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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2203686

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2203686

mardi 10 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2203686
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS PROXIMA

Résumé IA

Cette requête de l’entreprise individuelle M. C A, jugée par le Tribunal Administratif de Rennes (5ème Chambre), visait à contester le refus du préfet du Finistère de lui octroyer des aides de la politique agricole commune (PAC) pour la campagne 2013. Le tribunal a rejeté la demande d’annulation de la décision du 25 mai 2022. Il a jugé que le moyen tiré de l’incompétence du signataire manquait en fait, et que le requérant ne remplissait pas les conditions du règlement européen n°1307/2013 pour bénéficier des droits à paiement de base (DPB), faute d’avoir déposé sa déclaration PAC pour 2013, dont il était seul responsable. La solution retenue est le rejet de la requête, sans qu’il soit nécessaire d’examiner la fin de non-recevoir soulevée par le préfet.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 juillet 2022, l'entreprise individuelle (EI) M. C A, représentée par la SELARL Proxima, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 mai 2022 par laquelle le préfet du Finistère a rejeté sa demande tendant au bénéfice des aides de la politique agricole commune (PAC) ;

2°) d'enjoindre à l'État " d'avoir à juger qu'elle a régulièrement déposé sa déclaration PAC au titre de la campagne 2013, lui permettant de bénéficier de paiements directs depuis 2015 " ;

3°) de condamner l'État à lui verser le montant des droits à paiement de base (DPB) qui auraient dû lui être versés pour ceux qui non prescrits, soit depuis le 20 avril 2018 ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 25 mai 2022 est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle a régulièrement et effectivement transmis sa déclaration au titre de la campagne 2013, année référence pour le paiement des DPB 2015 ;

- la déclaration 2013 a été perdue par les services de la direction départementale des territoires et de la mer (DDTM).

Par un mémoire en défense enregistré le 30 mai 2024, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête est irrecevable dès lors qu'elle est tardive et qu'au fond, aucun moyen n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement européen n°1307/2013 du Parlement Européen et du Conseil du 17 décembre 2013 établissant les règles relatives aux paiements directs en faveur des agriculteurs au titre des régimes de soutien relevant de la politique agricole commune et abrogeant le règlement (CE) n° 637/2008 du Conseil et le règlement (CE) n°73/2009 du Conseil ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Terras,

- et les conclusions de M. E.

Considérant ce qui suit :

1. L'entreprise individuelle M. C A exploite 20 hectares de terres agricoles sur la commune de Plouyé dans le département du Finistère. En 2012, son gérant a activé pour la campagne de la même année les droits à paiement unique qu'il détenait sur les 8,76 ha, admissibles antérieurement, qui ont fait l'objet de versements. Ces droits à paiement lui ont toutefois été suspendus dès lors que l'administration n'a pas reçu sa déclaration PAC pour la campagne 2013, ce qui l'a contrainte à rembourser à l'agence de services et de paiement la somme de 1 316,12 euros. Le 20 avril 2022, il a sollicité du préfet du Finistère le versement des sommes correspondant aux DPB régulièrement activés depuis un temps non prescrit, soit le 20 avril 2018, ce qui lui a été refusé par une décision du 25 mai 2022 dont il demande l'annulation.

Sur les conclusions d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. Mme B D, signataire de la décision litigieuse, cheffe de l'unité aides économiques et développement rural à la direction départementale des territoires et de la mer du Finistère, avait reçu délégation de signature à fin de signer les décisions en matière d'affaires générales par arrêté du préfet du Finistère du 3 janvier 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 4 janvier 2022.

En ce qui concerne la légalité interne :

3. Aux termes de l'article 24 du règlement n° 1307/2013 du Parlement et du Conseil du 17 décembre 2013 établissant les règles relatives aux paiements directs en faveur des agriculteurs au titre des régimes de soutien relevant de la politique agricole commune et abrogeant le règlement (CE) n° 637/2008 du Conseil et le règlement (CE) n°73/2009 du Conseil : " Première attribution des droits au paiement : / 1. Les droits au paiement sont attribués aux agriculteurs ayant le droit de se voir octroyer des paiements directs conformément à l'article 9 du présent règlement pour autant que: / a) ils introduisent une demande d'attribution de droits au paiement au titre du régime de paiement de base à la date limite d'introduction des demandes en 2015 à fixer conformément à l'article 78, premier alinéa, point b), du règlement (UE) n°1306/2013, excepté en cas de force majeure ou de circonstances exceptionnelles et / b) ils aient eu droit, pour 2013, à se voir octroyer des paiements, avant toute réduction ou exclusion prévue au titre II, chapitre 4, du règlement (CE) n° 73/2009, au titre d'une demande d'aide pour des paiements directs, d'une demande d'aide nationale transitoire ou d'une demande de paiements directs nationaux complémentaires, conformément au règlement (CE) n° 73/2009 ; (.) ". Il résulte de ces dispositions qu'un agriculteur peut activer ses DPB sur la base des surfaces qu'il déclare.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A n'a pas transmis de déclaration PAC pour la campagne 2013 pour le compte de son entreprise individuelle, comme en atteste sa déclaration de nouveau demandeur, établie en 2014, sur laquelle il précise, au paragraphe 3, qu'il n'a pas demandé d'aide l'année précédente " suite à des problèmes de santé ". En outre, M. A ne conteste pas davantage les écritures du préfet selon lequel il a reçu le 28 février 2022 la demande d'aides 2013 avec la mention " j'ai découvert plusieurs courriers non distribués suite à l'achat d'une maison, je vous les fais parvenir ". Dans ces conditions, M. A ne remplissait pas les conditions prévues par le règlement et ne peut se prévaloir de la perte du dossier par les services de la DDTM alors qu'il est seul responsable de l'absence de dépôt de son dossier pour l'année 2013.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet, que les conclusions à fin d'annulation de l'entreprise individuelle C A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles à fin de condamnation au versement des DPB depuis 2018.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme demandée à ce titre par l'entreprise individuelle C A.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de l'entreprise individuelle C A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'entreprise individuelle M. C A et à la ministre de l'agriculture, de la souveraineté alimentaire et de la forêt.

Copie en sera adressée au préfet du Finistère.

Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Tronel, président,

M. Terras, premier conseiller,

Mme Thielen, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition du greffe, le 10 décembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

F. TerrasLe président,

Signé

N. Tronel

La greffière,

Signé

E. Douillard

La République mande et ordonne à la ministre de l'agriculture, de la souveraineté alimentaire et de la forêt en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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