lundi 1 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2203887 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | BALLOUL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 juillet 2022 à 12 h 24, et un mémoire enregistré le 1er août 2022, Mme H F, représentée par Me Balloul, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 26 juillet 2022, par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine lui fait obligation de quitter sans délai le territoire français, fixe le pays de destination et lui fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
3°) d'annuler l'arrêté du 26 juillet 2022, par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a assignée à résidence ;
4°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de procéder à son effacement du fichier SIS dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir ;
5°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 000 euros, à verser à son conseil, en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
* il doit être justifié de la compétence de l'auteur des arrêtés ;
* s'agissant de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :
- il appartient au préfet de justifier que la décision de la Cour nationale du droit d'asile lui a été régulièrement notifiée ;
- elle méconnait les stipulations l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
* s'agissant de la décision lui refusant un délai de départ volontaire :
- le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ;
* s'agissant de la décision lui interdisant le retour pour une durée d'un an :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de délai de départ ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
* s'agissant de la décision l'assignant à résidence :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de délai de départ.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juillet 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Le préfet fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par Mme F n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration, notamment son article L. 211-2 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Moulinier, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D,
- les observations de Me Balloul, représentant Mme F,
- les explications de Mme F, assistée d'une interprète en langue géorgienne.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme H F, ressortissante géorgienne, est arrivée en France en 2018 avec son fils, M. A B, et son conjoint, M. G B. Elle a sollicité le bénéfice de l'asile, le 13 septembre 2018, lequel lui a été refusé par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), par une décision du 25 février 2019, décision confirmé par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 24 mai 2019. Le préfet a adopté à son encontre une première mesure d'éloignement le 7 janvier 2021. Le 26 juillet 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine a pris un arrêté, lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et lui interdisant le retour pour une durée d'un an, ainsi qu'un second arrêté portant assignation à résidence. Mme F demande l'annulation de ces arrêtés.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. Mme F justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
S'agissant du moyen commun dirigé contre toutes les décisions :
3. Mme E C, adjointe au chef de bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière a reçu, par arrêté du 13 mai 2022 du préfet d'Ille-et-Vilaine régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, délégation aux fins de signer le type d'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
S'agissant des moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français :
4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; 6° L'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois a méconnu les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail. Lorsque, dans le cas prévu à l'article L. 431-2, un refus de séjour a été opposé à l'étranger, la décision portant obligation de quitter le territoire français peut être prise sur le fondement du seul 4° ".
5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision du 24 mai 2019 de la CNDA confirmant le rejet de sa demande d'asile a bien été notifiée à l'intéressée le 31 mai 2019. Par suite le moyen tiré du défaut de notification de cette décision doit être écarté comme manquant en fait.
6. En second lieu, la requérante allègue de son entrée en France en 2018, de ses activités de bénévole au sein de l'association Carrefour 18, du fait qu'elle assiste une personne âgée de son entourage, de la parfaite intégration de son fils dans la société française, lequel a obtenu en 2021 un certificat d'aptitude professionnelle " Electricien ". Toutefois, pour louables que soient les résultats scolaires de son fils et son investissement professionnel et les activités bénévoles de l'intéressée, au regard des conditions de séjour de la requérante qui ne doit la durée de sa présence qu'à l'examen de sa demande d'asile, puis à son séjour irrégulier depuis le rejet de celle-ci, sans qu'elle ait tenté avant la décision attaquée de régulariser sa situation, alors qu'elle est divorcée et est entrée en France à l'âge de 41 ans et qu'elle ne démontre pas être dépourvue de toute attache en Géorgie, le préfet en adoptant l'arrêté attaqué n'a pas porté à son droit à une vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis. Pour les mêmes motifs, Mme F n'est pas non plus fondée à soutenir qu'elle serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.
S'agissant du moyen dirigé contre le refus de délai de départ volontaire :
7. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. " Selon l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ".
8. Il ressort des pièces du dossier que Mme F n'a jamais cherché à régulariser sa situation au regard du droit au séjour avant l'édiction de l'arrêté attaqué, ne dispose d'aucune ressource légale, n'a pas remis son passeport aux autorités de police, et a déclaré au cours de son audition du 26 juillet 2022 ne pas vouloir rejoindre son pays d'origine, et s'est soustraite à une précédente mesure d'éloignement. se soustraie à la mesure d'éloignement. Dans ces conditions, Mme F n'est pas fondée à soutenir que le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
S'agissant des moyens dirigés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire :
9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".
10. D'une part, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire serait illégale en conséquence de l'illégalité de la décision lui refusant un délai de départ volontaire sur laquelle elle se fonde doit être écarté.
11. D'autre part, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, le préfet, en prononçant à l'encontre de Mme F une interdiction de retour du territoire français pour une durée d'un an n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite la requérante n'est pas fondée à soutenir que cette décision est disproportionnée ou entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
S'agissant du moyen dirigé contre l'assignation à résidence :
12. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; 2° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction de retour sur le territoire français prise en application des articles L. 612-6, L. 612-7 et L. 612-8 ; 3° L'étranger doit être éloigné pour la mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, en application de l'article L. 615-1 ; 4° L'étranger doit être remis aux autorités d'un autre Etat en application de l'article L. 621-1 ; 5° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction de circulation sur le territoire français prise en application de l'article L. 622-1 ; 6° L'étranger fait l'objet d'une décision d'expulsion ; 7° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une peine d'interdiction judiciaire du territoire prononcée en application du deuxième alinéa de l'article 131-30 du code pénal ; 8° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction administrative du territoire français. L'étranger qui, ayant été assigné à résidence en application du présent article, ou placé en rétention administrative en application des articles L. 741-1 ou L. 741-2, n'a pas déféré à la décision dont il fait l'objet ou, y ayant déféré, est revenu en France alors que cette décision est toujours exécutoire, peut être assigné à résidence sur le fondement du présent article ".
13. Il résulte de ce qui a été exposé aux points précédents que Mme F n'est pas fondée à exciper, au soutien de ses conclusions dirigées contre son assignation à résidence, de l'illégalité de la décision lui refusant un délai de départ volontaire. Le moyen doit être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme F à fin d'annulation des arrêtés du 26 juillet 2022 par lesquels le préfet d'Ille-et-Vilaine, d'une part, l'a obligée à quitter le territoire, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement, et a assorti cette décision d'une interdiction de retour sur le territoire d'un an, d'autre part l'a assignée à résidence doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
15. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme F n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte présentées par la requérante doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme F demande au titre des frais liés au litige.
D É C I D E :
Article 1er : Mme F est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de Mme F est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme H F et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er août 2022.
Le magistrat désigné,
signé
Y. DLa greffière d'audience,
signé
P. Cardenas
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026