrêté.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne la compétence de la signataire de la décision litigieuse :

2. Par arrêté du 16 novembre 2020 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, le directeur régional de l'agriculture, de l'alimentation et de la forêt de Bretagne, disposant lui-même d'une délégation du préfet de la région Bretagne, par arrêté du 16 novembre 2020 publié le lendemain au même recueil, a donné délégation à Mme F C à l'effet de signer les décisions au titre du contrôle des structures et de l'installation. La circonstance que ni la qualité ni la fonction de la signataire ne soient mentionnées sur l'arrêté à côté de la signature ne constitue pas une irrégularité substantielle dès lors que M. D a déjà reçu plusieurs documents signés par cette même autorité, dont un arrêté en 2019 l'autorisant à exploiter des parcelles, signés par la même personne et qu'il est ainsi à même de l'identifier. Le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne l'erreur manifeste d'appréciation :

3. Aux termes de l'article 3 du schéma directeur régional des exploitations agricoles (SDREA) de Bretagne : " I - Les règles et dispositions particulières / a) Règles s'appliquant à toutes les priorités : / En cas de demandes concurrentes relevant du même rang de priorité, les candidatures sont classées au regard des critères et règles fixées à l'article 5 () / Au sein d'une même priorité, on départagera les demandes en fonction des sous-priorités. () ".

4. Il ressort des termes de la décision litigieuse que le préfet de la région Bretagne a estimé que les deux demandes concurrentes relevaient de la priorité n° 9 du SDREA relative à " l'agrandissement et/ou réunion d'exploitations ", que les sous-priorités 9.1 et 9.2 ne permettaient pas de les départager et a ainsi décidé d'attribuer une autorisation d'exploiter à chacune des deux demandes.

5. M. D soutient cependant qu'il aurait dû bénéficier de la priorité n° 4.2 relative à l'installation d'agriculteur à titre exclusif ou principal. Selon le SDREA de Bretagne, cette priorité 4.2 " vise l'installation d'agriculteur à titre exclusif ou principal, aidée ou non aidée, ou installation progressive aidée menant au plus tard à l'issue de quatre ans après l'installation à un statut exploitant à titre exclusif ou principal tel que défini à l'article 1, qui justifie d'un projet sérieux et motivé. / La priorité 4.2 vise également l'installation d'un nouvel exploitant en tant qu'associé d'une personne morale s'accompagnant d'une mise à disposition de terres supplémentaires à l'exception des cas de reprise de l'exploitation par le conjoint. Elle peut en outre être plafonnée tel que précisé dans les règles et dispositions particulières inscrites en début d'article ". Il ressort des pièces du dossier, d'une part, qu'à la date de la décision litigieuse, M. D avait démarré son activité agricole dès lors qu'il est inscrit depuis le 1er janvier 2021 à la caisse de la Mutualité Sociale Agricole en tant que chef d'exploitation. D'autre part, M. D ne produit au dossier aucune pièce permettant d'établir qu'il s'est inscrit dans le dispositif d'installation progressive aidée, comme une dotation pour jeunes agriculteurs en capital ou un prêt bonifié à moyen terme spécial avec prise en charge partielle des intérêts. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne lui attribuant pas le bénéfice de la priorité n° 4.2 au soutien de sa demande. Le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de ce qu'aucune autorisation d'exploiter ne pouvait être délivrée à M. E :

6. Aux termes de l'article L. 331-3-1 du code rural et de la pêche maritime : " I.- L'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2 peut être refusée : / 1° Lorsqu'il existe un candidat à la reprise ou un preneur en place répondant à un rang de priorité supérieur au regard du schéma directeur régional des structures agricoles mentionné à l'article L. 312-1 ; / 2° Lorsque l'opération compromet la viabilité de l'exploitation du preneur en place ; / 3° Si l'opération conduit à un agrandissement ou à une concentration d'exploitations au bénéfice d'une même personne excessifs au regard des critères définis au 3° de l'article L. 331-1 et précisés par le schéma directeur régional des structures agricoles en application de l'article L. 312-1, sauf dans le cas où il n'y a pas d'autre candidat à la reprise de l'exploitation ou du bien considéré, ni de preneur en place ; / 4° Dans le cas d'une mise à disposition de terres à une société, lorsque celle-ci entraîne une réduction du nombre d'emplois salariés ou non salariés, permanents ou saisonniers, sur les exploitations concernées ". Si M. D soutient que le préfet a reconnu qu'il relevait d'une priorité supérieure (9.1 ou 9.2) à celle de son concurrent, il ressort cependant des termes de la décision litigieuse que le préfet a estimé que les deux candidatures relevaient de la priorité n° 9 du SDREA et ne pouvaient être départagées par les sous-priorités 9.1 et 9.2. Le préfet n'avait ainsi aucun motif de refus à opposer à la candidature de M. E au titre des dispositions précitées. Le moyen doit être également écarté.

En ce qui concerne le détournement de pouvoir :

7. Le requérant conteste également la légalité de la décision litigieuse à partir du rang de priorité qui lui avait été accordé lors d'une précédente demande d'autorisation datant du 24 septembre 2020, alors qu'il était dans une démarche visant à s'installer. Toutefois, il ne peut se prévaloir à l'occasion du présent litige du rang de priorité qui lui avait alors été accordé. Les conditions de temps et d'activité n'étant plus les mêmes, il n'est pas établi par la seule circonstance que le préfet aurait apprécié différemment la situation de droit et de fait de l'intéressé à une date postérieure à sa première décision, que la décision litigieuse procèderait d'un détournement de pouvoir.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 5 novembre 2021 par lequel le préfet de la région Bretagne a autorisé M. B E à exploiter 27,0880 hectares de terres réparties sur sept parcelles situées à Noyal Pontivy ni le rejet de son recours gracieux.

Sur les frais liés au litige :

9. Le rejet des conclusions à fin d'annulation du requérant implique nécessairement le rejet des conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE:

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à M. B E et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.

Copie du présent jugement sera adressée au préfet de la région Bretagne.

Délibéré après l'audience du 18 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Etienvre, président,

M. Terras, premier conseiller,

Mme Le Berre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 décembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

F. Terras

Le président,

Signé

F. Etienvre

La greffière,

Signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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