mercredi 13 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2203161 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS MAIRE TANGUY SVITOUXHKOFF HUVELIN GOURDIN NIVAULT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 21 juin et 5 juillet 2022, la C, représentée par Me Dietsch, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 8 juillet 2021 par lequel le maire de la commune de Séné a accordé à la D un permis de construire pour l'extension d'une construction ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Séné et de la D le versement de la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est recevable :
- elle a introduit un recours au fond tendant à l'annulation de la décision dont elle demande la suspension de l'exécution et a effectué les notifications prévues par l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;
- le recours a été introduit dans le délai fixé pour la cristallisation des moyens ;
- elle a intérêt à agir au sens de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme en sa qualité de voisine immédiate du terrain d'assiette du projet, lequel va créer une vue directe sur sa propriété et aggraver les nuisances déjà existantes du fait de l'activité de la société pétitionnaire ;
- l'urgence est présumée en application de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme ;
- sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision :
- elle est entachée d'incompétence à défaut pour la commune de justifier d'une délégation régulière et exécutoire donnée à son signataire ;
- le dossier de demande de permis de construire souffre d'insuffisances :
* le tableau des surfaces de plancher des destinations de la construction existante dans le dossier du permis attaqué ne correspond pas à celui du dossier du permis de construire initial de 2013 : l'indication d'une destination de " bureaux " de 195 m², alors qu'en réalité la construction avait principalement une activité artisanale a été de nature à fausser l'appréciation de l'administration sur le respect de l'article Ub2 du règlement du PLU limitant l'emprise au sol des activités artisanales ; la surface totale de la construction existante indiquée n'est que de 246 m² alors que l'autorisation accordée indique une surface totale de 260,58 m², et cette indication erronée a notamment été de nature à fausser l'appréciation de l'administration sur l'appréciation des règles de stationnement ;
* le dossier de permis de construire ne comprend aucun plan de masse des existants et le projet architectural ne mentionne pas les réseaux existants et éventuels à créer ;
* la demande de permis de construire n'est pas accompagnée des dossiers techniques prévus à l'article R. 431-30 du code de l'urbanisme, alors que le projet conduit à modifier l'aménagement de l'établissement recevant du public existant et cette absence a été de nature à influencer l'appréciation de l'administration, le projet ne respectant pas les normes d'accessibilité applicables en matière de stationnement et cheminement extérieur pour les personnes à mobilité réduite ;
- les dispositions de l'article Ub1 du règlement du plan local d'urbanisme sont méconnues : l'activité de décoration d'intérieur, peinture et ameublement, exploitée dans le bâtiment à usage d'entrepôt et atelier dont l'arrêté attaqué autorise l'extension est incompatible avec l'habitat en raison des graves nuisances sonores et de l'atteinte à la sécurité publique qu'elle génère ;
- les dispositions de l'article Ub2 du règlement du plan local d'urbanisme sont méconnues : les activités de la société exploitante sont génératrices de graves nuisances pour le voisinage (bruits, entraves à la circulation, danger pour les usagers de la voie publique) que l'extension importante du bâtiment d'entrepôt et atelier va nécessairement avoir pour effet d'aggraver ; de plus, la construction existante dispose d'une emprise au sol de l'ordre de 240 m² dépassant de loin le seuil maximal de 100 m² fixé à l'article Ub 2 pour les activités artisanales et les travaux portant sur une extension de cette construction existante ne pouvaient donc pas être autorisés ; si seul l'entrepôt est pris en compte, son emprise au sol est en tout état de cause de 110 m² ; il est matériellement impossible de distinguer l'emprise au sol des différents espaces intégrés au même bâtiment et c'est la destination principale du bâtiment, en l'espèce artisanale, qui doit primer et le maire ne pouvait donc légalement autoriser l'extension de la construction à destination artisanale existante qui ne fait qu'aggraver l'irrégularité existante ;
- les dispositions de l'article Ub3 du règlement du plan local d'urbanisme sont méconnues : le terrain d'assiette du projet ne dispose pas d'un accès suffisant au regard de son
activité, les camions de livraison devant stationner sur la voie publique ;
- le projet méconnaît l'article Ub12 du règlement du plan local d'urbanisme : les neuf places de stationnement prévues sont insuffisantes au regard des besoins de la construction ; cinq des places ne seront pas réellement utilisables et ne peuvent pas être prises en compte et le stationnement des poids lourds de livraison sur la voie publique devant le terrain d'assiette empêchera les véhicules d'accéder aux neuf places de stationnement ou d'en sortir ; l'emplacement PMR ne répond pas aux caractéristiques d'accessibilité réglementaires et les clients sont contraints de passer par cette place pour accéder au bâtiment ; aucun local à vélo n'a été prévu ;
- le projet méconnaît l'article Ub13 du règlement du plan local d'urbanisme : le projet aurait dû prévoir la présence d'au moins deux arbres de haute tige ;
- les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme sont méconnues : le projet porte atteinte à la sécurité publique dès lors que l'activité artisanale exploitée dans la construction nécessite le stationnement fréquent des poids lourds pouvant atteindre une longueur de 18 mètres sur la voie départementale très fréquentée, ce qui porte gravement atteinte à la sécurité des usagers de cette voie et en particulier des piétons ;
- l'emplacement PMR, les places de stationnement situées en fond de parcelle et le local vélo prévus par le permis initial de 2013 n'ont jamais été réalisés par le pétitionnaire et le projet qui ne prévoit pas de local à vélo, ni ne satisfait aux règles de stationnement et d'accessibilité applicables aux établissements recevant du public n'a pas permis de régulariser les constructions existantes irrégulières ;
- les déclarations frauduleuses du pétitionnaire sur les surfaces et destinations de la construction existante ont faussé l'appréciation de l'administration sur le respect des règles de l'article Ub 2 du règlement du plan local d'urbanisme relatives à la limitation de l'emprise des activités artisanales et entrepôts commerciaux et à l'article Ub12 relatif au stationnement ;
- le permis de construire modificatif, qui bouleverse l'économie générale du projet, est illégal et ne peut régulariser le permis initial.
Par un mémoire, enregistré le 4 juillet 2022, la D, représentée par la Selarl Maire Tanguy Svitouxhkoff Huvelin Gourdin Nivault Gombaud, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque en fait ;
- le dossier de demande de permis de construire ne souffre d'aucune insuffisance : l'extension autorisée ne concerne que la seule destination entrepôt d'une surface existante de 51 m² de telle sorte que l'indication d'une destination de " bureaux " de 195 m² est sans incidence et d'ailleurs le projet a prévu neuf places de stationnement, correspondant au nombre de places de stationnement requis en fonction des différentes destinations mentionnées dans le dossier de 2013 ; les plans joints ont permis à l'autorité administrative d'apprécier la consistance du projet d'extension ; le projet ne porte pas sur des travaux relatifs à la création, l'aménagement ou la modification d'un établissement recevant du public et se borne à décaler légèrement la place de stationnement réservée aux personnes à mobilité réduite, sans modifier les conditions d'accès au bâtiment ;
- l'article Ub1 du règlement du plan local d'urbanisme est respecté : elle n'exploite dans ses locaux aucune activité causant des nuisances sonores et la surface créée a été ramenée de 123 m² à 42 m² après suppression de l'étage initialement prévu ; un emplacement a été prévu pour les livraisons de manière à ne pas gêner la circulation routière ;
- l'article Ub2 du règlement du plan local d'urbanisme est respecté : l'emprise au sol totale de l'entrepôt atteint 93 m² et est donc inférieure à 100 m² ;
- le permis respecte l'article Ub3 du règlement du plan local d'urbanisme : le passage dont la société requérante critique la largeur n'est pas une voirie ou un accès de desserte du terrain d'assiette du projet au sens de ces dispositions et des emplacements spécifiques existent sur la voie publique au droit du terrain d'assiette pour les livraisons ;
- le permis respecte l'article Ub12 du règlement du plan local d'urbanisme : neuf places de stationnement opérationnelles sont prévues, le dossier de demande de permis de construire modificatif prévoit l'aménagement d'un local à vélo, la place de stationnement réservée aux personnes à mobilité réduite est d'une largeur suffisante ;
- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article Ub13 du plan local d'urbanisme est inopérant : le terrain d'assiette ne présente aucune superficie d'au moins 200 m² impliquant la plantation d'un arbre de haute tige ;
- le permis de construire n'a aucune incidence sur l'application de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : l'extension projetée n'est pas de nature à emporter une augmentation de son activité ni du rythme des livraisons ;
- le permis de construire et le permis de construire modificatif matérialisent l'emplacement des neuf places de stationnement et du local à vélo, régularisant la construction d'origine ;
- la demande de permis ne revêt aucun caractère frauduleux.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2022, la commune de Séné, représentée par la Selarl Cabinet Coudray, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté litigieux manque en fait ;
- sur la composition du dossier de demande de permis de construire :
- l'inexactitude portant sur les destinations déclarées n'a pas été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur l'application de l'article Ub2 du règlement du plan local d'urbanisme, dès lors que le formulaire Cerfa indique, pour chaque destination renseignée, la surface de plancher du projet et que les différents plans du dossier permettent de déterminer précisément l'emprise au sol de l'extension projetée ;
- le code de l'urbanisme n'impose nullement au pétitionnaire de communiquer un plan de masse de l'existant et la notice précise l'état initial du terrain et ses abords et est complétée par les différents plans ; les places de stationnement sont matérialisées dans le plan de masse du 16 juin 2021, l'emplacement des réseaux n'avait pas à figurer dès lors qu'il ne s'agit que de l'extension d'une construction existante et le dossier de demande de permis de construire modificatif mentionne le réseau des eaux pluviales ;
- le projet ne vise qu'à l'extension d'une partie non accessible au public et n'est ainsi pas soumis aux dispositions de l'article L. 425-3 du code de l'urbanisme ;
- les dispositions de l'article Ub1 du règlement du plan local d'urbanisme sont respectées : le projet ne génère pas de nuisances pour le voisinage et ne vise qu'à augmenter la surface de stockage de l'entreprise ; il ne génère pas davantage d'augmentation des livraisons et, en tout état de cause, un espace de stationnement leur est réservé permettant d'assurer la sécurité publique ;
- le projet respecte les dispositions de l'article Ub2 du règlement du plan local d'urbanisme : l'emprise au sol des activités artisanales et commerciales n'est que de 68 m², voire de 81 m² et est donc inférieure à 100 m² ;
- le projet respecte l'article Ub3 du règlement du plan local d'urbanisme : la voie d'accès est adaptée et comprend un espace de stationnement à l'usage exclusif des livraisons permettant d'assurer la sécurité publique ;
- les dispositions de l'article Ub12 du règlement du plan local d'urbanisme ne sont pas méconnues : le projet comporte neuf places de stationnement parfaitement utilisables et le permis de construire modificatif a prévu la réalisation d'une place supplémentaire, le plan local d'urbanisme n'impose pas la réalisation de places à destination des camions de livraison ou de chantier, ni la réalisation d'une aire de retournement ; la dimension de la place PMR est conforme ; le projet prévoit un local à vélo ;
- le projet respecte l'article Ub13 du règlement du plan local d'urbanisme : l'unité foncière ne dispose d'aucune surface libre et aucun arbre de haute tige n'est exigé ;
- l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme n'est pas méconnu : l'espace de livraison temporaire permet aux camions de livraison de stationner sans que cela ne porte atteinte à la sécurité publique ;
- la demande de permis de construire initiale ne se limite pas en l'espèce au nouveau projet et si la place de stationnement PMR et le local à vélo n'ont pas été réalisés conformément au permis de construire en date du 27 mai 2013, ces travaux sont régularisés à l'occasion du nouveau projet qui intègre leur réalisation ;
- le permis de construire n'a pas été obtenu par fraude : aucune manœuvre délibérée du pétitionnaire n'a ainsi été de nature à tromper l'administration sur la réalité du projet.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête au fond n° 2106203.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Plumerault, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 juin 2022 :
- le rapport de Mme A ;
- les observations de Me Camber-Rougé, représentant la C, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'elle développe, insiste sur la méconnaissance de l'article Ub2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Séné dès lors que la construction existante a déjà une activité principale artisanale, sur l'absence d'autorisation au titre des établissements recevant du public (ERP), sur les difficultés de stationnement dès lors que la place réservée aux personnes à mobilité réduite (PMR) est trop proche de l'entrée de la construction pour être opérationnelle, de même que les places situées dans la cour intérieure difficilement accessibles, souligne l'absence d'espace de livraison, demande la suspension de l'exécution du permis de construire modificatif à titre subsidiaire et fait valoir qu'il aurait fallu un nouveau permis de construire dès lors qu'il y a un bouleversement de l'économie générale du projet ;
- les observations de Me Haauy, représentant la commune de Séné, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'il développe, insiste sur le fait qu'il existe devant l'établissement de la société pétitionnaire une zone de livraison de presque 20 mètres de long, fait valoir s'agissant de l'application de l'article Ub2 du règlement du plan local d'urbanisme, que cet article ne prend pas en compte l'usage de la construction, qu'aucune autorisation au tire des ERP n'était requise, qu'il y a dix places de stationnement accessibles prévues, que les modifications du projet pouvaient faire l'objet d'un permis de construire modificatif dès lors que l'implantation et la nature du projet demeurent inchangées ;
- les observations de Me Gourdin, représentant la D, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'il développe, rappelle le contexte de l'affaire, souligne que le projet ne génère aucune nuisance particulière s'agissant de la simple extension d'un entrepôt, que, pour l'application de la règle posée à l'article Ub2 du règlement du plan local d'urbanisme, il n'y a lieu de prendre en compte que le rez-de-chaussée, seul créateur d'emprise au sol, que les places de stationnement sont suffisantes en nombre et sont opérationnelles, indique que les livraisons ont lieu une fois par semaine.
La clôture de l'instruction a été différée au 8 juillet 2022 à 12 heures.
Par un mémoire, enregistré le 8 juillet 2022 à 11h47, qui n'a pas été communiqué, la D conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens.
Une note en délibéré, enregistrée le 8 juillet 2022 à 13h54, a été produite pour la C.
Considérant ce qui suit :
1. Le 25 mars 2021, la D a déposé en mairie de Séné une demande de permis de construire en vue de l'extension d'une construction à usage d'entrepôt. Par un arrêté du 8 juillet 2021, le maire de Séné a délivré le permis sollicité. Par un courrier du 2 août 2021, la C a présenté un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté, lequel a été implicitement rejeté. Par arrêté du 13 mai 2022, le maire de Séné a délivré à la D un permis de construire modificatif ramenant l'extension projetée de 123 m² à 42 m². La société du Poulfanc demande la suspension de l'exécution des arrêtés des 8 juillet 2021 et 13 mai 2022.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne l'urgence :
3. Aux termes de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme : " Un recours dirigé contre () un permis de construire () ne peut être assorti d'une requête en référé suspension que jusqu'à l'expiration du délai fixé pour la cristallisation des moyens soulevés devant le juge saisi en premier ressort. / La condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est présumée satisfaite () ".
4. En vertu des dispositions précitées, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est présumée satisfaite s'agissant d'une requête en référé suspension d'un permis de construire. La condition d'urgence doit ainsi être regardée comme remplie.
En ce qui concerne les moyens propres à créer un doute sérieux sur la légalité des décisions :
5. Aux termes de l'article Ub2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Séné relatif aux occupations et utilisations du sol soumises à conditions particulières : " () Les activités artisanales (ainsi que les entrepôts commerciaux) compatibles avec l'habitat sous réserve que l'emprise des bâtiments au sol soit inférieure à 100 m² et sous réserve qu'ils s'intègrent au contexte urbain et paysager environnant ".
6. Il ressort des pièces du dossier que le projet de la D consiste à étendre un bâtiment existant à usage d'entrepôt. Cette extension développe désormais, eu égard au permis de construire modificatif qui lui a été délivré, une emprise au sol de 42 m², l'emprise au sol totale de l'entrepôt atteignant 93 m². Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que cet entrepôt, s'il a une emprise au sol inférieure à 100 m², communique avec un bâtiment en R+1 abritant au rez-de-chaussée des locaux à usage de bureau d'une surface de 17,41 m², un showroom d'une superficie de 98,19 m² ainsi qu'à l'étage un atelier artisanal de 93,77 m². Si la commune de Séné et la société pétitionnaire font valoir que l'atelier situé à l'étage n'est pas créateur d'emprise au sol, la destination de la construction doit être déterminée non pas seulement par celle exercée au rez-de-chaussée mais par l'activité principale qu'elle abrite. En l'espèce, la société B, qui exerce son activité dans ce bâtiment, est spécialisée dans l'architecture et la décoration intérieures, de telle sorte que le showroom apparaît comme une destination accessoire à son activité principale qui reste artisanale. Par suite, l'atelier à usage d'artisanat doit être pris en compte dans le calcul de l'emprise au sol des activités artisanales pour l'application des dispositions précitées du plan local d'urbanisme. Dès lors que l'emprise au sol cumulée de l'atelier et de l'entrepôt excède 100 m², le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article Ub2 du règlement du plan local d'urbanisme est propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité des permis en litige.
7. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, en l'état de l'instruction, aucun des autres moyens invoqués susvisés n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de ces décisions.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conditions d'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont réunies. Il y a lieu, par suite, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 8 juillet 2021 par lequel le maire de la commune de Séné a accordé un permis de construire à la D, ainsi que, par voie de conséquence, de l'arrêté du 13 mai 2022 par lequel il lui a accordé un permis de construire modificatif.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société du Poulfanc, qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, la somme que la commune de Séné et la D demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la C tendant à l'application de ces dispositions.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 8 juillet 2021 par lequel le maire de la commune de Séné a accordé un permis de construire à la D, ensemble de l'arrêté du13 mai 2022 par lequel il lui a accordé un permis de construire modificatif est suspendue.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Les conclusions de la commune de Séné et de la D présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la C, à la commune de Séné et à la D.
Copie en sera adressée, en application de l'article R. 522-14 du code de justice administrative, au procureur de la République près du tribunal judiciaire de Vannes.
Fait à Rennes, le 13 juillet 2022.
Le juge des référés,
signé
F. A Le greffière d'audience,
signé
A. Gauthier
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026