vendredi 15 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2203281 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | LANTHEAUME |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 juin et 11 juillet 2022, M. A D et Mme G, épouse D, agissant tant en leur nom propre qu'en qualité de représentants légaux de leur fils mineur B D, représentés par Me Lantheaume, demandent au juge des référés, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 20 mai 2022 par laquelle le préfet du Morbihan a rejeté la demande de regroupement familial que M. D a déposée le 21 août 2020 au bénéfice de son épouse ;
2°) d'enjoindre au préfet du Morbihan de réexaminer leur situation, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard et, dans l'attente, d'accorder provisoirement le regroupement familial demandé ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la condition d'urgence est remplie : l'intérêt public commande que soient prises les mesures provisoires nécessaires pour faire cesser immédiatement l'atteinte aux droits conférés par l'ordre juridique de l'Union Européenne, notamment la directive 2003/86/CE du Conseil du 22 septembre 2003 relative au droit au regroupement familial ; de plus, M. D est contraint de vivre séparé de son épouse et de son fils alors même qu'il remplit toutes les conditions exigées dans le cadre du regroupement familial, qu'il a accompli toutes les diligences nécessaires à l'instruction de sa demande depuis le mois d'août 2020 et que cette séparation a des conséquences psychologiques sur l'ensemble de la famille ;
- sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :
- la décision n'est pas motivée en droit en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- il n'est pas établi que la procédure de l'article L. 434-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ait été respectée notamment que les enquêtes de logement et de ressources aient bien été effectuées, et que le maire de la commune où il réside ait été saisi ;
- elle méconnaît l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : M. D séjourne régulièrement en France depuis plus d'un an, sous couvert d'un certificat de résidence de dix ans valable jusqu'en 2028, il dispose de revenus supérieurs au SMIC sur la période de référence et d'un emploi stable en qualité de commerçant et il dispose d'un logement d'une superficie suffisante pour accueillir son épouse et leur fils ; enfin, son épouse et leur fils ne sont pas atteints d'une maladie inscrite au règlement sanitaire départemental et ils vivent en Algérie ; à la date d'introduction de la demande de regroupement familial, sa situation matrimoniale était bien conforme à la législation française ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que les dispositions de l'article L. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas applicables et qu'il n'existe pas de majoration du montant des ressources ni de la superficie du logement pour les ressortissants algériens selon le nombre d'enfants;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en portant une atteinte disproportionnée au droit au respect de leur vie privée et familiale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juillet 2022, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite : M. D n'a pas respecté les principes essentiels aux lois de la République : il s'est marié avec Mme C E le 24 décembre 2017, alors que le divorce d'avec sa première épouse n'a été prononcé que le 14 mai 2018 ; il n'établit pas qu'il serait dans l'impossibilité de rendre visite à son épouse et à son fils ; en outre, il n'a pas déclaré auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lors du dépôt de son dossier, les quatre enfants issus de sa précédente union, qui doivent être inclus dans les enquêtes liées aux ressources et au logement ;
- sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision :
- la demande de regroupement familial a fait l'objet d'une décision explicite de rejet motivée :
- elle ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle ne porte pas une atteinte manifeste au droit à la vie privée et familiale de M. D.
Vu :
- la requête au fond n°2203018 ;
- les pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Plumerault, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme F a été entendu au cours de l'audience publique du 12 juillet 2022.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence algérien valable jusqu'en 2028, a présenté, le 21 août 2020, une demande de regroupement familial au profit de Mme E, qu'il a épousée le 24 décembre 2017 et avec laquelle il a eu un enfant né le 25 décembre 2019. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par l'administration pendant plus de six mois sur cette demande. Par une décision expresse du 20 mai 2022, qui s'est substituée à la décision implicite, le préfet du Morbihan a rejeté la demande de M. D au motif que celui-ci ne se conformait pas aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, dès lors que son mariage avec Mme E a été célébré alors qu'il était encore marié avec sa première épouse dont il n'a divorcé que le 14 mai 2018. M. D demande la suspension de l'exécution de cette décision.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision administrative contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. Pour établir l'existence d'une situation d'urgence, le requérant fait valoir que le couple qu'il a formé depuis son mariage avec Mme E ainsi que leur enfant souffrent de leur longue séparation au regard de leur droit de mener une vie privée et familiale normale et que tant son épouse que son enfant sont suivis par des psychologues. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant retourne régulièrement en Algérie pour des durées allant de deux à trois semaines pour voir son épouse et leur enfant, et il n'allègue pas que ceux-ci ne pourraient pas également lui rendre visite régulièrement en France. Il est en outre contant que le requérant n'a engagé le présent recours qu'au mois de juillet 2022 contre une décision implicite initiale de refus née en février 2021. Enfin, M. D ne fait pas davantage valoir de circonstance qui s'opposerait à son retour dans son pays d'origine pour y reconstituer la cellule familiale. Il ne peut être regardé par suite comme justifiant, par les seuls éléments qu'il produit, de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire prononcée par le juge des référés dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse. Par suite, la condition d'urgence au sens des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme satisfaite.
5. Il résulte de ce qui précède qu'en l'absence d'urgence, et sans qu'il soit besoin d'examiner s'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, les conclusions de la requête présentées par M. D sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
6. La présente ordonnance qui rejette les conclusions à fin de suspension de la requête de M. D n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par l'intéressé doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, la somme que M. D demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A D, premier dénommé, pour l'ensemble des requérants en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet du Morbihan.
Fait à Rennes, le 15 juillet 2022.
Le juge des référés,
signé
F. F La greffière d'audience,
signé
J. Jubault
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026