lundi 5 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2203808 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | OQTF 6 sem |
| Avocat requérant | TUYAA BOUSTUGUE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 juillet 2022, M. A C, alors placé en rétention administrative à Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine), demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 juillet 2022 par lequel le préfet de la Mayenne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans lui accorder de délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit de revenir en France pendant deux ans.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'une insuffisance de motivation et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, au motif qu'il est en France depuis 2016 et qu'il entretient une relation amoureuse avec une ressortissante congolaise ;
- il est entaché d'une erreur manifeste au regard des articles L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 33 de la convention de Genève ;
Par ordonnance du 26 juillet 2022, reçue au greffe du tribunal le même jour, le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Rennes a mis fin à la rétention administrative de M. C.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 août 2022, le préfet de la Mayenne conclut au rejet de la requête et à la condamnation de M. C à une amende pour recours abusif.
Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la convention de Genève ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Descombes, vice-président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les observations de Me Tuyaa Boustugue, représentant M. C, assisté d'une interprète en portugais, qui soutient en outre que les troubles psychiatriques dont le requérant souffre trouvent leur origine dans les événements traumatisants qu'il a vécus dans son pays d'origine et que, pour cette raison, il ne peut pas bénéficier d'un traitement approprié en Angola.
Le préfet de la Mayenne n'était pas représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
1. M. C, ressortissant angolais né en 1986, déclare être entré régulièrement en France en novembre 2016 muni d'un visa court séjour, sans toutefois en justifier. Le 5 décembre 2016, il a demandé son admission au statut de réfugié. Sa demande, traitée en procédure accélérée, a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), le 28 août 2017. Sa demande de réexamen de sa demande d'asile a été rejetée comme irrecevable par l'OFPRA le 14 mars 2019. Le préfet de la Sarthe a pris à son encontre un arrêté du 30 octobre 2017 lui faisant obligation de quitter le territoire, dont la légalité a été admise par un jugement du 15 décembre 2017. M. C s'est toutefois maintenu sur le territoire et a sollicité du préfet de la Sarthe, le 20 février 2019, un titre de séjour en raison de son état de santé. Par un arrêté du 19 juillet 2019, le préfet de la Sarthe a rejeté cette demande et a assorti sa décision d'une obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il sera susceptible d'être éloigné d'office à l'expiration de ce délai. Cet arrêté a été confirmé par le tribunal administratif de Nantes par jugement du 22 septembre 2021. Il a été interpellé le 22 juillet 2022 par des fonctionnaires de police, pour vérification du droit au séjour. Il a alors fait l'objet, le 23 juillet 2022 d'un arrêté du préfet de la Mayenne l'obligeant à quitter le territoire français sans délai en direction du pays dont il a la nationalité, assorti d'une interdiction de retour d'une durée de deux ans. C'est l'arrêté attaqué. Placé en rétention le même jour, il a été mis fin à cette mesure par ordonnance du juge des libertés et de la détention en date du 26 juillet 2022.
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué précise les considérations de droit et de fait au vu desquelles il a été pris et répond ainsi suffisamment aux exigences de motivation énoncées par les dispositions des articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Il mentionne que l'intéressé déclare vivre en concubinage avec une ressortissante étrangère en situation régulière depuis un an, sans être en capacité de prouver l'effectivité de la communauté de vie, qu'il n'est pas dans l'impossibilité de poursuivre sa vie dans son pays d'origine, où il a vécu la majeure partie de sa vie jusqu'à l'âge de 30 ans et où y réside, a minima et selon ses déclarations, son fils, qu'il n'a pas mis à exécution les deux précédentes mesures l'obligeant à quitter le territoire dans un délai de 30 jours édictées à son encontre le 30 octobre 2017 et le 19 juillet 2019, qu'il a été débouté de sa demande d'asile et qu'il n'établit pas être exposé à une menace personnelle en cas de retour en Angola, que " lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative [peut assortir] () la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur territoire français ", que " l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ", que s'il déclare être entré en France en novembre 2016, la durée de son séjour en France n'est due qu'aux manœuvres dilatoires de l'intéressé pour se soustraire à ses obligations de quitter le territoire et compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce, la durée de l'interdiction de retour de deux ans ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au regard de sa vie privée et familiale. Ces considérations sont suffisamment développées pour permettre à M. C de saisir les motifs de l'arrêté litigieux et au juge d'exercer son contrôle en toute connaissance de cause. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaquée doit être écarté comme manquant en fait. Cette motivation révèle, en outre, que contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet a procédé à un examen particulier de sa situation avant de prendre cette décision et n'a pas commis d'erreur de droit à cet égard.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ".
4. La demande d'asile de M. C a ayant été définitivement rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 14 mars 2019, le préfet a pu légalement décider d'obliger le requérant à quitter le territoire français sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les moyens tirés à cet égard d'une méconnaissance de ces dispositions ou d'une erreur d'appréciation doivent donc être écartés.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. M. C déclare vivre en concubinage depuis un an avec une ressortissante étrangère en situation régulière. Toutefois, alors que cette relation est en tout état de cause très récente, il ne fait pas état d'une intégration particulière sur le territoire national, s'y étant maintenu irrégulièrement malgré deux obligations de quitter le territoire français édictées à son encontre en 2017 et 2019 et n'établit pas être dans l'impossibilité de poursuivre sa vie dans son pays d'origine, où il a vécu la majeure partie de sa vie jusqu'à l'âge de 30 ans et où y réside a minima son fils, selon ses déclarations. Dans ces conditions, la décision attaquée ne peut être regardée comme ayant méconnu le droit au respect de sa vie privée et familiale qu'il tient des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni comme entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
7. En quatrième lieu, M. C soutient à l'audience que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais que son état de stress post-traumatique est en relation directe avec les évènements traumatiques qu'il a vécus et les sévices qu'il a subis dans son pays d'origine si bien qu'il ne saurait être envisagé de prévoir un suivi médical dans ce pays. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et notamment du jugement du tribunal administratif de Nantes n° 2010791 du 22 septembre 2021 que le collège des médecins de l'OFII a, par son avis du 7 juin 2019, estimé que, si l'état de santé du demandeur nécessite une prise en charge médicale, le défaut d'une telle prise en charge ne devrait pas avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il peut voyager sans risque vers son pays d'origine. Par suite, et alors que M. C ne verse aucun document médical susceptible d'infirmer la teneur de cet avis, que le préfet de la Mayenne s'est approprié, il ne peut être regardé comme établissant que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
9. M. C ne produit aucun élément permettant d'établir qu'il serait, comme il le soutient, personnellement et effectivement exposé à des risques de mauvais traitements en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaîtrait les dispositions et stipulations visées au point 8 ainsi que les stipulations de l'article 33 de la convention de Genève doit être écarté.
10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
11. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, le préfet, en prononçant à l'encontre de M. C une interdiction de retour du territoire français pour une durée de deux ans, et bien que sa présence ne représente pas une menace pour l'ordre public, n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Pour les mêmes motifs, il n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de cette décision sur la situation du requérant.
12. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 23 juillet 2022 du préfet de la Mayenne.
Sur la demande du préfet de la Mayenne d'infliger une amende pour recours abusif :
13. La faculté prévue par les dispositions de l'article R. 741-12 du code de justice administrative constituant un pouvoir propre du juge, les conclusions du préfet de la Mayenne tendant à ce que M. C soit condamné à une amende pour recours abusif ne sont, en tout état de cause, pas recevables et doivent donc être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du préfet de la Mayenne présentées sur le fondement de l'article R. 741-12 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Mayenne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 septembre 2022.
Le magistrat désigné,
signé
G. BLa greffière d'audience,
signé
A. Gauthier
La République mande et ordonne au préfet de la Mayenne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026