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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2203789

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2203789

mercredi 27 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2203789
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationEloignement urgent
Avocat requérantCIMADE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 juillet 2022 à 17h22, M. F B, alors placé en rétention administrative à Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine), demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 21 juillet 2022 par lequel le préfet de Maine-et-Loire lui fait obligation de quitter sans délai le territoire français et fixe le pays à destination.

Il soutient que :

- les décisions sont insuffisamment motivées ;

- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles méconnaissent l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2022, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

Vu :

- l'ordonnance du 23 juillet 2022 par laquelle le juge des libertés et de la détention a prolongé la rétention de M. B pour un délai maximum de vingt-huit jours ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration, notamment son article L. 211-2 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Moulinier, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. E,

- les observations de Me Delilaj, avocat de permanence, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens,

- les explications de M. B, assisté d'une interprète.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

M. B, de nationalité albanaise, né le 1er mai 1989 à Tirana (Albanie), a été interpellé le 21 juillet 2022, par des militaires de la gendarmerie nationale, pour défaut de permis de conduire. Il est entré sur le territoire français le 19 juin 2019 et déclare être marié à Mme D B, également ressortissante albanaise et présente en France. Ils sont parents de l'enfant, A B, née le 9 avril 2020 à Angers. M. B a sollicité l'asile le 8 juillet 2019, cette demande a été rejetée par l'office français des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 13 octobre 2020, par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) a confirmé cette décision le 19 mars 2021. Le préfet de Maine-et-Loire a édicté, le 19 novembre 2020, à l'encontre de M. B un arrêté portant obligation de quitter le territoire accordant un délai de départ volontaire de trente jours, lequel a été validé par décision du tribunal administratif de Nantes le 6 juillet 2021. Le 29 novembre 2021, le même préfet a adopté un arrêté assignant M. B à résidence pour six mois, avec obligation de pointage. M. B n'a plus respecté cette obligation à compter du 8 mars 2022. Le 22 juillet 2022, le préfet de Maine-et-Loire a adopté un arrêté faisant obligation à M. B de quitter le territoire sans délai et fixant le pays de destination. M. B demande l'annulation de l'arrêté du 22 juillet 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

1. En premier lieu, l'arrêté attaqué, en toutes ses décisions, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il décrit la situation administrative de M. B et les principaux éléments de sa situation personnelle. Il mentionne ses conditions d'entrée et de séjour en France en indiquant notamment que l'intéressé a vu sa demande d'asile rejetée par l'OFPRA et la CNDA. Il précise que M. B est marié et père d'un enfant. L'arrêté ajoute par ailleurs qu'il ne démontre pas être actuellement personnellement et directement exposé à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La circonstance que le préfet de Maine-et-Loire, dans sa décision, n'a pas mentionné les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, qui ne constituent pas le fondement légal ou réglementaire sur lequel l'administration devait, seulement, prendre sa décision, reste par elle-même sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Cet arrêté est ainsi suffisamment motivé et comporte les éléments circonstanciés permettant d'établir que le préfet de Maine-et-Loire a procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. B. Les moyen tirés d'une insuffisance de motivation ou d'un défaut d'examen de la situation de M. B doivent donc être écartés.

2. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Selon l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte que dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

3. M. B fait valoir qu'il est marié avec Mme D B et la présence de sa fille A, née le 9 avril 2020 à Angers. S'il présente également plusieurs documents attestant qu'il travaille en qualité de saisonnier ou d'ouvrier agricole, ses différentes activités ont toujours eu lieu sous l'emprise de contrats précaires ne lui assurant que de faibles revenus. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que l'épouse du requérant est également en situation irrégulière et n'a pas déféré à une mesure d'éloignement en date du19 novembre 2020. M. B n'a pas de même exécuté une précédente mesure d'éloignement du même jour que celle de son épouse et ne s'est pas présenté au rendez-vous en préfecture dans le cadre de son orientation au centre de préparation au retour de la Pommeraye (CPAR), il s'est également soustrait à ses obligations de pointage. Si lors de l'audience, le requérant soutient qu'il n'est pas démontré qu'il aurait failli à cette obligation, toutefois le préfet produit le rapport administratif établissant la carence du requérant face à cette obligation à compter du 8 mars 2022 signé par un officier de police judiciaire, qui en atteste. Par ailleurs le requérant est arrivé en France en 2019, à l'âge de 30 ans, n'établit pas être dépourvu de toutes attaches dans son pays d'origine. En outre, l'arrêté n'ayant ni pour objet ni pour effet de séparer M. B de son épouse et son enfant, lesquels ont vocation à suivre le requérant. Si par ailleurs le requérant, par l'intermédiaire de son conseil fait valoir que la mesure d'éloignement de son épouse n'est plus exécutoire, cette dernière est en tout de cause en situation irrégulière. Au surplus, il n'est pas établi que la fille de l'intéressé ne puisse entamer ou reprendre une scolarité en Albanie. Dans ces circonstances, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet ait méconnu l'intérêt supérieur de ces derniers en prenant l'obligation de quitter le territoire français. Les moyens tirés de la méconnaissance des l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

4. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F B et au préfet de Maine-et-Loire.

Lu en audience publique le 27 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

signé

Y. E La greffière d'audience,

signé

A. Gauthier

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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