jeudi 4 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2203239 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | OQTF 6 sem |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS LE BOURHIS |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée le 24 juin 2022 sous le n° 2203239, M. E A, représenté par Me Le Bourhis, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 mai 2022 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine lui a fait obligation de quitter dans un délai de trente jours le territoire français et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trois jours à compter de la notification de la décision à intervenir ou à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son avocat de la somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'un vice d'incompétence ;
- il est insuffisamment motivé ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen approfondi de sa situation personnelle ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- il méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 août 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
II. Par une requête enregistrée le 24 juin 2022 sous le n° 2203244, Mme D B, épouse A, représentée par Me Le Bourhis, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 mai 2022 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine lui a fait obligation de quitter dans un délai de trente jours le territoire français et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trois jours à compter de la notification de la décision à intervenir ou à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son avocat de la somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soulève les mêmes moyens que dans la requête précédente.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 août 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Tronel, vice-président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les observations de Me Béguin, substituant Me Le Bourhis, avocate de M. et Mme A ;
- et les explications de M. et Mme A.
Le préfet d'Ille-et-Vilaine n'était pas représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur la jonction :
1. Les requêtes de Mme et M. A, de nationalité ivoirienne, sont dirigées contre des arrêtés identiques pris simultanément à l'égard d'un même couple et elles présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Mme et M. A justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
S'agissant de l'incompétence du signataire des actes :
3. Par un arrêté du 9 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet d'Ille-et-Vilaine a donné délégation à M. Ludovic Guillaume, secrétaire général de la préfecture et signataire des arrêtés, pour signer tous les actes relevant des attributions de l'État dans le département, à l'exception de certains au nombre desquels ne figurent pas les actes en matière de police des étrangers.
S'agissant de l'insuffisante motivation et du défaut d'examen particulier de la situation personnelle de M. et Mme A :
4. Les arrêtés attaqués précisent que les demandes d'asile de Mme et M. A ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 15 novembre 2021 puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 19 avril 2022. Ils rappellent en détail la composition de leur famille et de ce que les intéressés ne justifient pas d'une insertion particulière en France. Ils indiquent enfin que compte tenu des éléments portés à la connaissance de l'autorité préfectorale, ils n'établissent pas que leur famille puisse être exposée à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet, qui ne s'est pas borné à prendre en considération les décisions de l'OFPRA et de la CNDA mais a également tenu compte des pièces du dossier dont il disposait, a ainsi suffisamment motivé ses décisions et procédé à un examen suffisant des situations personnelles de M. et Mme A.
S'agissant de l'erreur manifeste d'appréciation :
5. Selon l'étude par grappes à indicateurs multiples (MICS) de 2016, relative à la Côte d'Ivoire, établie en septembre 2017, et intitulée " La situation des femmes et des enfants en Côte d'Ivoire ", la prévalence de l'excision chez les femmes de 15 à 49 ans est, dans l'ensemble du pays, de 36,7 %. Ce taux chute cependant à 24,6 % à Abidjan et à 30,8 % toutes zones urbaines confondues. La prévalence de l'excision chez les filles de 0 à 14 ans est, dans l'ensemble du pays, de 10,9 %. Ce taux chute à 3,3 % à Abidjan et à 8,3 % toutes zones urbaines confondues.
6. En l'espèce, Mme A, dont il est établi par la production d'un certificat médical du 18 mars 2021 qu'elle n'est pas excisée, n'a pas expliqué, la raison pour laquelle elle risquerait d'être excisée, en cas de retour en Côte d'Ivoire, en particulier par la famille de son conjoint, alors même qu'elle ne l'a pas été lors du mariage traditionnel qui aurait été célébré en 2014, qu'elle est âgée actuellement de trente-et-un ans et mère de deux enfants et que, ainsi qu'il ressort des indications livrées au point précédent, les risques de subir une excision sont réduits, à Abidjan, où elle a habité en dernier lieu.
7. Par ailleurs, compte tenu des éléments chiffrés mentionnés au point 5, et en l'absence de tout élément crédible de nature à indiquer que le risque d'excision est particulièrement élevé dans l'environnement social et familial des requérants - M. A s'étant borné, de manière peu convaincante, à affirmer au cours de l'audience qu'il ne pourrait pas s'opposer à sa mère favorable à l'excision alors même que sa première fille est décédée des suites d'une telle pratique - il ne peut être tenu pour établi que leurs filles encourraient un risque quelconque d'être excisées en cas de retour en Côte d'Ivoire.
8. Il résulte de ce qui précède que le préfet n'a pas manifestement mal apprécié les conséquences de ses décisions sur la situation personnelle des requérants et de leurs enfants.
S'agissant de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :
9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 5 à 7 et en l'absence d'insertion particulière en France, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit des requérants au respect de leur vie privée et familiale par rapport aux buts en vue desquels les arrêts contestés ont été pris.
S'agissant de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droit de l'enfant :
10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 5 à 7, le préfet n'a pas porté d'atteinte à l'intérêt supérieur des deux filles de M. et Mme A en prenant les décisions contestées.
S'agissant de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :
11. Si Mme B relève avoir été victime d'un viol par son grand-oncle et que sa famille paternelle est à sa recherche afin qu'elle leur indique où s'était réfugiée sa sœur cadette, elle ne donne aucun élément établissant l'actualité de ses craintes en cas de retour dans son pays d'origine. Pour les motifs exposés aux points 5 à 7, le risque d'excision pour elle et ses filles n'est pas établi. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.
12. Enfin, M. A n'apporte aucun élément objectif permettant d'attester de la réalité du conflit qui l'opposerait à son oncle et a fortiori de l'incapacité des forces de police et des autorités judiciaires ivoiriennes à le protéger contre d'éventuels agissements illégaux de son oncle.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de M. et Mme A doivent être rejetées, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D É C I D E :
Article 1er : M. et Mme A sont admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Les requêtes de M. et Mme A sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B, à M. E A et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 août 2022.
Le magistrat désigné,
signé
N. CLe greffier,
signé
M.-A. Vernier
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2203239 et 2203244
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026