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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2203551

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2203551

mardi 23 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2203551
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationOQTF 6 sem
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS LE STRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 11 juillet 2022, M. C B, représentée par Me Le Strat, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 16 juin 2022 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à compter de la notification de l'arrêté et a fixé la Géorgie ou tout autre pays où il est légalement admissible, comme pays de renvoi ;

3°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de cette décision dans l'attente de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;

4°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente ;

5°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Le Strat de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle n'a pas été précédée d'un examen suffisant de sa situation et n'est pas suffisamment motivée ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu tel que prévu par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en reprenant le sens de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides sans apprécier sa situation ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est fondée sur une décision illégale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet s'est limité à l'appréciation portée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides sans examiner lui-même sa situation alors qu'il justifie de craintes sérieuses en cas de retour dans son pays d'origine ;

Sur l'obligation de remettre son passeport et de se présenter à la police aux frontières :

- elle est entachée d'une erreur de droit pour être fondée sur les articles L. 513-4 et R. 513-3 abrogés et L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et méconnaît l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'il n'a pas été informé de ce que l'obligation de se présenter était limitée dans le temps ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en l'absence de risque de fuite ;

Sur la suspension de l'obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours :

- il justifie de craintes sérieuses en cas de retour dans son pays d'origine ;

- l'Office français de protection des réfugiés et apatrides n'a pas examiné de manière complète sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

Les parties ont été informées le 16 août 2022, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les dispositions des articles L. 513-4 et R. 513-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ont été abrogées n'étaient pas applicables et qu'il y a lieu de substituer à cette base légale erronée celle tirée des dispositions des articles L. 721-7, L. 721-8 et R. 721-6 désormais applicables dans la nouvelle codification du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Radureau, président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Le Strat, représentant M. B, absent.

Le préfet d'Ille-et-Vilaine n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant géorgien né le 15 janvier 1972, est entré, selon ses dires, en France le 1er octobre 2021. Il a présenté une demande d'asile le 23 décembre 2021. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 28 avril 2022. Par un arrêté du 16 juin 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine a obligé M. B à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant notamment le pays dont il a la nationalité comme pays à destination duquel il pourra être reconduite d'office. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. M. B justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle pour la présente procédure, il y a lieu de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Elle vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qui fondent la décision et précise les éléments se rapportant à sa situation personnelle, familiale et administrative. Par suite cette décision répond suffisamment aux exigences de motivation énoncées par les dispositions des articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et démontre que le préfet d'Ille-et-Vilaine a procédé à un examen suffisant de la situation personnelle de M. B. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

4. En deuxième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu, énoncé à l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux États membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

5. Lorsqu'il oblige un étranger à quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions sont issues de la transposition en droit national de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008, relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, le préfet doit être regardé comme mettant en œuvre le droit de l'Union européenne. Par ailleurs, lorsqu'un étranger sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour et en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, il ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. À l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utile et il lui est ainsi loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne la constatation du terme du maintien au séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise à la suite de cette constatation.

6. Au cas particulier, ayant sollicité l'asile, M. B a nécessairement entendu demander la délivrance d'un titre de séjour. Il conservait ainsi la faculté, pendant la durée d'instruction de son dossier et avant l'intervention de l'arrêté l'obligeant à quitter le territoire français, de faire valoir devant le préfet tous éléments d'information ou arguments de nature à influer sur le contenu de cette mesure. Or il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé ait sollicité, en vain, un entretien avec les services préfectoraux ou aurait été empêché de présenter spontanément des observations sur sa situation avant que ne soit prise, le 16 juin 2022, la décision d'éloignement attaquée. Par suite, la garantie consistant dans le droit à être entendu préalablement à la mesure d'éloignement, telle qu'elle est notamment consacrée par le droit de l'Union, n'a pas été méconnue.

7. En troisième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet d'Ille-et-Vilaine ne s'est pas uniquement fondé sur la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides pour décider son éloignement mais a, notamment, rappelé que M. B provenait d'un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, constaté que sa femme et ses trois enfants mineurs ne résidaient pas en France, indiqué qu'il ne disposait pas d'attaches sur le territoire français et ne se rentrait pas dans les catégories d'étrangers ne pouvant faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, pour retenir qu'il pouvait être éloigné en direction de son pays d'origine. Par suite le moyen tiré de l'erreur de droit tiré de ce que le préfet se serait seulement fondé sur la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 28 avril 2022 doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français prise à son encontre.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

9. En premier lieu, faute pour le requérant, d'avoir démontré l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité, qu'il invoque, par voie d'exception, à l'appui de sa contestation de la décision fixant le pays de renvoi, doit être écarté.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

11. D'une part, le préfet d'Ille-et-Vilaine a retenu que les craintes exprimées par M. B avaient été jugées infondées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et estimé que " compte tenu compte de ces éléments et de ceux portés à la connaissance de l'administration préfectorale " il n'établissait pas être exposé à des peines ou traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en cas de retour dans son pays d'origine. Dès lors, il ne résulte pas de cette décision ou des pièces du dossier qu'en fixant la Géorgie comme pays de destination de la mesure d'éloignement décidée à l'égard du requérant, le préfet se serait, s'agissant de l'appréciation de la réalité des risques allégués par ce dernier, estimé lié par la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou aurait insuffisamment apprécié sa situation personnelle au regard des seules stipulations citées ci-dessus.

12. D'autre part, si M. B soutient qu'il risque d'être exposé à de mauvais traitements en cas de retour en Géorgie, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a estimé que ses déclarations ne permettaient pas de tenir pour établis les faits allégués et les risques le concernant en cas de retour dans son pays. Les éléments versés au dossier qui établissent que certains anciens combattants ont pu être recensés et faire l'objet de tentatives d'assassinat ou de meurtre, n'apparaissent cependant pas, en raison de leur relative généralité, de nature à permettre d'établir la réalité et l'actualité des risques de mauvais traitements auxquels M. B pourrait être exposé en cas de retour dans son pays d'origine. Dès lors, M. B ne démontre pas qu'il se trouve dans le cas où il serait fondé à se prévaloir des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite ce moyen doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant la Géorgie comme pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

14. Le présent jugement de rejet n'implique aucune mesure d'exécution et par suite, les conclusions de M. B tendant à ce que soient adressées diverses injonctions au préfet d'Ille-et-Vilaine doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de l'arrêté attaqué :

15. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur à la date du présent jugement : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 752-6 du même code : " Lorsque le juge n'a pas encore statué sur le recours en annulation formé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 614-1, l'étranger peut demander au juge déjà saisi de suspendre l'exécution de cette décision ". Aux termes de l'article L. 752-11 de ce code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile ".

16. Ainsi qu'il a été dit au point 12 ci-dessus, les éléments avancés par le requérant ne sont pas assez étayés pour être regardés comme suffisamment sérieux au regard des risques de mauvais traitement. Par ailleurs s'il conteste la manière dont l'entretien a été mené par l'officier de protection devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ainsi que la traduction de ses propos, M. B ne présente pas, au sens de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'éléments sérieux de nature à justifier la suspension de l'exécution de la décision l'obligeant à quitter le territoire français jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile ait statué sur son recours formé contre la décision de refus opposée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.

En ce qui concerne les mesures de contrôle :

17. En premier lieu, aux termes de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable à la date de la décision attaquée : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l'autorité administrative ou aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire ". Aux termes de l'article L. 721-8 du même code applicable à la date de la décision attaquée : " L'autorité administrative peut prescrire à l'étranger auquel un délai de départ a été accordé la remise de son passeport ou de tout document justificatif de son identité, dans les conditions prévues à l'article L. 814-1 ". Aux termes de l'article R. 721-6 du même code applicable à la date de la décision contestée : " Pour l'application de l'article L. 721-7, l'autorité administrative désigne le service auprès duquel l'étranger effectue les présentations prescrites et fixe leur fréquence qui ne peut excéder trois présentations par semaine. ".

18. Ainsi que le soutient M. B le préfet d'Ille-et-Vilaine ne pouvait se fonder sur les articles L. 513-4 et R. 513-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ont respectivement été abrogés par une ordonnance n° 2020-1733 du 16 décembre 2020 et un décret n° 2020-1734 du 16 décembre 2020 codifiant les parties législatives et réglementaires du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'étaient plus applicables à compter du 1er mai 2021, pour fonder l'obligation de remettre l'original de son passeport et l'astreindre à se présenter deux fois par semaine à la police des frontières.

19. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

20. En l'espèce, la décision attaquée, destinée à vérifier les diligences accomplies par l'étranger bénéficiant d'un délai de départ, dans la préparation de son départ, trouve son fondement légal dans les dispositions des articles L. 721-7, L. 721-8 et R. 721-6 dans la nouvelle codification du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui peuvent être substituées à celles mentionnées dans la décision attaquée dès lors, en premier lieu, que M. B se trouvait dans la situation où, en application des articles L. 721-7, L. 721-8 et R. 721-6, le préfet pouvait décider de l'obliger à remettre l'original de son passeport et à se présenter aux services de police, en deuxième lieu, que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie et, en troisième lieu, que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer ces dispositions. Il résulte de ce qui précède que ce moyen tiré ne peut être accueilli.

21. En deuxième lieu, si l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que l'obligation de se présenter à l'autorité administrative " est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire ", aucune disposition n'imposait au préfet d'Ille-et-Vilaine d'en informer M. B. Par suite et alors que M. B n'établit pas qu'il se serait trouvé dans la situation où il ne pouvait pas faire l'objet d'une telle obligation de présentation, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

22. En troisième lieu, si M. B soutient qu'il ne présente aucun risque de fuite, il ne ressort pas des pièces du dossier que le choix de ces mesures de remise de son passeport et de présentation deux fois par semaine auprès des services police seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il s'agit, comme le mentionne la décision contestée, de s'assurer de l'accomplissement des préparatifs de son départ.

23. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B dirigées contre les mesures de contrôle décidées par le préfet d'Ille-et-Vilaine doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

24. L'État n'étant pas la partie perdante dans l'instance, les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : M. B est admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 août 2022.

Le magistrat désigné,

signé

Ch. ALa greffière,

signé

C. Salladain

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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