vendredi 8 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2203374 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | BAUDET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 et 5 juillet 2022, M. E D, représenté par Me Baudet, demande au tribunal :
1°) d'annuler les arrêtés du 1er juillet 2022 par lesquels le préfet d'Ille-et-Vilaine lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sur l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle méconnaît l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne dès lors que son droit à être entendu a été méconnu au motif qu'il n'a pas bénéficié de l'assistance d'un interprète présent auprès de lui mais par téléphone ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- sur le refus de délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle méconnaît l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d'incompétence du signataire ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle méconnaît l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne dès lors que son droit à être entendu a été méconnu au motif qu'il n'a pas bénéficié de l'assistance d'un interprète présent auprès de lui mais par téléphone ;
- elle est entachée d'illégalité par voie d'exception de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français et du refus de délai de départ ;
- elle méconnaît les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- sur l'assignation à résidence :
- elle est entachée d'incompétence de son signataire ;
- elle est entachée d'illégalité par voie d'exception de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors qu'elle est présentée par F, qui n'est pas la requérante de cette instance et qu'elle n'est pas signée ;
- les moyens invoqués dans la requête sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Dayon, conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les observations de Me Baudet, représentant M. D : la requête a été introduite par un courriel de la compagne de M. D et comporte la signature de celle-ci et de M. D ; elle reconnaît que M. D est entré en situation irrégulière, qu'il a été interpellé alors qu'il prenait le train avec sa compagne ; sa compagne, F, et lui attendaient quelques mois avant d'engager une procédure de pacte civil de solidarité ou de mariage auprès des autorités civiles françaises ; elle fait valoir que le moyen d'incompétence est fondé sur la circonstance que l'organigramme de la préfecture d'Ille-et-Vilaine mis à jour au mois de juin indique que le signataire de l'arrêté attaqué n'a pas la qualité au titre de laquelle la délégation de signature en cause lui a été accordée ; elle explique que l'audition a été réalisée avec l'aide d'un interprète par téléphone, ce qui présente un vice de procédure dès lors que les dispositions de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile s'opposent au recours à l'interprétariat par téléphone lors de l'audition ; elle précise également que l'audition n'a duré que 20 minutes ; elle rappelle que le requérant vit depuis plusieurs mois avec sa compagne, qu'ils ont un projet de mariage, que les bulletins d'hospitalisation démontrent le concubinage et l'atteinte disproportionnée que porte l'arrêté à leur droit à la vie privée et familiale ; elle conteste le fait que le requérant ait déclaré ne jamais se conformer à une mesure d'éloignement au motif qu'il a déclaré souhaiter rester en France ; enfin, elle a présenté des photos de M. D et de F au cours de l'instance ;
- les observations de M. D, assisté d'un interprète.
Le préfet d'Ille-et-Vilaine n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Par des arrêtés du 1er juillet 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine a prononcé à l'encontre de M. D une obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, a fixé le pays de destination et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par la présente requête, M. D demande l'annulation de ces arrêtés.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
S'agissant de la légalité externe :
2. En premier lieu, par un arrêté du 29 décembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, le préfet d'Ille-et-Vilaine a donné délégation de signature à M. C B, chef du bureau de lutte contre l'immigration irrégulière, référent régional, pour signer notamment les décisions d'éloignement. La circonstance que l'organigramme des services de la préfecture d'Ille-et-Vilaine indique, dans sa version actualisée du mois de juin 2022, que M. B exerce les fonctions de coordonnateur régional de l'éloignement est sans incidence dès lors que les précédents organigrammes, datés des mois de novembre 2020 et mai 2021, et disponibles sur le site internet de la préfecture d'Ille-et-Vilaine, faisaient déjà mention de fonctions identiques. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision contestée ne peut qu'être écarté.
3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué, après avoir rappelé les textes applicables, se fondent sur la circonstance que M. D est entré en situation irrégulière sur le territoire français entre les mois de novembre 2021 et janvier 2022, qu'il ne justifie pas de l'ancienneté et de l'intensité de ses liens avec la France, qu'il indique souhaiter épouser F, de nationalité française, qu'il connaît depuis quelques mois et qui l'héberge, qu'il ne démontre pas être dépourvu de liens familiaux dans son pays d'origine où il n'est pas établi que M. D soit exposé à des peines ou traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et que rien ne s'oppose à ce qu'il y retourne. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué, qui contient les motifs de droit et de fait en constituant le fondement est suffisamment motivé. Par suite, le moyen doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, intitulé " Droit à une bonne administration " : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; b) le droit d'accès de toute personne au dossier qui la concerne, dans le respect des intérêts légitimes de la confidentialité et du secret professionnel et des affaires ; () ". Le droit d'être entendu préalablement à toute décision constitue l'une des composantes du droit de la défense, tel qu'il est énoncé par les stipulations précitées, fait partie des principes généraux du droit de l'Union européenne ayant la même valeur que les traités. Il garantit à toute personne la possibilité de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours de la procédure administrative, afin que l'autorité compétente soit mise à même de tenir compte de l'ensemble des éléments pertinents pour fonder sa décision. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie. Aux termes de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque les dispositions du présent code prévoient qu'une information ou qu'une décision doit être communiquée à un étranger dans une langue qu'il comprend, cette information peut se faire soit au moyen de formulaires écrits dans cette langue, soit par l'intermédiaire d'un interprète. L'assistance de l'interprète est obligatoire si l'étranger ne parle pas le français et qu'il ne sait pas lire. / En cas de nécessité, l'assistance de l'interprète peut se faire par l'intermédiaire de moyens de télécommunication. Dans une telle hypothèse, il ne peut être fait appel qu'à un interprète inscrit sur une liste établie par le procureur de la République ou à un organisme d'interprétariat et de traduction agréé par l'administration. Le nom et les coordonnées de l'interprète ainsi que le jour et la langue utilisée sont indiqués par écrit à l'étranger ".
5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal d'audition du requérant par la police aux frontières en date du 1er juillet 2022 que M. D, assisté d'un interprète assermenté par téléphone, a déclaré comprendre le motif de son placement en retenue, a indiqué ne pas parler français et a été informé que la préfecture d'Ille-et-Vilaine était susceptible de prendre à son encontre une mesure d'éloignement ainsi qu'une mesure de rétention et a été invité à présenter des observations. En outre, si M. D soutient que le préfet d'Ille-et-Vilaine ne justifie pas de la nécessité de recourir aux services d'un interprète par téléphone et que l'arrêté litigieux ne mentionne pas la langue utilisée par l'interprète, il ressort des pièces du dossier que l'entretien s'est déroulé par le truchement d'une interprète en arabe, langue que l'intéressé a déclaré comprendre, tandis que le requérant n'apporte aucun élément de nature à démontrer que le recours aux services d'un interprétariat par la voie téléphonique l'aurait privé d'une garantie ou aurait exercé une influence sur le sens de la décision qu'il a été au demeurant en mesure de contester dans le délai de recours contentieux. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit à être entendu et des dispositions de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers doit être écarté.
S'agissant de la légalité interne :
6. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 3, la décision par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine a prononcé à l'encontre de M. D une obligation de quitter le territoire français comporte les motifs de fait et de droit qui en constituent le fondement et démontre qu'il a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. D. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen ne peut qu'être écarté.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. M. D fait valoir que l'obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée à son droit à la vie privée et familiale au motif qu'il vit depuis plusieurs mois avec sa compagne, F, et qu'ils envisagent de se marier. En outre, il fait valoir que F a eu un enfant issu d'une précédente union, de sorte qu'il lui est insusceptible de quitter le territoire français pour le suivre en cas d'exécution de la mesure d'éloignement. Il ressort toutefois des pièces du dossier que si M. D a présenté, au cours de l'audience, des photos du couple et de l'enfant de F, il n'apporte pas les éléments de nature à établir que celui-ci présente des liens suffisamment établis en France, qu'il contribue à l'éducation de l'enfant de F ainsi que la matérialité du projet de mariage qu'il invoque. Par ailleurs, M. D n'apporte aucun élément de nature à démontrer qu'il est dépourvu de liens dans son pays d'origine où il a résidé jusqu'à l'âge de 17 ans. A ce titre, il ressort du procès-verbal d'audition du 1er juillet 2022 que M. D a reconnu disposer de liens familiaux au Maroc où résident ses parents. Par suite, ces éléments ne sont pas de nature, dans les circonstances de l'espèce, à démontrer que l'obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée au droit à la vie privée et familiale de M. D. Par suite, le moyen doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
9. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
10. Si M. D fait valoir qu'il entretient une relation conflictuelle avec ses parents qui résident à Oudja, au Maroc, cet élément n'est pas de nature à établir l'existence, la réalité et la gravité de risques mentionnés à l'article 3 précité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision refusant de fixer un délai de départ :
S'agissant de la légalité externe :
11. Il ressort des termes de l'arrêté contesté que, pour refuser d'accorder à M. D un délai de départ volontaire, le préfet d'Ille-et-Vilaine s'est fondé sur les dispositions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, le préfet a relevé que M. D ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et a retenu qu'il existait un risque que l'intéressé se soustraie à la mesure d'éloignement. Dès lors, l'arrêté litigieux mentionne les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision attaquée et permet ainsi à l'intéressé d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.
S'agissant de la légalité interne :
12. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit au point précédent, la décision par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé de fixer un délai de départ comporte les motifs de fait et de droit qui en constituent le fondement et démontre qu'il a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. D. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen ne peut qu'être écarté.
13. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ;/ 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / 6° L'étranger, entré irrégulièrement sur le territoire de l'un des États avec lesquels s'applique l'acquis de Schengen, fait l'objet d'une décision d'éloignement exécutoire prise par l'un des États ou s'est maintenu sur le territoire d'un de ces États sans justifier d'un droit de séjour ; / 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5.
14. Il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté que M. D est entré irrégulièrement sur le territoire français. En outre, il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition de la police aux frontières en date du 1er juillet 2022 que M. D a déclaré ne pas souhaiter retourner au Maroc. Dans ces conditions, la décision, qui est fondée sur le 3° de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
S'agissant de la légalité externe :
15. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 2.
16. En deuxième lieu, la décision prononçant à l'encontre de M. D une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an vise et cite les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que l'intéressé ne justifie pas de circonstances humanitaires, ni de l'ancienneté de ses liens avec la France et des liens familiaux et personnels avec ce pays, qu'il est entré récemment sur le territoire français et qu'il conserve des liens dans son pays d'origine. Ainsi, cette décision, dont les motifs attestent de la prise en compte par l'autorité préfectorale, au vu de la situation de l'intéressé, est suffisamment motivée.
17. En troisième lieu, le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en exécution de cette obligation, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français qui est prise concomitamment à une mesure d'éloignement. La circonstance que l'autorité administrative n'est pas tenue d'édicter une telle mesure d'interdiction en complément d'une obligation de quitter le territoire français assortie d'un délai de départ volontaire et qu'elle peut, pour des raisons humanitaires, également s'abstenir de prononcer une telle interdiction à la suite d'une décision d'éloignement sans délai, ne fait pas obstacle au prononcé de cette mesure lorsque le ressortissant étranger a pu être entendu et ainsi mis à même, au cours de la procédure et avant toute décision lui faisant grief, de présenter, de manière utile et effective, ses observations sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement, et notamment faire valoir d'éventuelles circonstances humanitaires.
18. Si M. D a fait valoir qu'il n'avait pas été mis en mesure de présenter ses observations sur l'éventualité d'une mesure d'interdiction de retour, il ressort des pièces du dossier et notamment du procès-verbal d'audition par les services de la police aux frontières, en date du 1er juillet 2022, que l'intéressé a, en l'espèce, été entendu sur sa situation personnelle et familiale et a été informé de ce qu'il était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Il a ainsi été mis à même de faire part de ses observations sur l'irrégularité de son séjour ou la perspective d'éloignement et d'apporter tous éléments de nature à faire, le cas échéant, obstacle à une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision a été rendue à l'issue d'une procédure irrégulière au motif que le droit à être entendu de M. D a été méconnu doit, en tout état de cause, être écarté.
S'agissant de la légalité interne :
19. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 16, la décision par laquelle le préfet a prononcé à l'encontre de M. D une interdiction de retour sur le territoire français contient les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et démontre qu'il a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. D. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen ne peut qu'être écarté.
20. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit que M. D n'établit pas que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et refusant de lui accorder un délai de départ seraient entachées d'illégalité. Par suite, les moyens, invoqués par voie d'exception, tirés de l'illégalité de ces décisions à l'appui des conclusions d'annulation dirigées contre l'interdiction de retour sur le territoire français doivent être écartés.
21. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Aux termes de l'article L. 613-7 du même code : " L'autorité administrative peut à tout moment abroger l'interdiction de retour. () "
22. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
23. D'une part, il ressort des termes de l'arrêté contesté que M. D a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qui n'était assortie d'aucun délai de départ volontaire. Les circonstances dont le requérant fait état ne présentent aucun caractère humanitaire et ne font ainsi pas obstacle au prononcé d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, c'est à bon droit que le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé d'assortir l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. D d'une telle interdiction.
24. D'autre part, eu égard aux circonstances indiquées au point 8 du présent jugement et dont il résulte que M. D ne peut se prévaloir d'attaches privée ou familiale d'une particulière intensité en France, ni d'une présence ancienne sur le territoire français, le préfet d'Ille-et-Vilaine, en fixant à une année la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français infligée au requérant, n'a méconnu ni le droit de celui-ci au respect de sa vie privée et familiale, ni les dispositions précitées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et n'a pas davantage entaché cette décision d'une erreur d'appréciation au regard de ces dispositions. Pour les mêmes motifs, la décision ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit à la vie privée de M. D tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne l'assignation à résidence :
25. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 2.
26. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit que M. D n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'illégalité. Par suite, les moyens, invoqués par voie d'exception, tiré de l'illégalité de cette décision à l'appui des conclusions d'annulation dirigées contre l'assignation à résidence doivent être écartés.
27. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet d'Ille-et-Vilaine, les conclusions de M. D tendant à l'annulation des arrêtés du 1er juillet 2022 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et l'a assigné à résidence doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
28. Ces dispositions font obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2022.
Le magistrat désigné,
signé
C. ALa greffière d'audience,
signé
A. Gauthier
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026