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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2202827

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2202827

lundi 13 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2202827
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantLE BIHAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er juin 2022, M. A B, représenté par

Me Le Bihan, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 mai 2022 par laquelle le préfet des Côtes-d'Armor lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Côtes-d'Armor de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation sous le même délai et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour valant autorisation de travail dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- l'avis médical du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 13 décembre 2021 a été rendu à la suite d'une procédure irrégulière et méconnaît les dispositions des articles R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est estimé lié par l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les observations de Me Le Bihan, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant géorgien, est entré irrégulièrement en France le 9 septembre 2020 selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été rejetée par décision du 7 septembre 2021 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par décision du 26 avril 2022 de la Cour nationale du droit d'asile. Le 8 novembre 2021, il a sollicité son admission au séjour pour raisons de santé sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 3 mai 2022, le préfet des Côtes-d'Armor a rejeté sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Par un avis du 13 décembre 2021, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que l'état de santé de M. B nécessitait une prise en charge médicale pouvant entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pouvait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et que son état de santé pouvait lui permettre de voyager sans risque vers celui-ci. Dans la décision attaquée, le préfet des Côtes-d'Armor vise le sens de cet avis et indique simplement " qu'en conséquence, la délivrance d'un titre de séjour pour le motif invoqué ne peut vous être accordée ". Par ailleurs, le préfet ne s'est pas fondé sur d'autres éléments pour refuser un titre de séjour au requérant. Par suite, eu égard aux termes de la décision attaquée, le préfet des Côtes-d'Armor doit être regardé comme s'étant estimé lié par cet avis et a ainsi méconnu l'étendue de sa compétence.

3. Il résulte de qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision de refus de titre contestée.

Sur les conclusions à fin d'injonction

4. Le présent jugement implique qu'il soit enjoint au préfet des Côtes-d'Armor de procéder au réexamen de la demande de M. B dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans cette attente.

Sur les frais liés au litige :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Le Bihan, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Le Bihan d'une somme de 1 250 euros.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 3 mai 2022 du préfet des Côtes-d'Armor est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Côtes-d'Armor de procéder au réexamen de la demande de M. B dans le délai de trois mois à compter de la notification du jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans cette attente.

Article 3 : L'Etat versera à Me Le Bihan une somme de 1 250 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Le Bihan renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Côtes-d'Armor.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gosselin, président,

Mme Pottier, première conseillère,

Mme Gourmelon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2023.

Le président-rapporteur,

signé

O. C

L'assesseur le plus ancien,

signé

F. Pottier

La greffière,

signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2202827

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