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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2203732

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2203732

mardi 9 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2203732
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantGUILLOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 juillet et 5 août 2022, M. A B, représenté par Me Guillou, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 1er juin 2022 par laquelle le directeur général du groupe hospitalier Bretagne Sud (GHBS) a prononcé sa suspension immédiate et sans traitement de ses fonctions de praticien hospitalier jusqu'à la production des justificatifs de vaccination ou de contre-indication mentionnés au I de l'article 14 de la loi du 5 août 2021 ;

2°) d'enjoindre au groupe hospitalier Bretagne Sud de réexaminer sa demande et de lui verser l'ensemble des traitements non versés, de lui communiquer tout document lié à l'arrêt maladie en lui permettant de mettre en œuvre les assurances intervenant en raison de cette situation et de rétablir sa situation administrative, l'ensemble à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du groupe hospitalier Bretagne Sud la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision contestée le prive de son traitement et entraîne une baisse significative des revenus de son ménage qui comprend quatre personnes ; les considérations relatives à l'état de santé des patients du groupe hospitalier ne peuvent être prises en compte dès lors que, en arrêt maladie, il n'est ni au contact des patients ni au contact des autres agents publics hospitaliers ; le GHBS s'approprie actuellement les fonds de l'assurance maladie sans aucun reversement à son profit ;

- plusieurs moyens sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de cette décision :

- elle est entachée d'un vice de procédure à défaut d'avoir été précédée d'une information complète correspondant aux exigences du III de l'article 14 de la loi du 5 août 2021 ;

- elle n'a pas été précédée d'une procédure respectant les exigences des stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du principe général des droits de la défense dès lors qu'il n'a ni été convoqué à un entretien préalable ni reçu son entier dossier individuel avant que la décision contestée ne soit adoptée ; ces stipulations sont utilement invocables dès lors que la mesure de suspension constitue une sanction administrative, ne pouvant être qualifiée de mesure conservatoire dès lors qu'elle ne présente aucun caractère provisoire et ne comporte aucune limite temporelle, qu'elle peut le priver indéfiniment de tout traitement, et qu'elle n'est pas prise dans l'attente d'une autre décision définitive ;

- elle méconnaît le principe général de non-rétroactivité des décisions administratives dès lors qu'elle lui a été notifiée postérieurement à la date de sa prise d'effet ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article R. 6152-35 du code de la santé publique dès lors que la mesure de suspension prend effet avant la fin de son arrêt maladie ; le principe selon lequel les congés maladies constituent un droit pour l'agent qui en bénéficie est applicable à l'ensemble des agents publics, y compris les praticiens hospitaliers ; soumettre les praticiens hospitaliers à une règle différente constituerait une violation du principe général d'égalité des citoyens devant la loi ; l'absence de droit à l'obtention de prestations de sécurité sociale méconnaîtrait, en outre, l'article 34 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ainsi que les articles 13 et 14 du code européen de sécurité sociale ; pour l'ensemble de ces motifs, la décision contestée est entachée d'erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- les décisions du tribunal dont se prévaut le groupe hospitalier ne sont pas revêtues de l'autorité de chose jugée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juillet 2022, le groupe hospitalier Bretagne Sud, représenté par Me Deniau, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. B une somme de 700 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ; le requérant n'apporte pas de justificatifs des revenus actuels de son ménage permettant d'attester qu'il ne pourrait plus faire face à ses charges courantes ; le requérant s'est lui-même placé dans une situation d'urgence puisqu'il avait le temps de respecter le dispositif légal entre la date du premier courrier d'information de l'établissement et la mesure de suspension prise à son encontre ; le maintien de la mesure de suspension ne dépend encore que du choix de l'intéressé de ne pas satisfaire à son obligation de vaccination ; la balance entre les intérêts personnels du requérant et l'intérêt public qui s'attache à la protection des personnes accueillies dans les établissements de santé penche en faveur de ce dernier intérêt ;

- il n'était tenu à aucune obligation d'information à l'égard du requérant en ce qui concerne la possibilité d'utiliser des jours de congés ; en tout état de cause, il aurait fallu qu'il donne son accord ;

- les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne sont pas opposables à la mesure de suspension contestée ; le requérant ne saurait utilement confondre cette mesure à une mise à pied à titre conservatoire prononcée au cours d'une procédure disciplinaire ; son absence de traitement résulte d'une absence de service fait compte tenu du non-respect de l'obligation vaccinale, conformément à la loi du 5 août 2021 qui a été déclarée conforme à la Constitution par une décision du conseil constitutionnel n° 2021-824 DC ; l'obligation vaccinale ne méconnaît pas, plus généralement, la Constitution ;

- la décision contestée n'est pas rétroactive dès lors qu'elle prévoit une suspension au jour où elle a été prise ; au surplus, l'administration ne pouvait différer l'application du dispositif légal en cause dans l'attente d'un retour de notification dont la durée dépend des diligences du requérant pour la réception de son courrier recommandé ; en tout état de cause, l'intéressé était en arrêt de travail sur la période considérée ;

- la position de M. B en arrêt maladie ne peut faire obstacle à l'adoption et à l'exécution de la mesure de suspension prévue par la loi du 5 août 2021 dès lors que cette loi ne fait pas de distinction entre les praticiens hospitaliers en poste et ceux qui sont en arrêt maladie ; si le Conseil d'État a jugé qu'une décision de suspension ne peut entrer en vigueur qu'à compter de la date à laquelle prend fin le congé de maladie de l'agent concerné, il n'a cependant expressément visé dans son arrêt que les dispositions applicables aux fonctionnaires hospitaliers et a ainsi limité la portée de sa décision ; or, il est établi qu'il n'a pas satisfait à l'obligation vaccinale dès lors notamment qu'il lui a adressé un courrier tendant à l'exercice d'un droit de retrait ;

- l'arrêté contesté n'est que la conséquence et le prolongement de celui du 15 septembre 2021 qui portait déjà suspension de M. B de ses fonctions et dont la légalité a déjà été confirmée par le tribunal administratif de Rennes par ses décisions des 6 décembre 2021 et 15 février 2022 ; cet arrêté étant devenu définitif, le requérant n'est pas fondé à solliciter la suspension de la décision du 1er juin 2022 ;

- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 34 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne est inopérant dès lors que cet article ne s'adresse, conformément à l'article 51 de la même charte, qu'aux institutions, organes et organismes de l'Union européenne ;

- le moyen tiré de la méconnaissance des articles 13 et 14 du code européen de la sécurité sociale est également inopérant, les dispositions de ces articles n'ayant pas vocation à produire des effets directs à l'égard des particuliers et le demi-traitement ne pouvant avoir pour effet d'accorder des droits à rémunération supérieurs à ceux que l'agent public aurait eus s'il n'en avait pas bénéficié ; le requérant a perdu le bénéfice de ses indemnités de maladie dès lors qu'il a plus généralement perdu le droit au traitement pour service fait.

Vu :

- la requête au fond n° 2203731 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;

- le décret n° 2021-699 du 1er juin 2021 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Desbourdes, conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 5 août 2022 :

- le rapport de M. C, qui a informé les parties, en application des articles R. 611-7 et R. 522-9 du code de justice administrative, de ce que l'ordonnance de référé était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré du caractère superfétatoire ou purement confirmatif de la décision attaquée, à défaut pour les parties d'exposer que la précédente mesure de suspension prononcée le 15 septembre 2021 aurait cessé de produire ses effets avant que ne soit adoptée la décision attaquée ;

- les observations de Me Guillou, représentant M. B, qui a :

- répondu que la décision contestée ne peut être confirmative de celle du 15 septembre 2021 dès lors que l'intéressé a contracté la Covid19 au mois de février 2022 et a ainsi pu présenter un certificat de rétablissement conforme aux exigences de la loi du 5 août 2021 avant d'être à nouveau suspendu pour une nouvelle période par la décision contestée du 1er juin 2022 ;

- fait valoir que la précédente ordonnance de référé rendue à l'occasion de la contestation de la précédente décision du 15 septembre 2021 n'emporte aucune autorité de chose jugée ou décidée sur la question des effets juridiques de l'antériorité du placement d'un praticien hospitalier en arrêt maladie par rapport à la mesure de suspension prononcée sur le fondement de la loi du 5 août 2021 ;

- estimé qu'il n'y avait aucune discussion sur l'urgence compte tenu de la suspension du traitement de l'intéressé, celui-ci justifiant du montant des charges incombant à son ménage et auquel ne peuvent faire face les seuls revenus de son épouse ; que son ménage connaît ainsi des difficultés financières importantes ;

- indiqué que l'urgence était d'autant plus satisfaite que le groupe hospitalier Bretagne Sud récupère des fonds de l'assurance maladie au titre de son arrêt maladie sans pour autant les lui reverser ;

- soutenu que la jurisprudence du Conseil d'État prononcée pour un fonctionnaire hospitalier est transposable au cas des praticiens hospitaliers, une solution différente ne pouvant être adoptée sauf à constituer une rupture d'égalité injustifiée ;

- et les observations de Me Jagueux, représentant le groupe hospitalier Bretagne Sud qui a fait valoir que M. B ne démontre pas avoir produit ses arrêts de travail à son employeur, ayant d'ailleurs sollicité le bénéfice d'un droit de retrait et que la jurisprudence du Conseil d'État ne s'adresse qu'aux fonctionnaires hospitaliers et non aux praticiens hospitaliers.

À l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été initialement différée au 8 août 2022 à 11 h 00. Elle a ensuite été reportée au 9 août 2022 à 11 h 00.

Par un mémoire, enregistré le 8 août 2022 à 10 h 22, M. B maintient ses précédentes conclusions et soutient que :

- la décision contestée ne présente aucun caractère confirmatif de la précédente mesure de suspension puisqu'il a été diagnostiqué positif à la Covid le 19 janvier 2022 et a bénéficié d'un certificat de rétablissement ayant permis la levée de la mesure de suspension initiale le 4 février 2022 ;

- comme son statut l'y autorise, il a transmis à son employeur ses arrêts maladie par courrier simple ; le groupe hospitalier Bretagne Sud est au courant de ses arrêts maladie, dès lors notamment qu'il est établi que ce groupe hospitalier est subrogé dans ses droits et qu'il n'a pu l'être qu'après l'avoir lui-même demandé à la sécurité sociale ;

- le groupe hospitalier touche ses indemnités journalières depuis de nombreux jours sans les lui reverser ; ces sommes ont été, à tort, versées par la caisse primaire d'assurance maladie et conservées par le groupe hospitalier Bretagne Sud de sorte qu'il existe un intérêt public à ce que la mesure de suspension litigieuse soit suspendue ;

- les différents investissements qu'il a réalisés ne lui rapportent pas d'argent à ce jour, ses investissements immobiliers étant chacun déficitaires de plusieurs milliers d'euros sur l'année 2021 ; ces résultats devraient être similaires sur l'année 2022 ; ces résultats négatifs, ajoutés aux charges courantes de son ménage, sont constitutifs d'une situation d'urgence.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, praticien hospitalier, exerce en qualité de médecin des hôpitaux à temps partiel au centre hospitalier de Quimperlé pour le groupe hospitalier Bretagne Sud. Par une décision du 15 septembre 2021, le directeur général du groupe hospitalier Bretagne Sud l'a suspendu de ses fonctions à effet immédiat et interrompu le versement de sa rémunération au motif qu'il ne présentait pas l'un des justificatifs prévus par la loi du 5 août 2021. Identifié positif à la Covid-19 par un test virologique effectué le 19 janvier 2022, il a bénéficié d'un certificat de rétablissement ayant conduit le directeur général du groupe hospitalier à lever cette première mesure de suspension à compter du 1er février 2022. M. B demande au tribunal de suspendre l'exécution de la décision du 1er juin 2022 par laquelle le directeur général du groupe hospitalier Bretagne Sud l'a suspendu de ses fonctions à effet immédiat et interrompu le versement de sa rémunération à défaut d'avoir produit un nouveau justificatif à l'issue de la durée de validité de son certificat de rétablissement.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il en va ainsi, alors même que cette décision n'aurait un objet ou des répercussions que purement financiers et que, en cas d'annulation, ses effets pourraient être effacés par une réparation pécuniaire. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

4. La décision contestée par M. B le prive, conformément à ses propres termes, de toute rémunération, y compris, compte tenu des conditions dans lesquelles elle est appliquée, des droits attachés à la circonstance qu'il se trouve en arrêt maladie. La compagne de l'intéressé dispose d'un salaire mensuel d'environ 4 600 euros qui permet de couvrir l'ensemble des charges courantes, privées et professionnelles, de leur ménage. Toutefois, le couple a également réalisé trois investissements immobiliers dont M. B justifie, sans être contesté, du caractère déficitaire, de l'ordre de 1 500 euros par mois que les revenus de sa compagne ne peuvent couvrir en totalité pour un déficit restant de l'ordre d'un millier d'euros par mois. En l'absence des indemnités journalières retenues par le groupe hospitalier Bretagne Sud pouvant permettre de combler ce déficit, il ne résulte pas de l'instruction que la sauvegarde à court terme de la pérennité de ces investissements puisse être assurée. Si un intérêt public tenant à la protection de la santé publique justifie l'obligation de vaccination des personnels des établissements publics de santé, cet intérêt s'attache à la protection des personnels de santé se trouvant en situation de travailler dans les établissements de santé et des personnes vulnérables se trouvant à leur contact, ce qui ne concerne pas les agents placés en arrêt maladie tels que M. B. En revanche, outre les intérêts privés du requérant, un intérêt public s'attache à ce qu'il soit mis fin à la poursuite de la constitution d'un indu qui serait constitué au profit du groupe hospitalier Bretagne Sud au détriment de la caisse primaire d'assurance maladie concernée. Par suite, la condition d'urgence doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce, comme remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux :

5. D'une part, aux termes de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire : " I. - Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : / 1° Les personnes exerçant leur activité dans : / a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique ainsi que les hôpitaux des armées mentionnés à l'article L. 6147-7 du même code ; () / II. - Un décret, pris après avis de la Haute Autorité de santé, détermine les conditions de vaccination contre la covid-19 des personnes mentionnées au I du présent article. Il précise les différents schémas vaccinaux et, pour chacun d'entre eux, le nombre de doses requises. / Ce décret fixe les éléments permettant d'établir un certificat de statut vaccinal pour les personnes mentionnées au même I et les modalités de présentation de ce certificat sous une forme ne permettant d'identifier que la nature de celui-ci et la satisfaction aux critères requis. Il détermine également les éléments permettant d'établir le résultat d'un examen de dépistage virologique ne concluant pas à une contamination par la covid-19 et le certificat de rétablissement à la suite d'une contamination par la covid-19. () ". Aux termes de l'article 13 de cette loi : " I. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 établissent : / 1° Satisfaire à l'obligation de vaccination en présentant le certificat de statut vaccinal prévu au second alinéa du II du même article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent 1°, peut être présenté, pour sa durée de validité, le certificat de rétablissement prévu au second alinéa du II de l'article 12. Avant la fin de validité de ce certificat, les personnes concernées présentent le justificatif prévu au premier alinéa du présent 1°. () / II. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 justifient avoir satisfait à l'obligation prévue au même I ou ne pas y être soumises auprès de leur employeur lorsqu'elles sont salariées ou agents publics. () / V. - Les employeurs sont chargés de contrôler le respect de l'obligation prévue au I de l'article 12 par les personnes placées sous leur responsabilité. () ". Aux termes de l'article 14 de la même loi : " I. - () / B. - A compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12. () / III. - Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. / La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I. Elle ne peut être assimilée à une période de travail effectif pour la détermination de la durée des congés payés ainsi que pour les droits acquis par l'agent public au titre de son ancienneté. Pendant cette suspension, l'agent public conserve le bénéfice des garanties de protection sociale complémentaire auxquelles il a souscrit. () ". Aux termes du II de l'article 16 de cette même loi : " () / II. - La méconnaissance, par l'employeur, de l'obligation de contrôler le respect de l'obligation vaccinale mentionnée au I de l'article 12 de la présente loi est punie de l'amende prévue pour les contraventions de la cinquième classe. Cette contravention peut faire l'objet de la procédure de l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale. Si une telle violation est verbalisée à plus de trois reprises dans un délai de trente jours, les faits sont punis d'un an d'emprisonnement et de 9 000 € d'amende. () ".

6. D'autre part, aux termes de l'article R. 6152-35 du code de la santé publique : " Les praticiens régis par la présente section ont droit : () / 4° A des congés de maladie, longue maladie, longue durée dans des conditions fixées aux articles R. 6152-37 à R. 6152-39 ; () ". Aux termes de l'article R. 6152-37 du même code : " En cas de maladie dûment constatée et attestée par un certificat médical mettant un praticien dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, celui-ci est de droit mis en congé par décision du directeur de l'établissement. / Le praticien en congé de maladie conserve la totalité des émoluments prévus au 1° de l'article R. 6152-23, pendant une durée de trois mois ; ces émoluments sont réduits à la moitié pendant les neuf mois suivants. () ".

7. Il résulte de ces dispositions que si le directeur d'un établissement de santé public peut légalement prendre une mesure de suspension à l'égard d'un praticien hospitalier qui ne satisfait pas à l'obligation vaccinale contre la covid-19 alors que ce praticien hospitalier est déjà en congé de maladie, cette mesure et la suspension de traitement qui lui est associée ne peuvent toutefois entrer en vigueur qu'à compter de la date à laquelle prend fin le congé de maladie de l'agent en question.

8. Il est constant que M. B se trouvait en congé maladie antérieurement au 1er juin 2022, date à laquelle a été prise la mesure de suspension contestée. Par suite, si, compte tenu de la circonstance que M. B n'a pas présenté au groupe hospitalier Bretagne Sud le justificatif de vaccination ou les certificats de rétablissement ou de contre-indication mentionnés au I de l'article 13 de la loi du 5 août 2021, ce groupe hospitalier pouvait légalement prendre la mesure de suspension litigieuse au cours de son congé maladie, il ne pouvait pas, sans méconnaître les dispositions des articles R. 6152-35 et R. 6152-37 du code de la santé publique, ne pas différer l'application de cette mesure au terme de ce congé maladie. Par suite, le moyen tiré du placement de M. B en congé maladie antérieurement à la décision de suspension contestée est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision du directeur général du groupe hospitalier Bretagne Sud du 1er juin 2022.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens du requérant, que les conditions d'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont réunies. Par suite, M. B est fondé à demander au juge des référés de suspendre l'exécution de la décision du 1er juin 2022 par laquelle le directeur général du groupe hospitalier Bretagne Sud l'a suspendu de ses fonctions sans traitement.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

10. Compte tenu du caractère seulement conservatoire, pour l'avenir, des pouvoirs détenus par le juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, il ne peut être enjoint au groupe hospitalier Bretagne Sud de tirer des conséquences de la présente ordonnance sur la période qui lui est antérieure. En revanche, à titre provisoire et pour l'avenir, la présente ordonnance implique, d'une part, jusqu'à l'expiration de la période fixée par l'article R. 6152-37 du code de la santé publique si cet événement n'est pas déjà intervenu, le versement du demi-traitement qu'il prévoit et, d'autre part, le versement des indemnités journalières qui lui sont dues, le cas échéant, au titre de l'assurance maladie. Le requérant est également fondé à obtenir la communication de tout document lié à son arrêt maladie à fin d'obtenir, à titre provisoire, les droits liés aux assurances intervenant à raison de sa maladie. Il sera par conséquent enjoint au groupe hospitalier Bretagne Sud de procéder à ces versements et communication sans délai sans qu'il soit besoin, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

12. Ces mêmes dispositions font obstacle à ce que M. B, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, verse au groupe hospitalier Bretagne Sud la somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : L'exécution de la décision du 1er juin 2022 par laquelle le directeur général du groupe hospitalier de Bretagne sud a suspendu M. B de ses fonctions, sans traitement, est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au groupe hospitalier Bretagne Sud de procéder, à compter de la notification de la présente ordonnance, sans délai, à titre provisoire et pour l'avenir, au versement des traitements et indemnités auxquels M. B a droit et de lui communiquer tout document lui permettant d'obtenir les droits liés aux assurances intervenant à raison de sa maladie.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au groupe hospitalier Bretagne Sud.

Fait à Rennes le 9 août 2022.

Le juge des référés,

signé

W. CLa greffière,

signé

C. Salladain

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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