lundi 25 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2203452 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | LE BIHAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 juillet 2022, Mme B A, représentée par Me Le Bihan, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 9 juin 2022 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) l'a informée qu'il était mis fin aux conditions matérielles d'accueil dont elle bénéficiait ;
2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le paiement d'une somme de 1 800 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
Sur l'urgence :
- elle est sans ressource et va se trouver sans hébergement alors qu'elle souffre d'une grave pathologie et qu'elle est accompagnée de sa fille de six ans ;
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :
- elle a été signée par une autorité dont il n'est pas établi qu'elle disposait d'une délégation de signature ;
- elle est insuffisamment motivée et ne comporte pas un examen de sa situation personnelle, particulièrement s'agissant des éléments exposés dans sa lettre d'observation concernant son état de santé et son statut de mère isolée ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu de sa situation particulière.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2022, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- Mme A ne saurait invoquer une situation d'urgence dès lors qu'elle s'est volontairement soustraite à l'examen de sa demande d'asile par le pays qui en est responsable, se privant ainsi des conditions matérielles d'accueil dont elle aurait bénéficié en Italie ;
- Mme A ne démontre pas ne pas pourvoir bénéficier du suivi médical que son état de santé requiert, alors que sa vulnérabilité a été appréciée à 1 sur une échelle de 3, en Italie ou sans le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
- aucun des moyens soulevés par Mme A ne sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse.
Vu :
- la requête n° 2203451 enregistrée le 6 juillet 2022 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision du 9 juin 2022 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n°91-1266 du 19 décembre 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Thalabard, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 juillet 2022 :
- le rapport de Mme C,
- les observations de Me Le Bihan, représentant Mme A, qui confirme ses écritures et fait valoir que la condition d'urgence est remplie compte tenu de la situation de précarité et de vulnérabilité dans laquelle l'intéressée se trouve, étant mère isolée d'un enfant de six ans et souffrant de graves problèmes de santé. Elle ajoute que les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'implique aucun automatisme dans la cessation de la prise en charge d'un demandeur d'asile, particulièrement lorsque celui-ci se trouve en situation en vulnérabilité, comme en l'espèce, Mme A l'a démontré par la production d'un certificat médical. Malgré les pièces jointes à sa lettre d'observations, l'OFII n'a pas tenu compte de sa vulnérabilité et a entaché sa décision d'un défaut d'examen et d'une insuffisance de motivation.
Le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante guinéenne née le 19 mars 1995 à Conakry, est entrée en France, selon ses déclarations, le 1er août 2021. Le 30 août 2021, elle a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Toutefois, après examen de l'État responsable de sa demande d'asile, le préfet d'Ille-et-Vilaine a, par arrêté du 17 janvier 2022, décidé son transfert aux autorités italiennes et l'a assignée à résidence. Le recours formé contre cet arrêté préfectoral a été rejeté par le tribunal administratif de Rennes par un jugement du 2 février 2022, dont il a été fait appel, le 17 mai 2022, devant la Cour administrative d'appel de Nantes. Mme A a toutefois été informée qu'un vol était réservé à destination de l'Italie le 4 mai 2022. L'intéressée ne s'étant pas présentée pour ce vol, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a notifié, le 9 juin 2022, la cessation des conditions matérielles d'accueil dont elle bénéficiait au PRADHA de Landivisiau. Par la présente requête, Mme A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision et d'enjoindre à l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose : " Dans les cas d'urgence, (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressée, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de Mme A.
Sur les conclusions à fin de suspension :
3. Le code de justice administrative dispose dans son article L. 521-1 que : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision ou de certains de ces effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
En ce qui concerne l'urgence :
4. Il résulte des dispositions rappelées au point 3 que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
5. Il résulte de l'instruction que Mme A a été privée, par la décision contestée, des conditions matérielles d'accueil dont le bénéfice lui avait été accordé, alors qu'elle a un enfant mineur à sa charge. Etant ainsi dépourvue de tout logement et de toute ressource, Mme A justifie de l'existence d'une situation d'urgence, sans que l'OFII ne puisse sérieusement considérer, au regard de la nature de la pathologie dont la requérante souffre, que celle-ci s'est délibérément placée dans cette situation en refusant d'embarquer dans un vol à destination de l'Italie.
En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision :
6. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; / () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. (). ". L'article D. 551-18 du même code prévoit : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature. () ".
7. En l'espèce, pour mettre fin aux conditions matérielles d'accueil dont Mme A bénéficiait, la directrice territoriale de l'OFII s'est fondée sur la seule circonstance que l'intéressée n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant d'embarquer le 4 mai 2022 pour un vol à destination de l'Italie. Mme A a, pourtant, fait valoir, dans sa lettre d'observation préalable à la décision contestée, qu'elle n'avait pas été en mesure de prendre le vol prévu le 4 mai 2022 compte tenu de la pathologie dont elle souffre, attestée par un certificat médical daté du 2 mai 2022. Elle précisait également que ses conditions d'hébergement au PRADHA de Landivisiau étaient sécurisantes, sa fille de six ans pouvant y être prise en charge pendant ses périodes d'hospitalisation. Par la seule production dans le cadre de la présente instance, d'un avis émis le 8 avril 2022 par le médecin coordonnateur de la zone Ouest de l'OFII faisant état, au regard des éléments portés à sa connaissance, d'un niveau de vulnérabilité 1 concernant Mme A, sur une échelle de 0 à 3, s'agissant du caractère prioritaire d'un hébergement, l'OFII, qui n'a pas visé cet avis dans sa décision, n'établit pas avoir pris en compte la vulnérabilité de Mme A, alors même que celle-ci en a suffisamment justifié par la production du certificat médical rédigé le 2 mai 2022 par un médecin pneumologue du Centre hospitalier des Pays de Morlaix qui expose que la pathologie dont la requérante souffre nécessite un suivi et un traitement rapproché, dont l'interruption pourrait être fatale puis réitère qu'" il existe un risque vital à interrompre le traitement et/ou le suivi ". Au regard de ces éléments relatifs à son état de santé, de la présence à ses côtés d'une fillette scolarisée à Landivisiau, et alors que l'appel du jugement rendu le 2 février 2022 est pendant devant la Cour administrative d'appel de Nantes, les moyens invoqués par Mme A tirés du défaut d'examen de sa situation et de la méconnaissance des dispositions précitées des articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision du 9 juin 2022 lui notifiant la cessation des conditions matérielles d'accueil.
8. Les deux conditions prévues par l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision contestée du 9 juin 2022.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Eu égard aux motifs de la suspension prononcée au point 8, il y a lieu d'enjoindre à l'OFII de procéder, à titre provisoire, au rétablissement des conditions matérielles d'accueil au profit de Mme A dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Sur les frais liés au litige :
10. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et, sous réserve que l'avocate de Mme A renonce à percevoir la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros à verser à Me Le Bihan.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'exécution de la décision du 9 juin 2022 de la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration concernant Mme A est suspendue.
Article 3 : Il est enjoint au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir, à titre provisoire, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au profit de Mme A et de sa fille, D dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 4 : L'État versera à Me Le Bihan, avocate de Mme A, la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce à la part contributive de l'État.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, à Me Le Bihan et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera transmise pour information au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Fait à Rennes, le 25 juillet 2022.
La juge des référés,
signé
M. CLa greffière d'audience,
signé
J. Jubault
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026