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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2203553

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2203553

mardi 19 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2203553
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationEloignement urgent
Avocat requérantBALLOUL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 juillet 2022, M. A E D, représenté par Me Balloul, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 juillet 2022 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé de le transférer à destination des autorités autrichiennes ;

2°) d'annuler l'arrêté du même jour par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé de l'assigner à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros à verser à Me Balloul au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'arrêté de transfert n'a pas été précédé d'un examen complet de sa situation, la présence en France de ses deux frères n'ayant pas été prise en compte pour l'appréciation du respect des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a méconnu les articles 17 du règlement (UE) n° 604-2013 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté portant assignation à résidence au SPADA de Guesnou et l'astreignant à une obligation de pointage à la gendarmerie de Guipavas est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il était hébergé par son frère qui dispose d'une adresse stable à Quimper.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juillet 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. D n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du parlement européen et du conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration, notamment son article L. 211-2 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Albouy, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Balloul, représentant M. D,

- les explications de M. D, assisté d'une interprète.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, qui est né en 1989 et détient la nationalité afghane, est entré irrégulièrement en France le 24 mars 2022. Il a sollicité, le 8 avril 2022, son admission au séjour au titre de l'asile. Toutefois la consultation du fichier Eurodac a permis de constater qu'il avait déjà déposé une demande d'asile en Autriche. Le 28 avril 2022, les autorités françaises ont saisi leurs homologues autrichiennes d'une demande de reprise en charge sur le fondement du b du 1 de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013. Les autorités autrichiennes ont fait connaître leur accord le 6 mai 2022. Par le premier arrêté attaqué, du 10 juillet 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé de remettre M. D aux autorités autrichiennes. Par le second arrêté attaqué, du même jour, il a décidé de l'assigner à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

2. M. D justifiant du dépôt d'une demande auprès du bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu, en raison de l'urgence, de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions en annulation de l'arrêté de transfert :

3. Aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre État peut faire l'objet d'un transfert vers l'État responsable de cet examen. / Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative. / Cette décision est notifiée à l'intéressé. Elle mentionne les voies et délais de recours ainsi que le droit d'avertir ou de faire avertir son consulat, un conseil ou toute personne de son choix. Lorsque l'intéressé n'est pas assisté d'un conseil, les principaux éléments de la décision lui sont communiqués dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend. ".

4. Aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du parlement européen et du conseil du 26 juin 2013 : " Clauses discrétionnaires 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ".

6. M. D fait valoir que son frère F réside depuis 2017 en France où il bénéficie de la protection subsidiaire, que celui-ci héberge leur plus jeune frère, Sohail, arrivé récemment, dont la demande d'asile est en cours d'instruction et qu'il n'a aucun membre de sa famille en Autriche. Il soutient que l'arrêté de transfert méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et que le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait dû, par conséquent, faire application des dispositions citées ci-dessus du 1 de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013.

7. Toutefois, si M. D est fondé à soutenir, pour les motifs qu'il invoque, que la décision le transférant à destination des autorités autrichiennes porte une atteinte à sa vie familiale, celle-ci n'apparaît pas comme étant disproportionnée à son but, dès lors qu'il est âgé de trente-trois ans, n'a pas vocation à résider avec ses frères, qu'il était séparé de son frère F depuis au moins cinq ans à la date de son arrivée en France et qu'il n'établit pas qu'il avait, en Afghanistan, des liens particulièrement étroits avec son frère Sohail. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 doit être écarté.

8. Il ressort de la motivation de l'arrêté attaqué que le préfet d'Ille-et-Vilaine a pris en compte l'ensemble des éléments relatifs à la vie privée et familiale de M. D, qui avaient été portés à sa connaissance, et notamment la présence en France de son frère F, avant de conclure à l'absence d'atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale. Il ne peut être fait grief au préfet de ne pas avoir fait mention de M. C D, dès lors que l'autorité administrative soutient, sans être contredite, qu'elle n'a pas été informée de leur lien de parenté avant la présente instance. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté de transfert n'a pas été précédé d'un examen complet de la situation de M. D, au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de l'arrêté de transfert doivent être écartées.

Sur les conclusions en annulation de l'arrêté d'assignation à résidence :

10. Aux termes de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge peut être assigné à résidence par l'autorité administrative pour le temps strictement nécessaire à la détermination de l'État responsable de l'examen de sa demande d'asile. / Lorsqu'un État requis a refusé de prendre en charge ou de reprendre en charge l'étranger, il est immédiatement mis fin à l'assignation à résidence édictée en application du présent article, sauf si une demande de réexamen est adressée à cet État dans les plus brefs délais ou si un autre État peut être requis. / En cas de notification d'une décision de transfert, l'assignation à résidence peut se poursuivre si l'étranger ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que l'exécution de la décision de transfert demeure une perspective raisonnable. / L'étranger faisant l'objet d'une décision de transfert peut également être assigné à résidence en application du présent article, même s'il n'était pas assigné à résidence lorsque la décision de transfert lui a été notifiée. () ".

11. Si M. D soutient que le préfet d'Ille-et-Vilaine a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne l'assignant pas au domicile de son frère, F, à Quimper, où il résidait et où réside également leur frère Sohail, l'administration souligne sans être valablement contredite qu'elle n'a pas été informée du départ du requérant de la structure du premier accueil des demandeurs d'asile qui l'hébergeait, l'attestation établie par M. F D, qui lui a été remise le 5 mai 2022, mentionnant uniquement qu'il pourrait l'héberger s'il restait en France. Par suite, le préfet d'Ille-et-Vilaine n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en assignant à résidence M. D à la dernière adresse qu'il connaissait. Par ailleurs, M. D ne peut utilement faire état de la distance séparant le domicile de son frère de la gendarmerie où il est tenu de se présenter deux fois par semaine, dès lors qu'il n'est pas assigné à résidence chez celui-ci.

Sur les frais liés à l'instance :

12. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à l'octroi d'une somme, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, à la partie perdante. Par suite, la demande présentée par M. D sur le fondement de ces dispositions doit être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : M. D est admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A E D et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Rendu publique par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

signé

E. BLa greffière d'audience,

signé

A. Gauthier

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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