lundi 18 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2203863 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | VERVENNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 27 juillet 2022 et 25 août 2023, M. A D B, représenté par Me Vervenne, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 février 2022 par lequel le préfet du Finistère lui a refusé le renouvellement d'un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet du Finistère, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou un titre au regard des motifs exceptionnels dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation privée et familiale et de lui délivrer un récépissé valant autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travailler dans un délai de trois jours ;
3°) de mettre à la charge de l'État le paiement au profit de son conseil d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. B soutient que :
- la décision lui refusant le renouvellement d'un titre de séjour est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle a été prise sur proposition du secrétaire général de la préfecture sans que cette consultation soit prévue par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cette décision n'est pas suffisamment motivée en droit ;
- la décision est entachée d'un vice de procédure tenant à l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;
- elle méconnaît l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en portant une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale ;
- elle méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mai 2023, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par une décision du 23 juin 2022, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (55 %).
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Etienvre a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant dominicain né le 11 avril 1984, est arrivé en France le 25 septembre 2016 sous couvert d'un visa Schengen " vie privée et familiale ", valable du 12 septembre 2016 au 12 septembre 2017. Le requérant s'est marié avec Mme C, de nationalité française le 7 octobre 2014 à Saint-Domingue. De cette union sont nés deux enfants de nationalité française, Maeva B Affaire, née le 30 octobre 2014 à Saint-Domingue et Hannah B Affaire, née le 28 novembre 2015 à Saint-Domingue. M. B a bénéficié d'un titre de séjour " vie privée et familiale " avec autorisation de travail, valable du 13 septembre 2017 au 12 septembre 2019, ce titre ayant été renouvelé jusqu'au 5 septembre 2021. Le 10 septembre 2021, M. B a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Le 8 février 2022, le préfet du Finistère a refusé de renouveler la carte de séjour pluriannuelle en tant que parent d'enfant français de M. B au motif que celui-ci ne justifiait pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses deux filles de nationalité française, le requérant étant séparé de la mère de ces dernières depuis juillet 2018, et au motif qu'il représentait une menace pour l'ordre public.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, la circonstance que la décision attaquée aurait été prise sur proposition du secrétaire général de la préfecture ne méconnaît aucun texte ou principe. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet se soit senti lié par cette proposition et aurait méconnu l'étendue de sa compétence.
3. En deuxième lieu, la décision attaquée mentionne l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet du Finistère s'est fondé pour rejeter la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par M. B. Par suite, le moyen tiré de l'absence ou de l'insuffisance de motivation en droit de la décision refusant à M. B un titre de séjour doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 3° Lorsqu'elle envisage de retirer le titre de séjour dans le cas prévu à l'article L. 423-19 ; / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1. ".
5. Le préfet n'est tenu de saisir la commission que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues par ces textes auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui s'en prévalent.
6. M. B soutient que le préfet devait saisir la commission du titre de séjour dès lors qu'il remplissait effectivement les conditions de délivrance de la carte de séjour temporaire prévue à l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en tant que père de deux enfants français.
7. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".
8. Pour justifier qu'il contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses deux filles, M. B évoque une ordonnance de non-conciliation entre les époux du tribunal de grande instance de Lorient en date du 16 octobre 2018 lui attribuant un droit de visite et fixant une pension alimentaire du père de 260 euros par mois pour les enfants ainsi qu'un jugement du 24 septembre 2021 rendu par le tribunal judiciaire de Lorient qui maintient la contribution financière du requérant à l'entretien et à l'éducation des enfants à hauteur de 130 euros par mois et par enfant, soit 260 euros au total. Le requérant produit également une attestation établie par Mme C, la mère de ses filles, en date du 27 décembre 2021.
9. Toutefois, ces éléments sont insuffisants pour établir que M. B a contribué effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses deux filles, l'attestation produite n'évoquant par ailleurs qu'une contribution financière du requérant. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'il remplissait les conditions pour obtenir le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, par conséquence, à soutenir que la décision attaquée est irrégulière en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour.
10. En quatrième lieu, M. B n'est pas fondé, pour les mêmes motifs, à soutenir que c'est à tort que le préfet a refusé de lui délivrer une carte de séjour temporaire en tant que parent d'enfant français.
11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
12. La décision attaquée n'a ni pour objet ni pour effet de séparer M. B de ses enfants, le préfet ayant uniquement statué sur son droit au séjour, au regard des dispositions des articles L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour et des circonstances de fait en cours à la date de sa décision. Si le requérant soutient entretenir une relation proche avec sa fille et participer à son entretien et à son éducation, les différents éléments qu'il produit sont cependant insuffisants pour en justifier. Au regard des éléments de fait relatifs à la vie privée et familiale de M. B mentionnés au point 8, le préfet a pu refuser le renouvellement de son titre de séjour sans porter une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
13. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".
14. Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un refus de séjour, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
15. M. B fait valoir que le préfet du Finistère n'a pas tenu suffisamment compte de l'intérêt supérieur de ses deux filles avant de lui opposer un refus de renouvellement de titre de séjour.
16. Toutefois, au regard de ce qui a été dit précédemment, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en prenant la décision attaquée le préfet du Finistère aurait omis de porter une considération primordiale à l'intérêt supérieur des deux filles de M. B. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Finistère a refusé le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
18. Le présent jugement, qui rejette les conclusions en annulation de la requête de M. B n'appelant aucune mesure d'exécution, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.
Sur l'application des dispositions de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
19. Les dispositions visées ci-dessus font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A B et au préfet du Finistère.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2023 à laquelle siégeaient :
M. Etienvre, président,
M. Terras, premier conseiller,
Mme Le Berre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2023.
Le président-rapporteur,
signé
F. Etienvre
L'assesseur le plus ancien,
signé
F. Terras
La greffière,
signé
E. Douillard
La République mande et ordonne au préfet du Finistère, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2203863
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026