mercredi 20 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2202820 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | OQTF 6 sem |
| Avocat requérant | BALLOUL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 1er juin et 6 juillet 2022, M. B C, représenté par Me Balloul, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 mai 2022 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine lui a fait obligation de quitter le territoire français, l'a privé de délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et l'a signalé aux fins de non admission dans le système d'information Schengen (SIS) ;
2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de procéder à l'effacement de son nom du fichier du SIS dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son avocat de la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;
- alors qu'il était détenteur d'un titre de séjour régulier en Italie, le préfet aurait dû engager une procédure de réadmission en Italie en application de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'arrêté attaqué est entaché d'erreur de droit alors qu'il n'a pas fait l'objet d'un rejet de demande d'asile et qu'ainsi, l'administration n'a aucune alternative au sens de la jurisprudence ;
- il n'a pas été précédé, à cet égard, d'un examen suffisant de sa situation ;
- la décision de l'éloigner est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision le privant de délai de départ volontaire est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- en l'absence de risque pour la sécurité publique et alors qu'il dispose d'un titre de séjour italien, cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de renvoi est illégale par voie de conséquence de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- il ne pouvait être éloigné qu'en direction de l'Italie ; -
- la décision portant interdiction de retour et inscription au fichier SIS est illégale du fait de l'illégalité de la décision le privant de délai de départ volontaire ;
- elle est illégale en ce qu'il dispose d'un titre de séjour italien et qu'ainsi, le préfet ne pouvait légalement, en l'absence de risque de trouble à l'ordre public, le priver de son droit de circuler sur l'espace Schengen.
Par un mémoire enregistré le 13 juillet 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- la convention d'application de l'accord de Schengen, signée le 19 juin 1990 ;
- l'accord franco-italien de réadmission signé le 3 octobre 1997 ;
- la directive 2003/109/CE du Conseil du 25 novembre 2003 ;
- le règlement n° 562/2006 du Parlement européen et du Conseil du 15 mars 2006 ;
- la directive 2009/50/CE du Conseil du 25 mai 2009 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Kolbert, président,
- les observations de Me Balloul, représentant M. C, absent.
Le préfet d'Ille-et-Vilaine n'était pas représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
1. M. C justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. M. C, né en 1989, ressortissant tunisien, déclare être entré en France en avril 2022. Après avoir fait l'objet de poursuites pénales pour lesquelles il a toutefois été relaxé, par jugement du 17 mai 2022, il a fait l'objet par arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine du 30 mai 2022, d'une obligation de quitter sans délai le territoire français, assortie d'une décision fixant le pays de destination ainsi que d'une interdiction de retour pendant un an et d'un signalement aux fins de non admission au fichier SIS. C'est l'arrêté attaqué.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 29 décembre 2021, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet d'Ille-et-Vilaine a donné délégation à M. D A, chef du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, aux fins de signer les décisions relatives à l'éloignement des étrangers. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision doit être écarté.
4. En deuxième lieu, en vertu de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'étranger non ressortissant d'un État membre de l'Union européenne, d'un autre État partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français dans plusieurs cas, notamment lorsqu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire ou qu'il s'y est irrégulièrement maintenu. Une telle mesure peut également être décidée, selon l'article L. 611-2 du même code, à l'égard de l'étranger non ressortissant d'un État membre de l'Union européenne qui n'a pas respecté les conditions d'entrée prévues dans le règlement n° 562/2006 du Parlement européen et du Conseil du 15 mars 2006 ou qui, en provenance directe d'un État partie à la convention d'application de l'accord de Schengen signée le 19 juin 1990, ne justifie pas être entré sur le territoire français ou s'y être maintenu conformément aux stipulations de cette convention.
5. L'article L. 621-1 du même code dispose que : " Par dérogation () à la décision portant obligation de quitter le territoire français prévue à l'article L. 611-1 (), l'étranger peut être remis, en application des conventions internationales ou du droit de l'Union européenne, aux autorités compétentes d'un autre État, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas prévus aux articles L. 621-2 à L. 621-7. L'étranger est informé de cette remise par décision écrite et motivée prise par une autorité administrative définie par décret en Conseil d'État. Il est mis en mesure de présenter des observations et d'avertir ou de faire avertir son consulat, un conseil ou toute personne de son choix ".
6. Il ressort de ces dispositions que le champ d'application des mesures obligeant un étranger à quitter le territoire français et celui des mesures de remise d'un étranger à un autre État ne sont pas exclusifs l'un de l'autre et que le législateur n'a pas donné à l'une de ces procédures un caractère prioritaire par rapport à l'autre. Il s'ensuit que, lorsque l'autorité administrative envisage une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger dont la situation entre dans le champ d'application des articles L. 621-2 à L. 621-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle peut légalement soit le remettre aux autorités compétentes de l'État membre de l'Union Européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, sur le fondement de l'article L. 621-1 soit l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 611-1. Ces dispositions ne font pas non plus obstacle à ce que l'administration engage l'une de ces procédures alors qu'elle avait préalablement engagée l'autre.
7. Toutefois, si l'étranger demande à être éloigné vers l'État membre de l'Union Européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, ou s'il est résident de longue durée dans un État membre ou titulaire d'une " carte bleue européenne " délivrée par un tel État, il appartient au préfet d'examiner s'il y a lieu de reconduire en priorité l'étranger vers cet État ou de le réadmettre dans cet État.
8. S'agissant enfin de l'étranger demandeur d'asile, les stipulations de l'article 31-2 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile impliquent nécessairement que l'étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit autorisé à demeurer provisoirement sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande. Dès lors, lorsqu'en application des stipulations des conventions internationales conclues avec les États membres de l'Union européenne, l'examen de la demande d'asile d'un étranger ne relève pas de la compétence des autorités françaises mais de celles de l'un de ces États, la situation du demandeur d'asile n'entre pas dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais dans celui des dispositions de l'article L. 621-2 du même code. En vertu de ces dispositions, la mesure d'éloignement en vue de remettre l'intéressé aux autorités étrangères compétentes pour l'examen de sa demande d'asile ne peut être qu'une décision de réadmission prise sur le fondement de l'article L. 621-1.
9. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que si M. C est bien détenteur d'une carte de séjour italienne, valable du 5 août 2020 au 6 août 2022, ce titre ne constitue ni une " carte bleue européenne " ni une carte de résident de longue durée et qu'ainsi, l'intéressé ne se trouvait pas dans le cas où, en application de ce qui a été dit au point 7, son éloignement ne pouvait être décidé que par la mise en œuvre d'une procédure de remise aux autorités italiennes. Par ailleurs, il est constant que l'intéressé n'est plus actuellement en instance de demande d'asile, ni en France ni en Italie, et qu'ainsi, il n'est pas davantage fondé à se prévaloir de la nature de sa carte de séjour italien, dont au demeurant il n'établit pas, contrairement à ce qu'il soutient, qu'elle lui ait été délivrée au titre de la mise en œuvre de la convention de Genève, pour soutenir également que son éloignement ne pouvait légalement être décidé sur le fondement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. En troisième lieu, et alors qu'ainsi qu'il vient d'être dit, le préfet n'était pas légalement tenu de privilégier l'une ou l'autre des procédures d'éloignement mentionnées au point 6 ci-dessus, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet d'Ille-et-Vilaine a pris en compte la situation régulière de M. C en Italie et ne peut donc être regardé comme ayant manqué à son obligation de procéder à un examen suffisant de cette situation.
11. En dernier lieu, si M. C se prévaut, sur le fondement des stipulations du 1 de l'article 21 de la convention d'application de l'accord de Schengen, de ce qu'il dispose d'un titre de séjour en cours de validité délivré par les autorités italiennes et qui lui permettait d'entrer en France sans être soumis à l'obligation de visa, il résulte des stipulations du 4 du même article que cette circonstance ne dispensait pas l'intéressé de s'acquitter des formalités de déclarations énoncées à l'article 22 de cette convention et ne faisait donc pas obstacle à l'intervention d'une obligation de quitter le territoire français, conformément aux dispositions de l'article L. 611-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué serait, à cet égard, entaché d'une erreur de droit ou d'une erreur manifeste d'appréciation doit donc être écarté.
12. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du préfet d'Ille-et-Vilaine l'obligeant à quitter le territoire français
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
12. Aux termes de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi :1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ;
2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ;
3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
13. Dès lors qu'ainsi qu'il a été dit précédemment, le préfet d'Ille-et-Vilaine n'était pas tenu de mettre préférentiellement en œuvre une procédure de réadmission à l'égard de M. C par rapport à une procédure d'obligation de quitter le territoire, l'article 2 de l'arrêté attaqué a pu légalement prévoir qu'il pourrait être reconduit d'office en direction soit de son pays d'origine soit de tout autre pays dans lequel il est légalement admissible, ce qui en l'espèce, vise l'Italie eu égard au droit au séjour dont dispose l'intéressé dans ce pays.
14. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi.
En ce qui concerne la décision privant M. C d'un délai de départ volontaire :
15. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants () 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. () ". Aux termes de l'article L. 612-4 de ce code : " L'étranger en provenance directe du territoire d'un des États parties à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 peut se voir appliquer les 1° et 2° de l'article L. 612-3 lorsqu'il ne peut justifier être entré ou s'être maintenu sur le territoire métropolitain en se conformant aux stipulations des paragraphes 1 et 2 de l'article 19, du paragraphe 1 de l'article 20 et des paragraphes 1 et 2 de l'article 21 de cette même convention ".
16. En premier lieu, M. C n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité, invoquée par voie d'exception à l'appui de ses conclusions contre la décision ne lui accordant aucun délai de départ volontaire, doit être écarté.
17. En deuxième lieu, il résulte de l'examen de l'arrêté attaqué que s'il a été pris au visa du seul 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et fait mention des faits qui ont valu à M. C des poursuites correctionnelles en France, ses motifs font également référence au 3° de cet article et qu'il vise également les 1°, 2° et 8° de l'article L. 612-3 du même code. La décision privant l'intéressé de délai de départ volontaire doit donc être regardée comme reposant sur ces deux motifs.
18. D'une part, ainsi qu'il a été dit plus haut, il est constant que M. C a été relaxé des fins des poursuites engagées contre lui et qu'en l'absence de toute autre considération reposant sur des faits dûment établis, le motif tiré de la menace pour l'ordre public que constituerait la présence de M. C sur le territoire français procède d'une inexacte application des dispositions du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
19. D'autre part, si M. C est détenteur d'un titre de séjour italien en cours de validité, il ne saurait valablement se prévaloir des stipulations du 1 des articles 20 et 21 de la convention d'application de l'accord de Schengen qui subordonnent notamment leur application à la formalité de déclaration énoncée à l'article 22 de la même convention. Dans ces conditions, le préfet pouvait légalement tenir compte de cette carence, en application des 1° et 2° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, apprécier le risque de soustraction de l'intéressé à une mesure d'éloignement. M. C ne conteste pas, en outre, qu'il ne présente aucune garantie sérieuse de représentation au regard de ses conditions actuelles d'hébergement et des indications imprécises et divergentes sur sa situation en France, données au cours de son audition en garde à vue, ce qui permettait au préfet également d'appuyer son appréciation sur le 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. C n'établit pas, dans ces conditions, que le préfet aurait fait une inexacte application de ces dispositions en estimant qu'existait un risque qu'il se soustraie à une mesure d'éloignement.
20. Il ne ressort pas de l'instruction qu'en se fondant sur le seul motif tiré de l'existence d'un risque de soustraction à la mise en œuvre d'une mesure d'éloignement, le préfet d'Ille-et-Vilaine n'aurait pas pris, à l'égard de l'intéressé, la même décision dont il n'est pas enfin établi qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation de M. C.
21. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du préfet d'Ille-et-Vilaine le privant de tout délai de départ volontaire.
En ce qui concerne les décisions portant interdiction de retour et inscription au fichier SIS :
22. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour.
Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-9 du même code : " Sauf s'il n'a pas satisfait à une précédente décision portant obligation de quitter le territoire français ou si son comportement constitue une menace pour l'ordre public, les articles L. 612-6, L. 612-7 et L. 612-8 ne sont pas applicables à l'étranger obligé de quitter le territoire français au motif que le titre de séjour qui lui avait été délivré en application des articles L. 425-1 ou L. 425-3 n'a pas été renouvelé ou a été retiré ou que, titulaire d'un titre de séjour délivré sur le même fondement dans un autre Etat membre de l'Union européenne, il n'a pas rejoint le territoire de cet État à l'expiration de son droit de circulation sur le territoire français dans le délai qui lui a, le cas échéant, été imparti ".
23. Il ressort des pièces du dossier que la situation de M. C, qui dispose d'un titre de séjour italien, doit être regardée comme relevant des dispositions de l'article L. 612-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors que, comme le reconnaît le préfet, la présence de l'intéressé ne peut être regardée comme constitutive d'un trouble à l'ordre public et que son éloignement est essentiellement motivé par les conditions de régularité de son entrée et de son séjour en France. Dans ces conditions, M. C est fondé à demander l'annulation des articles 3 et 4 de l'arrêté attaqué, portant respectivement interdiction de retour et signalement aux fins d'inscription au système d'information Schengen.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
24. L'exécution du présent jugement implique nécessairement l'effacement du signalement du requérant sur le fichier SIS. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine d'y procéder dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
25. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par le conseil de M. C sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Les articles 3 et 4 de l'arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine du 30 mai 2022 sont annulés.
Article 3 : Il est enjoint au préfet d'Ille-et-Vilaine d'effacer, dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement, le signalement effectué au nom de M. C sur le système d'information Schengen.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Balloul et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2022.
Le président,
signé
E. KolbertLa greffière d'audience,
signé
V. Le Boëdec
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026