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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2203449

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2203449

lundi 25 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2203449
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantLE BIHAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 juillet 2022, M. A B, représenté par Me Le Bihan, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 11 avril 2022 par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé le renouvellement de son attestation de demande d'asile ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ou, à tout le moins, de réexaminer sa situation dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'État le paiement d'une somme de 1 800 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur l'urgence :

- la décision litigieuse le place dans une situation de précarité, tant s'agissant de ses démarches administratives que s'agissant de sa liberté d'aller et de venir ;

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :

- elle a été signée par une autorité dont il n'est pas établi qu'elle disposait d'une délégation de signature ;

- elle est insuffisamment motivée et ne comporte pas un examen de sa situation personnelle, particulièrement s'agissant du recours qu'il a engagé devant la Cour Nationale du droit d'asile à l'encontre de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides rejetant sa demande d'asile ;

- le préfet a méconnu les dispositions des articles L. 541-1 et L. 541-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, puisque son droit au maintien sur le territoire national, compte tenu du recours pendant devant la Cour nationale du droit d'asile, n'était pas expiré au jour de l'édiction de la décision litigieuse.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

Vu :

- la requête n° 2202590 enregistrée le 18 mai 2022 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision préfectorale du 11 avril 2022 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Thalabard, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 juillet 2022 :

- le rapport de Mme C,

- les observations de Me Le Bihan, représentant M. B, qui maintient ses conclusions par les mêmes moyens, en faisant valoir, d'une part, que l'urgence est caractérisée puisque M. B est dépourvu de tout titre, ce qui l'empêche de circuler librement et d'entreprendre la moindre démarche et d'autre part, qu'il n'appartient pas à la préfecture de se substituer à la Cour nationale du droit d'asile pour l'appréciation des délais de procédure. À ce jour, la Cour nationale du droit d'asile ne s'est pas prononcée sur le recours qu'il a formé contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, de sorte que son attestation de demande d'asile devait être renouvelée.

Le préfet d'Ille-et-Vilaine n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant guinéen, né le 10 décembre 2002 à Conakry, a déposé une demande d'asile qui a fait l'objet d'une décision de rejet de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 14 septembre 2021. Il demande la suspension de l'exécution de la décision du 11 avril 2022 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine lui refuse le renouvellement de son attestation de demande d'asile.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. M. B justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin de suspension :

3. Le code de justice administrative dispose dans son article L. 521-1 que : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision ou de certains de ces effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

4. Aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". L'article L. 542-3 du même code prévoit que : " Lorsque le droit au maintien sur le territoire français a pris fin dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 ou L. 542-2, l'attestation de demande d'asile peut être refusée, retirée ou son renouvellement refusé. / Les conditions de refus, de renouvellement et de retrait de l'attestation de demande d'asile sont fixées par décret en Conseil d'Etat. ". Enfin, l'article R. 541-1 de ce code précise que : " L'attestation de demande d'asile est renouvelée jusqu'à ce que le droit au maintien prenne fin en application des articles L. 542-1 ou L. 542-2. / Le renouvellement de l'attestation de demande d'asile relève du préfet du département dans lequel le demandeur d'asile est domicilié en application des articles R. 551-7 à R. 551-15, et à Paris, du préfet de police. / Le premier renouvellement est effectué sur présentation de l'accusé de réception de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides mentionné à l'article R. 531-5.Sous réserve des dispositions de l'article L. 542-2, en cas de recours contre une décision de l'office rejetant une demande d'asile, le renouvellement est effectué sur présentation de l'avis de réception d'un recours devant la Cour nationale du droit d'asile mentionné à l'article R. 532-9.L'attestation n'est pas renouvelée lorsqu'il est manifeste que le délai prévu à l'article L. 532-1 n'a pas été respecté. "

5. En outre, l'article L. 532-1 dudit code précise que les recours devant la Cour nationale du droit d'asile doivent être exercés dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision de l'office. L'article 9-4 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 expose que : " Devant la Cour nationale du droit d'asile, le bénéfice de l'aide juridictionnelle est de plein droit, sauf si le recours est manifestement irrecevable. L'aide juridictionnelle est sollicitée dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Lorsqu'une demande d'aide juridictionnelle est adressée au bureau d'aide juridictionnelle de la cour, le délai prévu au premier alinéa de l'article L. 731-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est suspendu et un nouveau délai court, pour la durée restante, à compter de la notification de la décision relative à l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Ces délais sont notifiés avec la décision de l'office. Le bureau d'aide juridictionnelle de la cour s'efforce de notifier sa décision dans un délai de quinze jours suivant l'enregistrement de la demande. ".

6. En premier lieu, pour refuser de renouveler l'attestation de demande d'asile de M. B, le préfet d'Ille-et-Vilaine s'est fondé sur les mentions ressortant de la consultation de TelemOfpra selon lesquelles l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté la demande de reconnaissance de la qualité de réfugié de l'intéressé par une décision du 14 septembre 2021, qui a été notifiée le 4 octobre 2021, et le recours formé contre cette décision devant la Cour nationale du droit d'asile n'a été enregistré que le 7 février 2022. Le préfet mentionne, en outre, dans sa décision du 11 avril 2022, que si M. B a déposé une demande d'aide juridictionnelle, qui a été enregistrée le 23 octobre 2021 à la Cour nationale du droit d'asile et qui suspend le délai prévu à l'article L. 532-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cette demande a été rejetée le 5 janvier 2022. Au regard de ces éléments, le préfet d'Ille-et-Vilaine a donc pu considérer qu'il était manifeste que le délai prévu par l'article L. 532-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'avait pas été respecté. En se bornant à alléguer une erreur quant au destinataire de sa demande d'aide juridictionnelle et à l'absence de décision de la Cour nationale du droit d'asile sur son recours à la date à laquelle il s'est présenté aux guichets de la préfecture, M. B n'établit pas qu'il pouvait prétendre, en application des dispositions citées aux points 3 et 4, au renouvellement de sa demande d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 541-1 et L. 541-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut être considéré comme propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.

7. En deuxième lieu, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de la décision contestée, de son insuffisante motivation et du défaut d'examen de sa situation ne sont pas davantage de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 11 avril 2022.

8. Il résulte de ce qui précède que l'une des conditions auxquelles les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonnent la suspension d'une décision administrative n'est pas remplie. Les conclusions de M. B tendant à la suspension de l'exécution de la décision du préfet d'Ille-et-Vilaine du 11 avril 2022 refusant le renouvellement de l'attestation de demande d'asile ne peuvent, dès lors, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la condition d'urgence, qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. La présente ordonnance n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. B ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que le requérant demande au titre des dépenses exposées et non comprises dans les dépens. Les conclusions présentées à ce titre par M. B doivent dès lors être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera transmise pour information au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Fait à Rennes, le 25 juillet 2022.

La juge des référés,

signé

M. CLa greffière d'audience,

signé

J. Jubault

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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