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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2203776

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2203776

mercredi 27 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2203776
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationEloignement urgent
Avocat requérantCIMADE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 juillet 2022 à 11h45, M. A B, alors placé en rétention administrative à Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine), demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 20 juillet 2022 par lequel le préfet du Calvados lui fait obligation de quitter sans délai le territoire français, fixe le pays à destination duquel lui pourra être reconduit d'office et lui a fait interdiction de retour pour une durée d'un an.

Il soutient que :

- les décisions sont insuffisamment motivées ;

- elles n'ont pas été précédées d'un examen suffisant de sa situation ;

- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;

- il ne constitue pas un trouble à l'ordre public ou une menace aux intérêts de la nation ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juillet 2022, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

Vu :

- l'ordonnance du 23 juillet 2022 par laquelle le juge des libertés et de la détention a prolongé la rétention de M. B pour un délai maximum de vingt-huit jours ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration, notamment son article L. 211-2 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Moulinier, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les observations de Me Delilaj avocat de permanence, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et qui ajoute les moyens tirés du défaut de saisine de la commission du titre de séjour, de l'impossibilité pour le préfet de ne pas délivrer un titre de séjour à l'intéressé alors qu'il lui en avait déjà un postérieurement à une précédente condamnation pénale et celui du défaut d'habilitation des agents ayant consulté le fichier automatisé des empreintes digitales,

- les explications de M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 27 septembre 1981 à Sidi Kacem (Maroc), de nationalité marocaine, a bénéficié d'une carte de séjour de résident valable du 27 septembre 2001 au 26 septembre 2011, renouvelée du 25 mai 2012 au 24 mai 2022. Il n'a toutefois pas sollicité le renouvellement de cette dernière carte et se maintient en situation irrégulière depuis lors. Le 19 juillet 2022, le requérant a été placé en garde à vue pour des faits de vol aggravé et port d'arme de catégorie D2. Le 20 juillet 2022, le préfet du Calvados a adopté un arrêté, dont M. B demande l'annulation, lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, interdiction de retour sur le territoire français et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, en toutes ses décisions, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il décrit la situation administrative de M. B et les principaux éléments de sa situation personnelle. Il mentionne ses conditions d'entrée et de séjour en France en indiquant notamment que l'intéressé a déclaré avoir été " viré de la maison " par sa mère et n'établit pas, en outre, avoir des liens personnels et familiaux en France. Il indique les différentes condamnations dont a fait l'objet l'intéressé. L'arrêté ajoute par ailleurs que le requérant ne démontre pas être actuellement personnellement et directement exposé à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cet arrêté est ainsi suffisamment motivé et comporte les éléments circonstanciés permettant d'établir que le préfet du Calvados a procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. B. Les moyen tirés d'une insuffisance de motivation ou d'un défaut d'examen de la situation de M. B doivent donc être écartés.

3. En deuxième lieu, les moyens tirés du défaut de saisine de commission du titre de séjour prévue à l'article L. 312-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'impossibilité pour le préfet de ne pas délivrer un titre de séjour à l'intéressé alors qu'il lui en avait déjà un postérieurement à une précédente condamnation pénale sont inopérants à l'encontre d'une obligation de quitter le territoire, et qu'en tout état de cause le requérant n'établit pas avoir sollicité l'autorité préfectorale en ce sens.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. M. B soutient que toute sa famille est en France et qu'il n'a plus aucun lien avec son pays d'origine, qu'il est en France depuis l'âge de 13 ans, qu'il y a été scolarisé et y a résidé de manière régulière. Toutefois, il ressort de son audition au commissariat central de Caen du 20 juillet 2022 qu'il déclare être célibataire et sans enfant à charge, que sa mère et ses sœurs, résidentes à Bordeaux, l'ont exclu de la maison et qu'il est sans domicile fixe depuis 2019. Le requérant n'établit, par ailleurs, aucune insertion professionnelle réelle ou véritable intégration. Il ne démontre pas d'avantage être dépourvu d'attache dans son pays d'origine. Dans ces circonstances, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

6. En quatrième lieu, M. B soutient que le préfet du Calvados ne pouvait se fonder sur des données extraites du fichier automatisé des empreintes digitales auxquelles il n'a pas légalement accès et que, de ce fait, la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de fait, les éléments pris en compte ne suffisant pas en outre, faute de condamnation pénale, à caractériser la menace à l'ordre public invoquée à son encontre. Toutefois, aux termes de l'article L. 611-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En vue de l'identification d'un étranger qui n'a pas justifié des pièces ou documents visés à l'article L. 611-1 ou qui n'a pas présenté à l'autorité administrative compétente les documents de voyage permettant l'exécution de l'une des mesures mentionnées à l'article L. 624-1-1 ou qui, à défaut de ceux-ci, n'a pas communiqué les renseignements permettant cette exécution, les données des fichiers automatisés des empreintes digitales gérés par le ministère de l'intérieur peuvent être consultées par les agents expressément habilités des services du ministère de l'intérieur et de la gendarmerie nationale, dans les conditions fixées par la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés. ".

7. M. B soutient qu'il ne constitue pas un trouble à l'ordre public ou une menace aux intérêts de la nation. D'une part le préfet ne retient pas dans la décision attaquée une quelconque qualification de menace aux intérêts de la nation. D'autre part, il ressort de l'arrêté litigieux et des pièces du dossier que M. B a été interpelé le 19 juillet 2022 pour des faits de vol aggravé et port d'arme de catégorie D2. Il ressort également du bulletin n° 2 du casier judiciaire de l'intéressé, dont il ressort que ce dernier a été condamné le 21 août 2002, par le tribunal correctionnel de Bordeaux, à six mois d'emprisonnement pour des faits de vol avec destruction ou dégradation, tentative de vol avec destruction ou dégradation, violence sur personne dépositaire de l'autorité publique sans incapacité, le 30 septembre 2005, par le tribunal correctionnel de Strasbourg, à un mois d'emprisonnement pour des faits de vol avec destruction ou dégradation, le 3 mars 2006, par le par le tribunal correctionnel de Toulouse, à trois mois d'emprisonnement pour des faits d'exhibition sexuelle et d'agression sexuelle. En outre, M. B est connu des services de police et de gendarmerie pour des faits d'agression sexuelle et exhibition sexuelle en 2019, agression sexuelle en 2020, vol dans un local d'habitation, violence par une personne en état d'ivresse en 2021 et agression sexuelle en 2022 et qu'il est connu pour ces faits également au fichier automatisé des empreintes digitales. Ces derniers éléments, dont le requérant ne conteste pas la matérialité, alors même qu'ils n'ont pas fait l'objet d'une condamnation pénale, suffisent à caractériser une menace à l'ordre public. La circonstance, au surplus, que ces informations ressortent de la consultation dudit fichier ne permet en tout état de cause pas d'établir que le préfet n'a pas eu recours pour le consulter aux " agents expressément habilités des services du ministère de l'intérieur et de la gendarmerie nationale " au sens des dispositions précitées de l'article L. 611-4 du code de code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Au regard de la nature, de la gravité et de la récurrence des faits, le préfet a pu légitiment estimer que M. B constitue une menace à l'ordre public. Par suite le moyen sera écarté.

8. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 4 et 5 le préfet n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Calvados.

Lu en audience publique le 27 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

signé

Y. C La greffière d'audience,

signé

A. Gauthier

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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