vendredi 4 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2203627 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | BANGAGUERE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 14 juillet et 26 septembre 2022 M. D E représenté par Me Bangaguere demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 juillet 2022 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai ;
2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine à titre principal de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à titre subsidiaire de procéder à un nouvel examen de sa situation dans le même délai et sous la même astreinte et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocat sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant;
- l'absence de délai de départ volontaire est insuffisamment motivée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 août 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et que les autres moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- et les observations de Me Dahi, représentant M. E, présent.
Considérant ce qui suit :
1. M. D E, ressortissant centrafricain né le 11 octobre 1994, est, selon ses déclarations, entré en France au cours du mois de septembre 2016, sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa Schengen long séjour portant la mention " étudiant " valable du 2 septembre 2016 au 2 septembre 2017. Il a obtenu une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " valable du 3 août 2017 au 2 août 2018. Le 7 août 2019, il a présenté une demande de changement de statut " étudiant " à " salarié " sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable. Par un arrêté du 16 avril 2021, le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai. Le recours de M. E contre cet arrêté a été rejeté par un jugement du 16 septembre 2021 du tribunal administratif de Versailles. Le 12 juillet 2022 le préfet d'Ille-et-Vilaine a pris à l'encontre de l'intéressé une obligation de quitter le territoire français sans délai.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, M. C B, chef du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière de la préfecture d'Ille-et-Vilaine a reçu, par arrêté du 13 mai 2022 du préfet d'Ille-et-Vilaine, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, délégation de signature aux fins de signer le type d'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur de droit au motif que M. E remplirait les conditions lui permettant de se voir délivrer un titre de séjour de plein droit doit être écarté comme dépourvu des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
5. M. E soutient qu'il entretient depuis avril 2021 une communauté de vie avec une ressortissante ivoirienne bénéficiaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 30 mars 2024, qu'il a rencontrée en mars 2020 et dont il a une fille née le 4 mars 2022 qu'il a reconnue, sa compagne étant par ailleurs mère d'un enfant français né en 2018 dont il s'occupe. Il indique également disposer depuis mars 2020 d'un contrat à durée indéterminée en qualité de technicien poseur Linky. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le 10 mai 2022, sa compagne a sollicité l'attribution de l'allocation de soutien familial en indiquant être séparée du père de son enfant. Si dans une attestation du 19 septembre 2022, postérieure à l'arrêté attaqué, celle-ci indique désormais que son couple a connu au mois d'avril " une petite crise " et que depuis le mois de juillet " les choses sont redevenues comme avant ", ces éléments, non justifiés, ne permettent pas de considérer qu'à la date de l'arrêté attaqué la relation de M. E avec sa compagne présentait un caractère stable et ancien, étant relevé que celle-ci réside à Rennes avec ses deux enfants alors que M. E réside à Paris pour les besoins de son activité professionnelle, aucun élément ne venant au soutien de ses allégations selon lesquelles il aurait entamé des démarches aux fins de se rapprocher de sa compagne et de leur fille. Bien que M. E produise plusieurs titres de transports pour attester de ses déplacements entre Rennes et Paris, des relevés de compte de sa compagne faisant apparaître plusieurs versements de sa part entre juin 2020 et septembre 2022 ainsi que des photographies le représentant avec sa fille et le fils de sa compagne, ces éléments ne sont pas suffisants pour démontrer l'existence de liens affectifs stables et intenses avec ceux-ci, les versements effectués par M. E au profit de sa compagne, réguliers en 2020 étant seulement au nombre de trois en 2021 et de trois en 2022 avant l'édiction de l'arrêté attaqué, alors que la situation professionnelle de M. E est demeurée inchangée. La circonstance que le requérant justifie d'un contrat à durée indéterminée ne suffit pas à caractériser une insertion particulière sur le territoire français, alors que l'intéressé a fait l'objet le 16 septembre 2021 d'une obligation de quitter le territoire français à laquelle il n'a pas déféré et qu'il n'a pas engagé de démarches, notamment après la naissance de sa fille aux fins de régulariser sa situation administrative. Compte tenu de ces éléments, il n'est pas établi qu'en prenant à l'encontre de M. E une obligation de quitter le territoire français le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette mesure a été prise et qu'il aurait, ainsi, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'est pas davantage établi que le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
7. Ainsi qu'il a été dit au point 5, les pièces produites au dossier ne permettent pas de caractériser l'existence de liens stables et intenses de M. E avec sa fille et le fils de sa compagne, dont il n'est pas par ailleurs établi qu'il serait dépourvu de toute relation avec son père biologique.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Le moyen tiré de la méconnaissance de cet article doit être écarté comme non assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :
9. L'arrêté attaqué mentionne que M. E déclare résider durant la semaine à Massy dans un logement appartenant à son oncle et le week-end à Rennes avec sa compagne et leur fille sans en justifier, qu'il n'a pas remis l'original de son passeport aux services de police, qu'il ne s'est pas soumis à une précédente mesure d'éloignement, qu'il ne justifie pas de démarches en vue de régulariser sa situation administrative et qu'il entre donc dans les prévisions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui autorisent le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire. Cette décision est ainsi suffisamment motivée.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. E doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquence celles à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D E et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Délibéré après l'audience du 14 octobre 2022 à laquelle siégeaient :
M. Tronel, président,
Mme Allex, première conseillère,
M. Dayon, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 202La rapporteure,
signé
A. ALe président,
signé
N.TronelLa greffière d'audience,
signé
E. Fournet
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026