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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2203009

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2203009

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2203009
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème Chambre
Avocat requérantLE VERGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 juin 2022, M. B A, représenté par

Me Le Verger demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 31 mars 2022 par lequel le préfet

d'Ille-et-Vilaine a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a déterminé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Le Verger de la somme de

1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- cette décision est entachée d'incompétence ;

- cette décision est entachée d'une erreur d'appréciation et méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est entachée d'incompétence ;

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- cette décision méconnait les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire, enregistré le 31 juillet 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

Par ordonnance du 14 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er août 2022.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

[0]Le rapporteur public a été dispensé de prononcer ses conclusions en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les observations de Me Zaegel, substituant Me Le Verger, représentant M. A, absent.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né en avril 1993, est régulièrement entré en France en 2016 afin d'y suivre des études et a pour ce faire obtenu une carte de séjour en qualité d'étudiant jusqu'en septembre 2021. Le 8 janvier 2021, il a fait une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a estimé, dans l'avis qu'il a rendu le 7 juillet 2021, que si l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge médicale et que le défaut de cette prise en charge peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de Guinée, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Suivant cet avis, non versé au débat, le préfet d'Ille-et-Vilaine a, par arrêté du

31 mars 2022, rejeté cette demande et obligé l'intéressé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à compter de la notification de son arrêté en fixant la Guinée comme

pays de destination. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de l'arrêté du

31 mars 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Par un arrêté du 9 mars 2022, dûment publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet d'Ille-et-Vilaine a donné délégation à M. Ludovic Guillaume, secrétaire général de la préfecture et signataire de l'arrêté attaqué, aux fins de signer, en toutes matières, tous les actes relevant des attributions du préfet à l'exclusion de certains d'entre eux au nombre desquels ne figurent pas les décisions contenues dans l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué, signé par M. D, doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

4. D'autre part, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour, dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical,

de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du

juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre

de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

5. En l'espèce, M. A est atteint d'une hépatite B chronique active et à ce titre, bénéficie d'un suivi médical semestriel et prend quotidiennement un médicament à base de ténofovir. Pour lui refuser la délivrance d'un titre de séjour, le préfet d'Ille-et-Vilaine s'est fondé sur l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII le 7 juillet 2022 qui a estimé que si l'état de santé de l'intéressé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de son pays d'origine, ce dernier pouvait effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans ce pays vers lequel il peut voyager sans risque. Compte tenu de cet avis que le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé de s'approprier, il appartient au requérant de produire tous éléments permettant d'apprécier l'impossibilité pour lui de bénéficier effectivement en Guinée d'un traitement approprié à sa pathologie.

6. Pour contester l'arrêté, M. A soutient qu'il ne pourra ni se procurer le médicament à base de ténofovir, ni faire l'objet du suivi médical nécessaire à sa pathologie en cas de retour en Guinée. Il produit une attestation en date du 25 mai 2022 d'une docteure en pharmacie de Conakry (Guinée) témoignant de l'absence de services spécialisés dans la prise en charge des personnes atteintes de l'hépatite B chronique ainsi que de l'absence de ténofovir compte tenu de son coût très élevé. Elle précise ensuite que les seules possibilités de traitements qui existent sont de type préventif. Cette seule attestation, eu égard notamment à son caractère peu circonstancié, n'est toutefois pas de nature à remettre sérieusement en cause l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII et n'est pas suffisante pour étayer l'affirmation selon laquelle M. A ne serait pas en mesure de bénéficier effectivement d'un suivi et d'un traitement appropriés à sa pathologie, d'autant plus qu'il n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité du coût du traitement dont il se prévaut, ni qu'il ne disposerait pas des ressources financières pour y accéder.

7. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui refusant un titre de séjour sur ce fondement. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

8. En second lieu, si M. A soutient qu'il ne pourrait pas bénéficier d'une prise en charge médicale de même qualité qu'en France en cas de renvoi dans son pays d'origine, et que depuis son arrivée en France, il aurait toujours été en situation régulière, et qu'il est titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée contracté auprès d'une société de nettoyage depuis le 15 juillet 2020, ces éléments sont toutefois insuffisants pour démontrer que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, eu égard à ce qui vient d'être dit, le moyen tiré par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision, que M. A invoque à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : " () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ". Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus au point 6 que M. A n'est pas fondé à soutenir que ces dispositions ont été méconnues.

11. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8 du présent jugement, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

12. L'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, eu égard à ce qui vient d'être dit, le moyen tiré par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision, que M. A invoque à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, ne peut qu'être écarté.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

13. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par l'intéressé doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas partie perdante à l'instance, le versement à M. A de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Descombes, président,

M. Moulinier, premier conseiller,

M. Grondin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

Le président-rapporteur,

signé

G. C

L'assesseur le plus ancien,

signé

Y. Moulinier Le greffier,

signé

J-M. Riaud

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine, en ce qui le concerne, ou à tous commissaire de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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