lundi 25 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2203757 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | CIMADE |
Vu la procédure suivante :
A une requête et un mémoire, enregistrés les 21 et 25 juillet 2022, M. G B, alors placé en rétention administrative à Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine), représenté A Me Balloul, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 juillet 2022 A lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine lui fait obligation de quitter sans délai le territoire français et fixe le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros à verser à son avocat sur le fondement de l'article 37 de la loi relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- les décisions sont insuffisamment motivées ;
- elles n'ont pas été précédées d'un examen suffisant de sa situation ;
- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles méconnaissent l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;
- les infractions commises ne sauraient être regardées comme un trouble à l'ordre public ;
- il a la qualité de réfugié.
A un mémoire en défense, enregistré le 25 juillet 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Le préfet fait valoir qu'aucun des moyens soulevés A M. B n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration, notamment son article L. 211-2 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Moulinier, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D,
- les observations de M. Balloul, avocat de permanence, représentant M. B qui conclut aux mêmes fins que la requête A les mêmes moyens et qui ajoute que l'arrêté attaqué méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- les explications de M. B, assisté d'une interprète.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, né le 7 novembre 1982, de nationalité géorgienne, déclare être entré sur en France le 8 décembre 2018. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d'asile le 8 décembre 2018, ce rejet a été confirmé A la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 24 juillet 2019. Le 6 mai 2019, le préfet d'Ille-et-Vilaine a pris à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire français, dans un délai de trente jours et fixant la Géorgie comme pays de renvoi. Le 2 septembre 2019, le préfet d'Ille-et-Vilaine a pris à son encontre un arrêté portant assignation à résidence d'une durée de quarante-cinq jours dans une résidence Hôtelière de La Guerche de Bretagne. M. B a le 17 janvier 2020 sollicité le réexamen de sa demande d'asile, lequel a été jugé irrecevable le 21 janvier 2020. Le préfet d'Ille-et-Vilaine a pris à son encontre, le 17 juillet 2020, un nouvel arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire assortie d'une interdiction de retour de deux ans. Le 20 juillet 2022, il a fait l'objet d'une audition A la police aux frontières pour vérification du droit de circulation ou de séjour. Le même jour, le préfet d'Ille-et-Vilaine a pris à son encontre un arrêté, dont M. B demande l'annulation, portant obligation de quitter sans délai de départ volontaire le territoire français.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, les décisions attaquées précisent les considérations de droit et de fait au vu desquelles elles ont été prises et répondent ainsi suffisamment aux exigences de motivation énoncées A les dispositions des articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Elles mentionnent le parcours administratif de l'intéressé, le rejet de ses demandes d'asile A l'OFPRA et la CNDA, ainsi que les précédentes décisions portant obligations de quitter le territoire. Elles décrivent la situation individuelle de l'intéressé telle qu'elle résulte notamment de l'audition de M. B A les services de police le 20 juillet 2022. En outre, le préfet, pour évaluer le risque que le requérant se soustrait à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français attaquée, a pris également en compte la circonstance que M. B a indiqué ne pas vouloir se soumettre à une nouvelle mesure d'éloignement. L'arrêté indique A ailleurs que l'intéressé indique être séparé de son épouse mais avoir demandé un droit de visite pour son fils et que, sur cette question, une audience est pendante devant le tribunal de Saint-Malo. Enfin, rappelant la nationalité géorgienne du requérant et le rejet de ses demandes d'asile, les décisions indiquent que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Elles mentionnent enfin, notamment, l'absence d'intensité des liens du requérant avec la France, les obligations de quitter le territoire français précédemment édictées, l'absence de circonstances humanitaires faisant obstacle à ce qu'une interdiction de retour soit prononcée à son encontre. Il souligne enfin que le requérant est défavorablement connu des services de police. Enfin si le requérant fait grief à l'arrêté en litige, de ne pas prendre en considération ses problèmes de santé, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ait formalisé une demande de titre de séjour pour cette raison ou même avoir informé l'autorité préfectorale de son état de santé. Les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen complet de la situation du requérant doivent donc être écartés.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue A la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Selon l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte que dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
4. Le requérant fait valoir qu'il est père d'un enfant résidant en situation régulière en France et qu'il souffre de plusieurs pathologies chroniques, dont une addiction importante à l'alcool pour laquelle un sevrage doit être encadré et surveillé médicalement. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France le 8 décembre 2018, qu'il ne justifie pas de l'ancienneté de ses liens avec la France et se maintient en situation irrégulière, la durée de sa présence sur le territoire ne résultant uniquement des délais de traitement de sa demande d'asile et de son maintien en situation irrégulière, alors même qu'il a déjà fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement auxquelles il n'a pas déféré. S'il se prévaut de son état de santé, il ne justifie pas avoir sollicité un titre de séjour pour raison médicale. Si à ce titre, il produit différentes pièces dont des analyses médicales, une attestation du docteur C, une ordonnance du même praticien et des résultats d'analyses sanguines attestant de la réalité de sa pathologie en lien avec l'alcool et de la nécessité d'un suivi subséquent, ces documents ne démontrent pas qu'il ne pourrait pas bénéficier d'un traitement idoine en Géorgie. A ailleurs la seule production d'un rapport général de l'OSAR faisant état de lacunes du système de soins géorgien en matière de psychiatrie et hépatique ne suffit pas à infirmer ce qui précède. En outre, le requérant ne justifie pas d'une insertion d'une particulière intensité dans la société française et il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est connu des forces de police et de gendarmerie pour plusieurs faits commis entre 2020 et 2022, dont des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours A une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime A un pacte civil de solidarité, faits commis le 1er avril 2020 à F et pour lesquels il a été condamné à un emprisonnement de deux mois avec sursis le 23 septembre 2020 A le tribunal judiciaire de Rennes. Au surplus, M. B ne démontre pas être dépourvu de toute attache en Géorgie où il a vécu jusqu'à l'âge de 36 ans et où au moins un frère de l'intéressé réside. D'autre part, le jugement a fait interdiction à M. B de rentrer en contact avec E son épouse dont il est séparé et avec qui vit son fils âgé de dix ans. Si l'intéressé précise qu'il est dans l'attente d'une décision de justice quant à son droit de visite, toutefois, le préfet n'a pas fait interdiction à M. B de retourner sur le territoire français et il pourra en conséquence exercer son droit de visite. Les déclarations du requérant lors de son audition du 20 juillet 2022 devant les services de police indiquent également qu'il n'a pas la charge de son enfant. Dès lors et dans ces conditions, le préfet n'a ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990. Pour les mêmes motifs, l'arrêté n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation. A suite, ces trois moyens seront écartés.
5. En troisième lieu, si M. B reproche à l'arrêté contesté de retenir qu'il constitue une menace à l'ordre public, il est constant qu'il a été condamné à un emprisonnement correctionnel de deux mois avec sursis le 23 septembre 2020 A le tribunal judiciaire de Rennes pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours A une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime A un pacte civil de solidarité, faits commis le 1er avril 2020 à F. En outre, le requérant ne conteste pas être défavorablement connu des services de police pour des faits de conduite de véhicule sous l'empire d'un état alcoolique, de conduite de véhicule terrestre à moteur sans assurance, de conduite de véhicule sans permis et de menaces de mort matérialisée A écrit, image ou autre objet, commises A une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime A un pacte civil de solidarité. Au regard de la gravité des faits en cause et de leur itération, le préfet a pu légitiment considérer que le requérant constituait une menace à l'ordre public. Le moyen sera dès lors écarté.
6. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".
7. M. B soutient que sa vie serait menacée en cas de retour en Géorgie et qu'il a la qualité de réfugié dans la mesure où il s'est présenté au service de premier accueil des demandeurs d'asile afin de solliciter un rendez-vous en préfecture pour solliciter le réexamen de sa demande d'asile. Il fait notamment valoir l'attestation de son frère mentionnant que la maison familiale a été saccagée. Toutefois, A cette seule pièce, il n'apporte pas d'élément suffisamment tangible de nature à établir la réalité des risques auxquels il serait personnellement exposé en cas de retour en Géorgie. A ailleurs, il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile du requérant a été rejetée A l'Office français de protection des réfugiés et apatrides A une décision du 29 mars 2019, ainsi que A la Cour nationale du droit d'asile le 6 juin suivant. En outre, ses demandes de réexamen ont été jugées irrecevables A l'OFPRA le 24 janvier 2020 et closes le 28 février 2022. A suite, le requérant ne saurait soutenir qu'il dispose de la qualité de réfugié et le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination aurait été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
9. Le présent jugement de rejet n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions aux fins d'injonction de la requête ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G B et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Lu en audience publique le 25 juillet 2022.
Le magistrat désigné,
signé
Y. D La greffière d'audience,
signé
A. Gauthier
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026