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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2203645

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2203645

vendredi 22 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2203645
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement urgent
Avocat requérantSEMINO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 juillet 2022 M. B C représenté par Me Semino, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 15 juillet 2022 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine lui fait obligation de quitter sans délai le territoire français, fixe le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, à titre subsidiaire d'abroger cet arrêté ;

3°) à titre principal d'annuler l'arrêté du 15 juillet 2022 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a assigné à résidence, à titre subsidiaire d'abroger cet arrêté ;

4°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son avocat sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

A titre principal :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français sans délai :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'arrêté attaqué ;

- la décision attaquée méconnaît l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, le principe général du droit de l'Union et l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

- la décision méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la fixation du pays de renvoi :

- la décision est prise sur le fondement d'une obligation de quitter le territoire français illégale ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

- la décision méconnaît l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

A titre subsidiaire :

- les décisions attaquées doivent faire l'objet d'abrogation dès lors qu'il souhaite présenter une demande d'asile en France.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Allex, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les observations de Me Semino, représentant M. C.

Le préfet d'Ille-et-Vilaine n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

1. M. C justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français sans délai :

2. En premier lieu, Mme E D, adjointe au chef de bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière a reçu, par arrêté du 13 mai 2022 du préfet d'Ille-et-Vilaine régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, délégation aux fins de signer le type d'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que suite à son interpellation le 14 juillet 2022 par les services de police de Rennes, M. C a fait l'objet d'une audition le 15 juillet par ces services au cours de laquelle sa situation administrative, familiale et personnelle ont été abordées, l'intéressé ayant par ailleurs été invité à formuler ses observations dans l'hypothèse où une mesure d'éloignement serait édictée à son encontre. Ainsi il a été mis à même de présenter ses observations sur les conditions de son entrée et de son séjour sur le territoire français ainsi que sur sa situation personnelle et professionnelle. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que le principe du contradictoire et son droit d'être entendu auraient été méconnus en violation de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, du principe général du droit de l'Union et de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; / 6° L'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois a méconnu les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail. () ". La décision attaquée a été prise sur le fondement du 1° du 5° et du 6° de cet article.

5. M. C soutient d'abord que le préfet d'Ille-et-Vilaine ne pouvait pas se fonder sur le 5° et le 6° de cet article dès lors d'une part, qu'il ne peut être regardé comme constituant une menace pour l'ordre public et d'autre part, qu'il n'est pas établi qu'il aurait travaillé pour la société Uber et qu'il ne pourrait s'agir si tel était le cas d'une activité salariée pour laquelle l'autorisation de travail visée à l'article L. 5221-5 du code du travail est exigée. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Si M. C soutient par ailleurs que devenu majeur le 7 avril 2022, il n'a pas été orienté durant sa minorité vers une structure d'accueil pour sa prise en charge, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué.

7. Il résulte de ce qui a été dit aux points 5 et 6 que les moyens tirés de ce que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales aux termes desquelles : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui " ;

9. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré irrégulièrement en France en 2021 selon ses déclarations. Il a fait l'objet d'une interpellation le 14 juillet 2022 et a été placé en garde à vue pour recel de vol et défaut de permis de conduire. S'il a indiqué lors de son audition par les services de police que sa mère était décédée et que son père ne s'occupait pas de lui, l'intéressé est dépourvu de tout lien familial ou personnel en France. Il a précisé être sans domicile fixe et sans moyen de subsistance, avoir effectué des livraisons Uber sans être déclaré à Paris et avoir déjà été interpellé par la police. M. C n'était en possession d'aucun document d'identité ou de voyage. Compte tenu de ces éléments, et alors que M. C ne justifie d'aucune démarche y compris durant sa minorité pour chercher à régulariser sa situation, les moyens tirés de ce qu'en prenant à son encontre une mesure d'obligation de quitter le territoire français le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation et aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

10. Aux termes de l'article L. 612 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ".

11. Il ressort des pièces du dossier que lors de son audition par les services de police, M. C s'est déclaré sans domicile fixe et a manifesté son souhait de rester en France. Il n'était en possession d'aucun document d'identité. Par suite, en estimant au regard de ces éléments qu'il existait un risque qu'il se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet, le préfet d'Ille-et-Vilaine n'a ni méconnu l'article L. 612 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la fixation du pays de renvoi :

12. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi serait dépourvue de base légale ne peut qu'être écarté.

13. En second lieu, si M. C soutient qu'étant impliqué en Algérie dans un accident de la circulation qui a occasionné un handicap de la personne renversée, il a été menacé par la famille de la victime, il ne produit aucun élément au soutien de ces allégations, ni n'établit qu'il ne pourrait faire l'objet d'une protection par les autorités de son pays. Les moyens tirés de ce que la décision attaquée méconnaîtrait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doivent donc être écartés.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

14. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

15. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet d'Ille-et-Vilaine, en prononçant à l'encontre de M. C une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, aurait, compte tenu de la durée et des conditions de séjour en France de l'intéressé qui n'établit pas y disposer de liens familiaux et personnels, méconnu les dispositions précitées. Par suite, nonobstant la circonstance alléguée que M. C ne constituerait pas une menace pour l'ordre public et celle qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

16. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".

17. En premier lieu, l'arrêté comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il mentionne notamment la mesure d'obligation de quitter le territoire français sans délai dont M. C fait l'objet, indique qu'il n'a pas remis son passeport ou tout autre document de voyage aux services de police ou de gendarmerie, qu'il ne justifie pas d'une résidence stable effective et permanente et que la mise à exécution de la mesure d'éloignement demeure une perspective raisonnable. Cette décision est ainsi suffisamment motivée et révèle un examen suffisant de la situation de M. C.

18. En second lieu, la décision attaquée fait astreinte à M. C de remettre l'original de son passeport aux services de gendarmerie et à se présenter une fois par jour tous les jours de la semaine à 10 heures y compris les week-ends et jours fériés et chômés à la brigade de gendarmerie de la Guerche-de-Bretagne. Elle lui fait interdiction de sortir de la commune sans autorisation préfectorale sauf pour consulter son avocat et se rendre aux convocations de justice ou des services de police ou de gendarmerie. Elle l'astreint, afin de préparer son départ, à demeurer au lieu de son assignation à résidence entre 18 heures et 21 heures chaque jour de la semaine sauf à justifier d'une difficulté particulière faisant obstacle au respect de cette obligation. En se bornant à faire état de son jeune âge, de la circonstance qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et de celle qu'il n'a pas eu le temps de déposer une demande de titre de séjour, M. C n'établit pas que les mesures précitées, destinées à permettre l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre, seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur les conclusions à fin d'abrogation :

19. La légalité de l'arrêté en litige, qui a le caractère d'un acte individuel, s'appréciant à la date à laquelle il a été pris, M. C n'est pas fondé à en demander directement l'abrogation au juge de l'excès de pouvoir, en s'appuyant sur des changements de fait ou de droit postérieurs à son édiction. Par suite et alors que, en tout état de cause, il ne justifie pas de circonstances de droit ou de fait de nature à rendre illégale la mesure d'éloignement contestée, de telles conclusions ne peuvent qu'être rejetées.

20. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2022.

La magistrate désignée,

signé

A. ALa greffière d'audience,

signé

A. Gauthier

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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