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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2203143

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2203143

vendredi 12 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2203143
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantMAAMOURI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 juin 2022, M. D B, représenté par Me Maamouri, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du directeur de l'Établissement public de santé mentale (EPSM) du Morbihan du 29 avril 2022 portant refus de titularisation et radiation des cadres à compter du 10 mai 2022 ;

2°) d'enjoindre à l'EPSM du Morbihan de procéder à sa réintégration et sa titularisation dans un délai de dix jours à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'EPSM du Morbihan la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en l'absence de procédure préalable contradictoire ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 août 2022 et régularisé le 7 octobre 2022, l'EPSM du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la santé publique ;

- le décret n° 97-487 du 12 mai 1997 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme René,

- les conclusions de M. Met, rapporteur public,

- et les observations de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a été recruté en qualité d'aide-soignant par l'Établissement public de santé mentale (EPSM) du Morbihan le 4 juillet 2016, initialement en contrats à durée déterminée, du 4 juillet au 4 septembre 2016, du 5 septembre 2016 au 30 juin 2018, du 23 au 29 octobre 2018, puis du 19 décembre 2018 au 1er janvier 2020, date à partir de laquelle il a bénéficié d'un contrat à durée indéterminée. M. B a ensuite été nommé stagiaire à compter du 1er août 2020. Ce stage a été prolongé pour six mois, après avis favorable de la commission administrative paritaire locale n° 8 rendu le 25 mai 2021. Par une décision du 29 avril 2022 dont M. B demande l'annulation, le directeur de l'EPSM du Morbihan a, suivant l'avis favorable au refus de titularisation de M. B rendu à l'unanimité le 7 avril 2022 par la commission administrative paritaire locale n° 8, refusé de titulariser l'intéressé et prononcé sa radiation des effectifs à compter du 10 mai 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, le directeur de l'EPSM du Morbihan a, par un arrêté du 9 février 2021 régulièrement publié le 16 avril 2021 au recueil des actes administratifs de la préfecture du Morbihan, donné délégation de signature à Mme A C, directrice adjointe chargée de la direction des ressources humaines, de la formation médicale et de la formation continue, aux fins de signer notamment les décisions relatives au recrutement, à l'affectation, à la gestion des carrières et à la cessation des fonctions des agents de l'établissement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, un agent public ayant, à la suite de son recrutement ou dans le cadre de la formation qui lui est dispensée, la qualité de stagiaire se trouve dans une situation probatoire et provisoire. La décision de ne pas le titulariser en fin de stage est fondée sur l'appréciation portée par l'autorité compétente sur son aptitude à exercer les fonctions auxquelles il peut être appelé et, de manière générale, sur sa manière de servir, et se trouve ainsi prise en considération de sa personne. L'autorité compétente ne peut donc prendre légalement une décision de refus de titularisation, qui n'est soumise qu'aux formes et procédures expressément prévues par les lois et règlements, que si les faits qu'elle retient caractérisent des insuffisances dans l'exercice des fonctions et la manière de servir de l'intéressé. Cependant, la circonstance que tout ou partie de tels faits seraient également susceptibles de caractériser des fautes disciplinaires ne fait pas obstacle à ce que l'autorité compétente prenne légalement une décision de refus de titularisation, pourvu que l'intéressé ait été alors mis à même de faire valoir ses observations. Il résulte de ce qui précède que, pour apprécier la légalité d'une décision de refus de titularisation, il incombe au juge de vérifier qu'elle ne repose pas sur des faits matériellement inexacts, qu'elle n'est entachée ni d'erreur de droit, ni d'erreur manifeste dans l'appréciation de l'insuffisance professionnelle de l'intéressé, qu'elle ne revêt pas le caractère d'une sanction disciplinaire et n'est entachée d'aucun détournement de pouvoir et que, si elle est fondée sur des motifs qui caractérisent une insuffisance professionnelle mais aussi des fautes disciplinaires, l'intéressé a été mis à même de faire valoir ses observations.

4. Il ressort des écritures en défense que pour refuser de titulariser M. B, le directeur de l'EPSM du Morbihan s'est fondé sur la manière de servir de l'intéressé. Il ressort des pièces du dossier, notamment des comptes-rendus d'évaluation produites par l'EPSM du Morbihan, que le directeur de cet établissement a estimé que M. B avait entaché sa manière de servir au cours de son stage puis lors de sa prorogation d'une insuffisance professionnelle caractérisée par un problème de positionnement à l'égard de ses collègues et des résidents ainsi qu'un manque de rigueur et de motivation, mais aussi des retards répétés sur l'ensemble de la période de stage, en dépit de plusieurs entretiens de recadrage.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été informé à plusieurs reprises pendant son stage des insuffisances et retards qui lui sont reprochés. Sa fiche d'évaluation du 23 avril 2021, défavorable à sa titularisation, indique qu'en dépit des efforts poursuivis par l'intéressé quant à la rigueur et au positionnement après sa mutation qualifiée d' " imposée " au service du " Mas Provence ", " il n'a pas su convaincre l'encadrement de sa véritable implication et application dans le travail sur le long terme, manquant de constance et d'assurance ", précisant également qu' " une certaine fragilité et distance relationnelle avec le résident ainsi que l'équipe pluridisciplinaire sont à asseoir plus sereinement avant de pouvoir se prononcer sur une potentielle titularisation ". De même, à l'issue de la prolongation de son stage effectuée dans un autre service à la demande M. B, sa fiche d'évaluation du 2 mars 2022, établie par une autre cadre de santé et également défavorable à sa titularisation, relève que " sur le critère du savoir être, M. B n'a pas su convaincre l'encadrement et les professionnels de proximité quant à de réelles capacités d'investissement pérenne au sein d'une équipe à ce jour ", évoquant à cet égard " la survenue de retards impactant la prise en charge des résidents ". Si le requérant fait valoir qu'il s'est présenté à son travail avec un peu de retard seulement à quatre ou cinq reprises en raison d'un problème de santé, il n'est pas établi que son état de santé ait été la cause de ses retards et il ressort des pièces du dossier, notamment des fiches d'évaluation établies pendant son stage, que ces retards se sont répétés sur l'ensemble de la période de stage. Les comptes rendus d'entretien professionnels dont M. B se prévaut sont tous antérieurs à son stage, hormis celui établi le 9 mars 2021 pour la première période de six mois de stage entre le 1er août 2020 et le 31 janvier 2021, lequel évoque également des problèmes de ponctualité. Un autre compte rendu d'évaluation portant sur l'année 2018 mentionnait au demeurant déjà cette problématique. Dans ces conditions, en dépit des aptitudes et compétences dont il justifie par ailleurs notamment par la production d'attestations de collègues et qui ne sont d'ailleurs pas remises en cause par les évaluations établies durant son stage, le directeur de l'EPSM du Morbihan a pu, au regard de la manière de servir du requérant prise dans son ensemble pendant la période de stage dont la prolongation l'avait pourtant mis en mesure d'adapter son comportement dans l'intérêt du service, décider de ne pas le titulariser sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. En dernier lieu, les faits fondant la décision attaquée, qui caractérisent une insuffisance professionnelle, constituant également pour partie une faute disciplinaire, au moins s'agissant des retards répétés, il résulte de ce qui a été dit au point 3 du présent jugement qu'il appartenait au directeur de l'EPSM du Morbihan de mettre à même M. B de faire valoir ses observations préalablement à l'intervention de la décision attaquée. Il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 12 avril 2022 dont l'objet est un refus de titularisation, le directeur de l'EPSM du Morbihan a informé M. B qu'à la suite de l'avis défavorable de la commission administrative paritaire locale du 7 avril 2022, la directrice des ressources humaines le recevrait le 28 avril 2022 à 15h30 au cours d'un entretien auquel il pourrait se faire assister de la personne de son choix et qu'il avait la possibilité de consulter son dossier administratif sur place ou en prenant rendez-vous au préalable. Le requérant a d'ailleurs consulté son dossier le 26 avril 2022. Ainsi, indépendamment de l'entretien qui s'est tenu la veille de l'intervention de la mesure de refus de titularisation en litige, le requérant a été mis en mesure par le courrier du 12 avril 2022 de produire ses observations en temps utile avant l'intervention de la décision attaquée. Le moyen tiré de l'absence de procédure contradictoire doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête à fin d'annulation de la décision du directeur de l'EPSM du Morbihan du 29 avril 2022 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'injonction présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'EPSM du Morbihan, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et à l'Établissement public de santé mentale du Morbihan.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Tronel, président,

Mme Pottier, première conseillère,

Mme René, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2024.

La rapporteure,

signé

C. René

Le président,

signé

N. Tronel

La greffière d'audience,

signé

É. Fournet

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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