jeudi 20 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2202798 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | JEANNETEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 31 mai 2022, M. B A, représenté par Me Jeanneteau, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé son transfert aux autorités allemandes, révélée par la décision du 28 décembre 2021 lui délivrant une attestation de demande d'asile et par la convocation du 19 avril 2022 en vue d'une notification d'une décision de transfert et de sa mise à exécution ;
2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer une attestation de demandeur
d'asile en procédure normale dans le délai de 10 jours à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat ou une somme de 1 500 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision de placement en procédure Dublin méconnaît l'autorité de l'autorité de la chose jugée par la cour administrative d'appel de Nantes le 17 juillet 2020 ;
- la décision méconnait l'article 13 et le paragraphe 3 de l'article 29 du règlement (UE) n° 604-2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, car la France est devenue responsable de sa demande d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistrés le 18 juillet 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les autres moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 juillet 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen, est entré en France le 10 juin 2019. Il a déposé le 11 juin 2019 une demande d'admission au séjour au titre de l'asile et a fait l'objet, le 15 juillet 2019, d'un arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine portant transfert vers les autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande d'asile sur le fondement des dispositions du d) de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013. Suite au rejet du recours présenté contre cet arrêté par jugement de ce tribunal du 26 juillet 2019, l'arrêté portant transfert a été exécuté le 21 novembre 2019. M. A a de nouveau déposé une demande d'asile auprès de la préfecture d'Ille-et-Vilaine, le 3 décembre 2021. Il demande au tribunal d'annuler la décision du 28 décembre 2021 et la convocation du 19 avril 2022 pour la notification d'une décision de transfert et sa mise à exécution par laquelle préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé son placement en procédure Dublin.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En vertu du paragraphe 1 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil en date du 26 juin 2013, une demande d'asile est examinée par un seul État membre et cet État est déterminé par application des critères fixés par le chapitre III de ce règlement, dans l'ordre énoncé par ce chapitre. Aux termes de l'article 7 du même règlement : " La détermination de l'État membre responsable en application des critères énoncés dans le présent chapitre se fait sur la base de la situation qui existait au moment où le demandeur a introduit sa demande de protection internationale pour la première fois auprès d'un État membre. ". Aux termes de l'article 19 du même règlement, relatif à la " cessation de la responsabilité " de l'Etat membre responsable de la demande d'asile : " () / 2. Les obligations prévues à l'article 18, paragraphe 1, cessent si l'État membre responsable peut établir, lorsqu'il lui est demandé de prendre ou reprendre en charge un demandeur ou une autre personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point c) ou d), que la personne concernée a quitté le territoire des États membres pendant une durée d'au moins trois mois, à moins qu'elle ne soit titulaire d'un titre de séjour en cours de validité délivré par l'État membre responsable. () 3. Les obligations prévues à l'article 18, paragraphe 1, points c) et d), cessent lorsque l'État membre responsable peut établir, lorsqu'il lui est demandé de reprendre en charge un demandeur ou une autre personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point c) ou d), que la personne concernée a quitté le territoire des États membres en exécution d'une décision de retour ou d'une mesure d'éloignement délivrée à la suite du retrait ou du rejet de la demande. () ".
3. Par ailleurs, aux termes de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () / 2. Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'État membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'État membre requérant. Ce délai peut être porté à un an au maximum s'il n'a pas pu être procédé au transfert en raison d'un emprisonnement de la personne concernée ou à dix-huit mois au maximum si la personne concernée prend la fuite. / En cas de transfert exécuté par erreur ou d'annulation, sur recours ou demande de révision, de la décision de transfert après l'exécution du transfert, l'État membre ayant procédé au transfert reprend en charge sans tarder la personne concernée. / () ". Aux termes de son article 13 : " 1. Lorsqu'il est établi, sur la base de preuves ou d'indices tels qu'ils figurent dans les deux listes mentionnées à l'article 22, paragraphe 3, du présent règlement, notamment des données visées au règlement (UE) n° 603/2013, que le demandeur a franchi irrégulièrement, par voie terrestre, maritime ou aérienne, la frontière d'un État membre dans lequel il est entré en venant d'un État tiers, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale. Cette responsabilité prend fin douze mois après la date du franchissement irrégulier de la frontière. / 2. Lorsqu'un État membre ne peut pas, ou ne peut plus, être tenu pour responsable conformément au paragraphe 1 du présent article et qu'il est établi, sur la base de preuves ou d'indices tels qu'ils figurent dans les deux listes mentionnées à l'article 22, paragraphe 3, que le demandeur qui est entré irrégulièrement sur le territoire des États membres ou dont les circonstances de l'entrée sur ce territoire ne peuvent être établies a séjourné dans un État membre pendant une période continue d'au moins cinq mois avant d'introduire sa demande de protection internationale, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale. / Si le demandeur a séjourné dans plusieurs États membres pendant des périodes d'au moins cinq mois, l'État membre du dernier séjour est responsable de l'examen de la demande de protection internationale ".
4. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté préfectoral du 15 juillet 2019 portant transfert de M. A vers l'Allemagne a été exécuté le 21 novembre 2019, dans le délai de six mois de sa validité, courant à compter du 26 juillet 2019, date du jugement du tribunal rejetant le recours contentieux qu'il avait exercé. Par suite, et nonobstant l'arrêt de la cour administrative d'appel de Nantes n° 19NT03432 du 17 juillet 2020 constatant le non-lieu à statuer sur les conclusions d'appel au motif d'une caducité de l'arrêté portant transfert à compter du 26 janvier 2020, M. A n'est pas fondé à soutenir que la responsabilité de l'Allemagne dans le traitement de sa demande d'asile aurait cessé ni que la France serait devenue l'Etat membre responsable de sa demande d'asile à la date de la décision attaquée en application de l'article 29 du règlement précité.
5. Par ailleurs, si M. A soutient qu'en application des dispositions précitées de l'article 13 du règlement UE n° 604-2013, l'Allemagne n'était plus l'Etat membre responsable de sa demande d'asile du fait qu'un délai de douze mois s'était écoulé depuis sa première entrée en Allemagne lors de sa demande d'asile présentée le 3 décembre 2021, et allègue qu'il résidait en France depuis plus de cinq mois lors de cette seconde demande d'asile le 3 décembre 2021, ces circonstances sont toutefois sans incidence sur la responsabilité de l'Allemagne dans le traitement de sa demande d'asile, qui a été déterminée lors de sa première demande d'asile le 15 juillet 2019, le requérant n'établissant pas qu'il relèverait d'un des cas visés par les dispositions précitées de l'article 19 du règlement (UE) n° 604/2013 relative à la cessation de responsabilité de l'Etat membre en charge de l'examen de sa demande d'asile. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article 13 du règlement (UE) n° 604/2013 doit être écarté.
6. Enfin, les décisions juridictionnelles de non-lieu intervenues en contentieux de l'excès de pouvoir, qui mettent fin à un litige sans y statuer, ne sont, par elles-mêmes, pas créatrices de droit et sont dépourvues de toute autorité de chose jugée. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaitrait la chose jugée par l'arrêt du 17 juillet 2020 par lequel la cour administrative d'appel de Nantes a jugé qu'il n'y avait plus lieu de statuer sur la légalité de l'arrêté de transfert du 15 juillet 2019 et indiqué que la France était devenue l'Etat membre responsable de la demande d'asile de M. A. Le moyen tiré de la méconnaissance de chose jugée doit ainsi être écarté.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête, que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé son transfert aux autorités allemandes.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
8. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions de M. A à fin d'injonction.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative faisant obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante, il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête présentées sur ce fondement.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Gosselin, président,
Mme Pottier, première conseillère,
M. Desbourdes, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2022.
La rapporteure,
signé
F. C
Le président,
signé
O. Gosselin
La greffière,
signé
E. Douillard
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026