vendredi 15 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2203496 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | COHADON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 juillet 2022, Mme E N'Guetta, représentée par Me Cohadon, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 juillet 2022 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé de la transférer à destination des autorités italiennes ;
2°) d'annuler l'arrêté du même jour par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé de l'assigner à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de procéder à l'enregistrement de sa demande d'asile et de lui remettre un dossier de demande d'asile, ainsi qu'une attestation de demande d'asile ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 800 euros à verser à Me Cohadon en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Mme N'Guetta soutient que :
- la compétence du signataire de l'arrêté de transfert n'est pas établie ;
- cet arrêté n'est pas suffisamment motivé et n'a pas été précédé d'un examen complet de sa situation ;
- cet arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013, en raison de son état de santé et de la situation des demandeurs d'asile en Italie ;
- la compétence du signataire de l'arrêté d'assignation à résidence n'est pas établie ;
- elle soulève par la voie de l'exception l'illégalité de l'arrêté de transfert à l'appui de ses conclusions en annulation de l'arrêté d'assignation à résidence ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Le préfet fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par Mme N'Guetta n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n° 604/2013 du parlement européen et du conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Albouy, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les observations de Me Cohadon, représentant Mme N'Guetta, qui a précisé qu'elle demande l'admission de Mme N'Guetta au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, et soulève les moyens nouveaux tirés de :
* l'existence d'une erreur de fait, l'arrêté de transfert mentionnant qu'elle s'est abstenue de présenter des éléments relatifs à son état de santé alors qu'elle a produit des documents médicaux à l'occasion, le 6 juillet 2022, d'un rendez-vous en préfecture auquel elle a été convoquée et qu'une attestation émanant d'un médecin a été adressée par courriel aux services de la préfecture dès le 1er juillet 2022 ;
* l'impossibilité de vérifier la régularité de la procédure de détermination de l'État responsable, l'identité entre les empreintes digitales relevées en Italie et celles de Mme N'Guetta ne pouvant pas être vérifiée et l'une des pièces du dossier identifiant la requérante comme relevant, dans le fichier Eurodac, de la catégorie 1.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme N'Guetta, qui est née en 1989 en Côte-d'Ivoire, pays dont elle a nationalité, est entrée irrégulièrement en France le 31 décembre 2021. Elle a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile le 25 janvier 2022 auprès des services de la préfecture d'Ille-et-Vilaine. La consultation du fichier Eurodac a toutefois révélé qu'au cours de la période correspondant aux douze mois précédant le dépôt de cette demande, elle avait franchi irrégulièrement la frontière italienne. Les autorités françaises ont saisi, le 20 février 2022, leurs homologues italiennes d'une demande de prise en charge de Mme N'Guetta. Les autorités italiennes ont fait connaître leur acceptation le 12 avril 2022. Par le premier arrêté attaqué, du 6 juillet 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé de transférer l'intéressée auprès des autorités italiennes. Par le second arrêté attaqué, du même jour, le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Mme N'Guetta justifiant avoir déposé une demande auprès du bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu, en raison de l'urgence, de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions en annulation de l'arrêté de transfert :
3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté de transfert a été signé par Mme D A, cheffe du bureau de l'asile de la préfecture d'Ille-et-Vilaine. Celle-ci disposait d'une délégation de signature, accordée par un arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine du 13 mai 2022 régulièrement publié, le même jour, au recueil des actes administratifs de l'État dans le département, à l'effet de signer notamment les arrêtés de transfert relevant de la procédure Dublin III. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des motifs de droit et de fait au regard desquels le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé de transférer Mme N'Guetta aux autorités italiennes et est, par suite, suffisamment motivé
5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment du courrier du 25 janvier 2022 adressé par la directrice de la direction de l'asile du ministère de l'intérieur et de la fiche décadactylaire Eurodac, joints à la demande de prise en charge de Mme N'Guetta adressée aux autorités italiennes, que les empreintes digitales de Mme N'Guetta relevées en France correspondent aux empreintes relevées le 21 novembre 2021 par les autorités italiennes à l'occasion de la constatation de son franchissement irrégulier de la frontière italienne. Par ailleurs, si le courrier du 25 janvier 2022 comporte en objet les termes : " Identification d'une personne connue du fichier Eurodac - catégorie 1 ", il indique ensuite que Mme N'Guetta s'est vu attribuer en Italie un numéro Eurodac indiquant qu'elle relève de la catégorie 2, qui correspond aux étrangers ayant franchi irrégulièrement la frontière de l'État membre ayant procédé au relevé d'empreintes. Il s'agit du numéro indiqué dans la demande de prise en charge adressée aux autorités italiennes, qui a été accueillie favorablement par celles-ci. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure de détermination de l'État responsable ne peut qu'être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du parlement européen et du conseil du 26 juin 2013 : " Clauses discrétionnaires 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ".
7. Mme N'Guetta établit qu'elle souffre de troubles psychologiques faisant l'objet d'un suivi médical, de problèmes gynécologiques ayant nécessité la réalisation d'examens et notamment, le 8 avril 2022, d'une échographie, mais au titre desquels elle n'établit pas faire l'objet depuis d'une prise en charge médicale, ainsi que de lombalgies, de douleurs à la cheville droite et en mai 2022 de troubles ayant été diagnostiqués comme provenant d'une hypotension orthostatique. Si, la requérante cite des extraits d'un rapport de l'OSAR de janvier 2020 et de sa mise à jour de juin 2021 faisant état notamment de ce que les demandeurs d'asile en Italie ne doivent pas, sans autorisation, quitter le centre où ils sont hébergés, sous peine de perdre leur droit à l'hébergement, telle n'est pas la situation de Mme N'Guetta qui soutient ne pas avoir demandé l'asile en Italie et est enregistrée sur le fichier Eurodac uniquement en tant qu'étranger ayant franchi irrégulièrement la frontière italienne. Par ailleurs, les autres extraits de ce rapport, cités par la requérante, ne permettent pas de regarder comme établi qu'elle court un risque sérieux de ne pas pouvoir déposer sa demande d'asile en Italie et de ne pas pouvoir s'inscrire, en sa qualité de demandeur d'asile, au système national de santé (SSN) italien, et que le système de santé italien n'est pas à même de lui proposer une prise en charge médicale adaptée à son état de santé. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que la mesure de transfert, dont elle fait l'objet, expose Mme N'Guetta à un risque réel et avéré d'une détérioration significative et irrémédiable de son état de santé. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet d'Ille-et-Vilaine a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas application des dispositions citées ci-dessus de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013, doit être écarté.
8. Toutefois, en cinquième lieu, Mme N'Guetta fait valoir qu'une assistante sociale a produit, pour son compte, joint à un courriel du 1er juillet 2022, un certificat médical établi par le Dr C et qu'elle a apporté en préfecture, le 6 juillet 2022, d'autres pièces médicales. Elle soutient que, par suite, l'arrêté du 6 juillet 2022 décidant son transfert en Italie, dans lequel l'autorité administrative, après avoir relevé que la requérante n'a pas apporté de preuve des problèmes de santé dont elle a fait état à l'occasion de l'entretien individuel du 25 janvier 2022, rappelle qu'il appartient à l'étranger de produire toute justification permettant d'apprécier la réalité de ses déclarations, ainsi que les pièces utiles à l'examen de sa situation, puis souligne que la requérante s'est abstenue de le faire, est entaché d'une erreur de fait. S'il ne peut être fait grief à cet arrêté de ne pas faire état des pièces produites par la requérante lors du rendez-vous du 6 juillet 2022, qui avait pour objet de le lui notifier, il n'est pas contesté par l'autorité administrative qu'elle a été destinataire, le 1er juillet 2022, du courriel et du certificat médical produit par la requérante. Par suite, Mme N'Guetta est fondée à soutenir que l'arrêté de transfert, dans lequel il est affirmé qu'elle n'a pas produit de pièces permettant d'apprécier la réalité de ses déclarations, est entaché d'une erreur de fait. Cette erreur de fait révèle, par ailleurs, une absence d'examen complet de la situation de Mme N'Guetta. Dès lors, la requérante est fondée, pour ces motifs, à obtenir l'annulation de l'arrêté de transfert du 6 juillet 2022.
Sur les conclusions en annulation de l'arrêté d'assignation à résidence :
9. Mme N'Guetta, qui établit l'illégalité de l'arrêté de transfert dont elle fait l'objet, est fondée à exciper de celle-ci à l'appui de ses conclusions en annulation de l'arrêté d'assignation à résidence. Par suite, il y a lieu d'annuler l'arrêté du 6 juillet 2022 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a assigné Mme N'Guetta à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur les conclusions présentées aux fins d'injonction :
10. Les motifs pour lesquels le présent jugement annule l'arrêté de transfert n'impliquent pas que la France soit le pays responsable de la demande d'asile de Mme N'Guetta. Par suite, les conclusions présentées par Mme N'Guetta aux fins d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Mme N'Guetta étant admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Cohadon, conseil de la requérante, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à cette avocate d'une somme de 800 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Mme N'Guetta est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : L'arrêté du 6 juillet 2022, par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé de transférer Mme N'Guetta à destination des autorités italiennes, est annulé.
Article 3 : L'arrêté du 6 juillet 2022, par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé d'assigner à résidence Mme N'Guetta pour une durée de quarante-cinq jours, est annulé.
Article 4 : L'État versera à Me Cohadon la somme de 800 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette avocate renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme N'Guetta est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme E N'Guetta, à Me Cohadon et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Rendu publique par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2022.
Le magistrat désigné,
signé
E. BLa greffière d'audience,
signé
A. Gauthier
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026