lundi 26 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2203122 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | LE VERGER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 juin et 6 septembre 2022, M. A B, représenté par Me Le Verger, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 février 2022 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière et la décision d'interdiction de retour d'une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation, l'ensemble dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
- l'arrêté est insuffisamment motivée ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;
- il ne représente pas une menace pour l'ordre public et l'arrêté méconnaît les articles L. 421-14 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision d'interdiction de retour est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle ne peut être fondée sur une menace à l'ordre public inexistante et ne tient pas compte de l'ancienneté de son séjour et de son intégration en méconnaissance des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 août 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Un mémoire présenté par le préfet d'Ille-et-Vilaine a été enregistré le 11 septembre 2022, postérieurement à la clôture d'instruction.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- et les observations de Me Zaegel, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant libanais, est entré régulièrement en France en 2016 pour y suivre ses études et a ensuite bénéficié d'un contrat de post doctorant. Il a bénéficié de différents titres de séjour et d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'en septembre 2019 renouvelée jusqu'au 5 juin 2021. Par arrêté du 21 février 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour d'une durée de deux ans.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. L'arrêté vise les dispositions des articles L. 421-14, L. 611-1, L. 612-1, L. 612-8, L. 612-10 et L. 721-3 et -4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application et mentionne la situation administrative, professionnelle et personnelle de l'intéressé, la menace qu'il représente pour l'ordre public compte tenu de sa proximité d'une organisation terroriste et le fait que ses recherches universitaires touchent à un secteur dont les savoirs et savoir-faire sont susceptibles d'être détournés à des fins terroristes. Il comporte ainsi les considérations de droit et de fait, tels que connus de l'administration ou déclarés par l'intéressé, qui en constituent le fondement, sans que le préfet ait à détailler les éléments l'ayant conduit à considérer l'existence de cette menace à l'ordre public. Le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation doit donc être écarté tant pour le refus de titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français que pour l'interdiction de retour.
3. Cette motivation et l'ensemble des considérants de l'arrêté permettent de vérifier que le préfet, qui a pris en compte la situation de l'intéressé au regard de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, a procédé à un examen suffisant de la demande de M. B au vu des éléments que celui-ci avait présentés, l'intéressé n'établissant pas avoir communiqué son nouveau contrat de travail.
4. Aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".
5. Il ressort des pièces du dossier que le préfet, pour considérer que M. B représente une menace pour l'ordre public, s'est fondé sur les énonciations d'une note blanche des services de police qui relève que M. B est proche des membres du Hezbollah et est en relation avec plusieurs membres de la communauté hezbollahi que l'intéressé a rencontrés récemment en 2020. Il visionne la propagande de cette organisation et en soutient l'activité en organisant des réunions ou des collectes de dons et en cherchant à favoriser le recrutement de nouveaux membres de cette organisation en France. Il a exprimé publiquement dans le cadre de ses activités professionnelles des opinions de défiance à l'égard de l'Etat d'Israël. Par ailleurs, son travail touche à un secteur scientifique, dans le domaine des télécommunications numériques, pouvant servir à des fins militaires et que le Hezbollah cherche à capter et à s'approprier.
6. Pour contester l'appréciation du préfet, l'intéressé indique ne pas être proche du Hezbollah et fait valoir qu'il ne participe pas à ses activités qu'il a dénoncées sur les réseaux sociaux, que ses proches n'appartiennent pas à cette organisation, que ses activités scientifiques n'ont pas de caractère confidentiel ou sensible et sont régulièrement publiées. Il indique enfin avoir obtenu un visa pour se rendre aux Etats-Unis d'Amérique, lequel prouve son absence d'implication dans l'activité d'un mouvement terroriste.
7. Toutefois ces dénégations de portée générale ne viennent pas contredire les énonciations précises de la note blanche sur ses activités et les réunions qu'il a tenues avec des membres du Hezbollah. M. B, qui se borne à indiquer ne pas connaitre les opinions des personnes qu'il a rencontrées aux dates mentionnées par le document, à minimiser son soutien financier ou ses commentaires sur les réseaux sociaux ou enfin à affirmer qu'il respecte seulement la loi libanaise sur le boycott d'Israël, n'apporte aucun élément précis justifiant d'écarter les mentions factuelles précises et circonstanciées rapportées par les services de police, pas plus qu'il n'apporte d'élément pertinent sur l'absence alléguée de liens entre ses recherches, qui visent au développement de télécommunications robustes en environnement inconnu et à la correction des erreurs de transmission résultant des interférences dans la télécommunication informatique, et des applications militaires faisant usage de la technologie 5G, la seule circonstance qu'il publie certains de ses travaux et qu'il travaille sur des applications intéressant également les télécommunications civiles ne pouvant suffire à établir que l'ensemble de ses recherches serait sans intérêt militaire. Par ailleurs, les attestations de moralité le décrivant comme une personne sérieuse, soucieuse de perfectionner ses connaissances et sa culture ne sont pas plus de nature à établir que ses recherches ne toucheraient pas à un secteur sensible et qu'il ne serait pas proche de la mouvance hezbollahi quand bien même il a publié des opinions hostiles à ce mouvement sur les réseaux sociaux. Enfin, la circonstance qu'il ait obtenu un visa d'entrée aux Etats-Unis d'Amérique n'est pas, à elle seule, de nature à établir l'absence de proximité avec la mouvance hezbollahi, dès lors qu'il n'a pas effectivement voyagé vers ce pays et que la police peut le surveiller même après la délivrance d'un visa.
8. Dans ces conditions, quand bien même l'intéressé n'a pas fait l'objet de condamnations à inscrire sur son casier judiciaire, le préfet d'Ille-et-Vilaine n'a pas commis d'erreur d'appréciation en retenant que M. B représentait une menace pour l'ordre public compte tenu de la sensibilité de ses travaux de recherche, de sa proximité avec une organisation militaire inscrite sur la liste des organisations terroriste de l'Union européenne et de la possible utilisation de ses travaux scientifiques à des fins terroristes. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. Par ailleurs, il résulte des dispositions applicables à la délivrance des titres que la délivrance d'un titre de séjour temporaire sur le fondement de l'article L. 421-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas seulement subordonnée au respect des conditions de fond prévues par cet article mais également au respect, par le demandeur, des dispositions de portée générale relatives à la protection de l'ordre public et, notamment de celle imposée par l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 421-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.
10. Si M. B a pu finir ses études et entamer des travaux de recherche en France lui permettant de commencer une carrière professionnelle prometteuse, il ressort également qu'il est proche d'une organisation inscrite sur la liste européenne des organisations terroristes et que ses travaux peuvent être utilisés à des fins terroristes. Dans ces conditions, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle en prenant l'obligation de quitter le territoire français attaquée.
11. Le présent jugement rejette les conclusions du requérant tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, M. B n'est pas fondé à contester, par la voie de l'exception, la légalité de la décision fixant le pays de destination et celle de la décision d'interdiction de retour en se prévalant de l'illégalité de cette décision.
12. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
13. Il ressort des pièces du dossier que M. B représente une menace à l'ordre public du fait de ses activités scientifiques dans un domaine sensible et de sa proximité avec une organisation inscrite sur la liste européenne des organisations terroristes. Le préfet a également pris en compte la durée du séjour de l'intéressé en France et ses liens avec la France où il a pu achever ses travaux universitaires et démarrer sa carrière professionnelle de chercheur en télécommunication. Dans ces conditions, et même si M. B n'a pas fait antérieurement l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, le préfet d'Ille-et-Vilaine pouvait, sans erreur manifeste d'appréciation, fixer une durée de deux ans à l'interdiction de retour qu'il prenait. Le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
14. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 21 février 2022, par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine lui a refusé la délivrance d'un de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
15. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. B n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par l'intéressé doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. B doivent, dès lors, être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Gosselin, président,
Mme Gourmelon, première conseillère,
M. Desbourdes, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2022.
Le président-rapporteur,
signé
O. C
L'assesseur le plus ancien,
signé
V. GourmelonLa greffière,
signé
E. Douillard
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026