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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2203899

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2203899

lundi 1 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2203899
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationEloignement urgent
Avocat requérantGOURLAOUEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 juillet et le 1er août 2022, M. E A D, alors placé en rétention administrative à Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine), représenté par Me Gourlaouen, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 juillet 2022 par lequel le préfet du Finistère lui fait obligation de quitter sans délai le territoire français, fixe le pays de destination et lui fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet du Finistère de réexaminer sa situation dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet du Finistère de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen et ce sous trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que l'arrêté du 27 juillet 2022 :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- elles ont été signées par une autorité incompétente ;

- elles sont entachées d'une insuffisante motivation ;

En ce qui concerne la décision l'obligeant à quitter le territoire :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 142-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ :

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-1 et L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour :

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er août 2022, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- l'ordonnance du 29 juillet 2022 par laquelle le juge des libertés et de la détention a prolongé la rétention de M. A D pour un délai maximum de vingt-huit jours ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration, notamment son article L. 211-2 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bozzi, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bozzi, magistrat désigné,

- les observations de Me Gourlaouen, représentant M. A D, confirmant que son client lui a indiqué être M. A D et indiquant que le fichier FAED ne pouvait en l'espèce être visé dans la décision attaquée dès lors que ce fichier ne peut être utilisé qu'à des fins d'identification, que malgré une précédente condamnation, M. A D ne fait l'objet à ce jour d'aucune poursuite pénale ; que l'intéressé travaille régulièrement dans le domaine agricole lors des récoltes ;

- les observations de M. A D, assisté d'une interprète en arabe, qui explique notamment avoir loué l'appartement qu'il a occupé auprès d'un inconnu auquel il a versé 200 euros sans qu'il puisse justifier d'une quittance.

Le préfet du Finistère n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, de nationalité algérienne serait entré en France selon ses déclarations il y a plus d'une année et demi avant l'arrêté en litige. Le 27 juillet 2022, le préfet du Finistère a pris à l'encontre de M. A D un arrêté lui faisant obligation de quitter sans délai le territoire français à destination de son pays d'origine avec interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans. M. A D demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme B C, attachée principale d'administration, cheffe du service de l'immigration et de l'intégration de la préfecture du Finistère. Celle-ci disposait d'une délégation de signature, accordée par un arrêté du 8 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de l'État dans le département du Finistère le 11 mars 2022, à l'effet de signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'accorder un délai de départ volontaire, fixation du pays de destination, interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence des étrangers faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions contestées doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté en litige, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle de M. A D, précise les considérations de droit et de fait déterminantes au vu desquelles il a été pris, notamment la situation administrative et familiale du requérant ainsi que ses antécédents judiciaires. Ces éléments répondent ainsi suffisamment aux exigences de motivation énoncées par les dispositions des articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. En outre, la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire comme celle portant interdiction de retour en France font l'objet d'une motivation spécifique et suffisante. Par suite, ce moyen doit être écarté.

4. En troisième lieu, l'article L. 142-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " En vue de l'identification d'un étranger qui n'a pas justifié des pièces ou documents mentionnés à l'article L. 812-1 ou qui n'a pas présenté à l'autorité administrative compétente les documents de voyage permettant l'exécution d'une décision de refus d'entrée en France, d'une interdiction administrative du territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une mesure de reconduite à la frontière, d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français ou d'une peine d'interdiction du territoire français ou qui, à défaut de ceux-ci, n'a pas communiqué les renseignements permettant cette exécution, les données des traitements automatisés des empreintes digitales mis en œuvre par le ministère de l'intérieur peuvent être consultées par les agents expressément habilités des services de ce ministère dans les conditions prévues par le règlement (UE) 2016/679 du 27 avril 2016 relatif à la protection des personnes physiques à l'égard des traitements des données à caractère personnel et à la libre circulation de ces données et par la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés. "

5. Il ressort des pièces du dossier, et plus particulièrement de l'ordonnance du 29 juillet 2022 du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Rennes que le fichier automatisé des empreintes digitales (FAED) a été consulté par un fonctionnaire dûment habilité et ces résultats transmis aux autorités consulaires par la préfecture du Finistère. Il n'est par ailleurs pas établi que le juge des libertés et de la détention aurait constaté l'irrégularité du placement en rétention de M. A D au motif d'une consultation irrégulière du FAED.

6. La consultation de ce fichier était par ailleurs requise dès lors que l'intéressé ne justifiait pas de son identité, ayant indiqué, lors de son audition par les services de police du commissariat central de Brest, avoir laissé son passeport en Turquie. Les résultats de l'extraction des données issues du fichier nécessaires pour établir l'identité du requérant ont ensuite permis au préfet de connaître la situation administrative de M. A D et de constater que ce dernier avait déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement et d'une interdiction du territoire français prononcée par le tribunal correctionnel de Cherbourg du 10 octobre 2016. Compte tenu des impératifs liés à la reconnaissance de l'identité de la personne préalablement à toute mesure d'éloignement, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Finistère ne pouvait mentionner dans sa décision la consultation du fichier FAED ni même se fonder sur ses résultats pour prendre la décision en litige.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; / 6° L'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois a méconnu les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail. () ". La décision attaquée a été prise sur le fondement du 1° du 5° de cet article.

8. Or, M. A D est défavorablement connu des services de police et des institutions judiciaires pour avoir été condamné par le tribunal correctionnel de Cherbourg le 10 octobre 2016 à une peine d'emprisonnement d'un an et à trois ans d'interdiction du territoire français pour trafic de stupéfiants. Il ressort à cet égard des procès-verbaux d'audition de l'intéressé en date du 27 juillet 2022 que celui-ci n'a pas mentionné auprès des services de police cette précédente condamnation.

9. En outre, l'intéressé a été interpellé le 26 juillet 2022 pour des faits de violation de domicile et a reconnu lors de son audition ne disposer d'aucune quittance de loyer pour l'appartement qu'il occupait et être entré dans ce logement " qui n'était pas fermé ".

10. Le préfet a ainsi pu considérer, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, qu'en raison de la gravité des faits pour lesquels il a été condamné et de la permanence du comportement délictuel dont il a fait preuve récemment, la présence sur le territoire français de M. A D constituait une menace à l'ordre public.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". L'article L. 612-3 du même code précise que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

12. Il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition du 27 juillet 2022 que l'intéressé, qui ne dispose d'aucune document d'identité, a explicitement déclaré ne pas souhaiter retourner en Algérie et que son comportement, ainsi qu'il a été dit, est constitutif d'une menace à l'ordre public. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées comme de l'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de celles-ci doivent être écartés.

13. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de ceux de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

14. L'intéressé, qui ne fait valoir aucune circonstance humanitaire, est célibataire et sans enfant et n'établit pas avoir noué des liens stables et intenses en France en dehors du seul cercle familial constitué par sa tante et ses cousins, alors qu'au demeurant aucune pièce ne justifie qu'il entretiendrait avec eux des relations régulières.

15. Par ailleurs, il ressort de ce qui a été dit aux points 8 à 10 que la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans n'est pas disproportionnée au regard de sa situation personnelle et de son comportement et n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation.

16. Enfin, la circonstance, au demeurant non établie, que M. A D occuperait par intermittence un emploi d'ouvrier agricole est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué du 27 juillet 2022.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête présentée par M. A D, et, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et fondées sur l'application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A D et au préfet du Finistère.

Lu en audience publique le 1er août 2022.

Le magistrat désigné,

signé

Fr. BozziLa greffière,

signé

P. Cardenas

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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