mardi 19 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2203806 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS LEXCAP |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, respectivement enregistrés le 25 juillet 2022 et le 15 septembre 2024, M. et Mme A et C B, représentés par Me Mekkaoui, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 janvier 2022 du maire de Saint-Jacut-de-la-Mer portant refus de leur projet de construction d'une maison après démolition de celle existante, ainsi que le rejet de leur recours gracieux ;
2°) d'enjoindre à la commune de Saint-Jacut-de-la-Mer de leur délivrer le permis sollicité, à titre subsidiaire, de procéder à une nouvelle instruction de leur demande ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Jacut-de-la-Mer le versement d'une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que ;
- la décision implicite de rejet n'est pas motivée ;
- la décision est entachée d'un vice d'incompétence ;
- l'arrêté litigieux méconnait l'article 4 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de Dinan agglomération ;
- il méconnait les dispositions de l'article 7 du même règlement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juin 2024, la commune de Saint-Jacut-de-la-Mer, représentée par Me Rouhaud de la SELARL Lexcap, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens des requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Terras,
- les conclusions de M. Desbourdes, rapporteur public,
- et les observations de Me Messéant, représentant la commune de Saint-Jacut-de-la-Mer.
Considérant ce qui suit :
1. Par une demande du 6 décembre 2021, M. et Mme B ont sollicité du maire de Saint-Jacut-de-la-Mer un permis de construire une nouvelle maison d'une surface de plancher de 225 m² après démolition de leur maison existante de 120 m² située sur un terrain situé 23, Grande rue sur une parcelle cadastrée AD 220 en zone UAp du plan local d'urbanisme intercommunal Dinan Agglomération. M. et Mme B demandent l'annulation de l'arrêté du 27 janvier 2022 par lequel le maire de Saint-Jacut-de-la-Mer a refusé de leur accorder le permis sollicité, ainsi que le rejet de leur recours gracieux.
Sur les conclusions d'annulation :
En ce qui concerne la compétence de l'auteur de l'acte :
2. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme () " ".
3. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 27 janvier 2022 portant refus de permis de construire à M. et Mme B a été signé par le maire de Saint-Jacut-de-la-Mer, qui, en vertu des dispositions précitées, est l'autorité compétente pour délivrer les autorisations de construire, nonobstant la possibilité légale qui est la sienne de déléguer sa signature, et non son pouvoir, comme le soutiennent à tort les requérants, à un ou plusieurs adjoints et, en cas d'absence ou d'empêchement de ceux-ci, à des membres du conseil municipal. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une telle délégation de pouvoir aurait été accordée par le maire à l'un de ses adjoints. Le moyen tiré de ce que l'arrêté litigieux devait être signé par l'adjoint en charge des autorisations d'urbanisme et non par le maire doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne la méconnaissance de l'article 4 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de Dinan agglomération :
4. Aux termes de cet article, relatif à l'implantation des constructions par rapport aux emprises publiques et aux voies : " Les constructions nouvelles doivent être implantées en harmonie avec les constructions voisines existantes. / Les dispositions relatives aux implantations le long des voies départementales sont à retrouver au sein des dispositions générales dans le volet " voirie et accès ". En zones UA, UAp UB, UBd1, UBd2, UBd3, UBdc, UCa, UCb, UCsd, UCsc :
/ • Le volume principal de chaque construction doit s'implanter dans le prolongement des alignements des constructions existantes. / Dans le cas d'un alignement régulier, les constructions devront s'implanter sur le même alignement que les constructions voisines. / Dans le cas d'un alignement irrégulier, les constructions devront s'implanter entre les lignes d'implantation des constructions voisines () / Dans le cas d'un contexte urbain dense et dans l'optique d'aménager des espaces de respiration urbaine, il sera possible de déroger au principe d'alignement sur emprises publiques et voies pour l'implantation des constructions nouvelles. / A condition que la continuité visuelle de l'alignement soit soulignée par la mise en place d'un mur d'aspect soigné ".
5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le terrain du projet en litige est bordé, au nord, par une maison située à l'alignement et au sud, par deux maisons en recul de neuf mètres, et correspond ainsi à un alignement irrégulier. En vertu des dispositions précitées, le volume principal de la construction doit en conséquence s'implanter entre les lignes d'implantation des constructions voisines. Or, si le garage, qui correspond à une annexe, est implanté en recul de huit mètres de l'alignement, le volume principal de la construction est, lui, implanté à environ 14,50 mètres, et ne se situe pas entre les lignes d'implantation des constructions voisines.
6. D'autre part, si les requérants font valoir qu'il est possible de déroger au principe d'alignement sur emprises et voies publiques dès lors que la continuité visuelle de l'alignement est soulignée par la conservation du muret en pierre existant, cette règle alternative, qui reste une possibilité et non une obligation, ne trouve à s'appliquer que " dans un contexte urbain dense et dans l'optique d'aménager des espaces de respiration urbaine ", ce qui n'est pas le cas en l'espèce dès lors que le projet porte sur une parcelle de 1 278 m2 ayant une façade sur rue d'une largeur de trente-quatre mètres, ne présentant pas les caractéristiques d'un contexte urbain dense. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 4 précité doit être écarté.
En ce qui concerne la méconnaissance de l'article 5 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de Dinan agglomération :
7. Aux termes de cet article relatif à l'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives : " En zones AU, Uap ; / Les nouvelles constructions doivent être implantées soit : / ' sur les deux limites séparatives latérales ; / ' sur une limite séparative latérale. Dans ce cas le retrait par rapport à l'autre limite latérale ne doit pas être inférieur à 1.5 mètre "
8. Il ressort des pièces du dossier que la maison projetée ne se situe sur aucune limite séparative, la terrasse située en limite séparative " gauche ", qui ne dépasse pas le niveau du sol naturel, n'étant une construction au sens des dispositions précitées du règlement du plan local d'urbanisme et le garage existant, conservé dans le cadre du projet et situé en limite séparative " droite ", n'étant pas une nouvelle construction. Par suite, le maire n'a pas fait une inexacte application de cet article et le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne la méconnaissance de l'article 7 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de Dinan agglomération :
9. Aux termes de cet article, relatif à l'aspect extérieur des constructions et aménagement de leurs abords : " Les constructions doivent s'intégrer à leur environnement. Ainsi, et au titre de l'article R111-27 du code de l'urbanisme : / "Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales () / Les nouvelles constructions devront s'insérer dans le respect des constructions environnantes en s'inscrivant dans la continuité de l'existant ; gabarit (volumétrie) et implantation, en harmonie avec les constructions voisines. () / Ces dispositions ne font pas obstacle à la réalisation de bâtiments principaux ou de volumes secondaires de conception architecturale contemporaine, dès lors qu'ils mettent en valeur les éléments d'intérêt du secteur à caractère patrimonial dans lequel le nouveau bâtiment s'inscrit ". Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel ou urbain de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il appartient au juge d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel ou urbain sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.
10. Pour refuser le projet en litige, le maire de Saint-Jacut-de-la-Mer a estimé que les constructions situées Grande rue, dont la maison existante des requérants, participaient à l'identité et à la qualité de la rue et que le projet de nouvelle construction ne respectait pas le caractère des lieux avoisinants, le parement prévu en pierre de type granit ne pouvant compenser à lui seul la démolition de la maison existante.
11. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le projet en litige comprenait la démolition de l'habitation existante et que, dans le cas où une démolition est nécessaire à la future construction, comme c'est le cas en l'espèce, il appartient à l'administration d'apprécier l'impact, sur le site, non de la seule démolition de la construction existante mais de son remplacement par la construction autorisée. Par suite, le moyen tiré de ce que la commune aurait opéré un détournement de procédure, en appréciant l'intérêt de la maison à démolir sur le caractère des lieux avoisinants, doit être écarté.
12. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que cette partie de la Grande Rue de Saint-Jacut-de-la-Mer est composée quasi exclusivement de constructions d'architecture traditionnelle, particulièrement remarquables, présentant des façades en granit ou enduit de tons clairs et toitures en ardoise donnant au secteur un charme particulier. Ainsi, alors que les maisons d'architecture contemporaine ne sont pas interdites, le choix des couleurs et des matériaux utilisés pour le projet en litige, constitué de bardage bois vertical pré grisé et d'un bardage zinc anthracite, d'une porte d'entrée en aluminium noir volcan ou encore de toitures terrasses, a pu conduire le maire de la commune à considérer, sans erreur d'appréciation, que le projet ne respectait pas le caractère des lieux avoisinants par son aspect extérieur, nonobstant la présence d'un parement pierre type granit qui ne permet pas, à lui seul, de rappeler la connotation particulière du secteur concerné.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions d'annulation de la décision refusant le projet de M. et Mme B et du rejet de leur recours gracieux doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Saint-Jacut-de-la-Mer qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. et Mme B la somme que ceux-ci réclament au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
15. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de la commune de Saint-Jacut-de-la-Mer présentées sur le même fondement.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Saint-Jacut-de-la-Mer présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A et C B et à la commune de Saint-Jacut-de-la-Mer.
Délibéré après l'audience du 5 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Tronel, président,
M. Terras, premier conseiller,
Mme Le Berre, conseillère
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 novembre 2024.
Le rapporteur,
Signé
F. Terras
Le Président,
Signé
N. Tronel
La greffière,
Signé
E. Douillard
La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026