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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2203910

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2203910

mardi 2 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2203910
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement urgent
Avocat requérantPRAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 juillet 2022 à 14 h 21, M. B C, alors placé en rétention administrative à Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine), demande au tribunal, d'annuler l'arrêté du 28 juillet 2022 par lequel le préfet de la Sarthe lui fait obligation de quitter sans délai le territoire français, fixe le pays de destination et lui fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- elles sont entachées d'une insuffisante motivation ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision l'obligeant à quitter le territoire :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 612-1 et L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 août 2022, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- l'ordonnance du 30 juillet 2022 par laquelle le juge des libertés et de la détention a prolongé la rétention de M. C pour un délai maximum de vingt-huit jours ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration, notamment son article L. 211-2 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bozzi, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Praud, avocate commise d'office, représentant M. C, qui expose que l'état de santé du requérant interroge quant à sa gravité et à la possibilité d'une prise en charge dans son pays d'origine et que la durée de l'interdiction de retour de deux ans n'est pas en cohérence avec l'arrêté de placement en rétention mentionnant une interdiction de retour d'une année ;

- les observations de M. C ne sachant qualifier son état de santé.

Le préfet de la Sarthe n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, de nationalité guinéenne serait entré en France selon ses déclarations le 19 août 2018. Le 28 juillet 2022, le préfet de la Sarthe a pris à l'encontre de M. C un arrêté lui faisant obligation de quitter sans délai le territoire français à destination de son pays d'origine avec interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans. M. C demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté en litige, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle de M. C, précise les considérations de droit et de fait déterminantes au vu desquelles il a été pris, notamment la situation administrative et familiale du requérant. Ces éléments répondent ainsi suffisamment aux exigences de motivation énoncées par les dispositions des articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. En outre, la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire comme celle portant interdiction de retour en France font l'objet d'une motivation spécifique et suffisante. Par suite, ce moyen doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ". Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

4. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le 31 août 2018, M. C a sollicité, auprès des services de la préfecture de Maine-et-Loire, la reconnaissance du statut de réfugié. Cette demande a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 13 mai 2019 confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 22 octobre 2020. En outre, si le 4 août 2021, l'intéressé a sollicité son admission au séjour pour raisons médicales, le 28 juin 2022, sa demande a fait l'objet d'un classement sans suite, faute pour M. C d'avoir transmis les documents utiles à l'instruction de sa demande et à la régularisation de sa situation administrative sur le territoire français.

5. D'autre part, M. C est défavorablement connu des services de police. Il a été interpellé une première fois le 6 mars 2021 pour des faits de vol avec violence dans une surface commerciale, puis une seconde fois le 26 juillet 2022 pour des faits de violences volontaires sur une personne chargée d'une mission de service public. Ces faits caractérisent une menace pour l'ordre public, alors même qu'aucune condamnation pénale n'a encore été prononcée à son encontre.

6. En outre, il ressort des pièces du dossier que M. C a produit à l'appui de sa demande de titre de séjour pour raisons médicales une carte d'identité nationale guinéenne dont l'analyse par les services de la police aux frontières en date du 8 février 2022 a révélé qu'il s'agissait d'un document illicite.

7. Par ailleurs, M. C, qui n'a en revanche pas produit à l'appui de sa demande de titre de séjour pour raisons de santé de documents médicaux attestant de la réalité, de la nature et de la gravité de la pathologie dont il se prévaut, n'établit pas qu'un renvoi en Guinée l'exposerait à un risque vital ou d'aggravation irréversible de son état de santé faute de soins possibles ou accessibles pour lui dans son pays d'origine.

8. Le préfet a ainsi pu considérer, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation ni méconnaître les dispositions précitées, que, faute de démarche sérieuse tendant à obtenir un titre de séjour et en raison du comportement délictuel dont il a fait preuve récemment, M. C pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". L'article L. 612-3 du même code précise que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

10. Il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition du 28 juillet 2022 que l'intéressé, qui ne dispose d'aucun document d'identité valable ayant contrefait celui dont il se prévaut et déclarant par ailleurs lors de son audition du 6 mars 2021 avoir " jeté son passeport ", a explicitement déclaré ne pas souhaiter retourner dans son pays d'origine et que son comportement, ainsi qu'il a été dit, est constitutif d'une menace à l'ordre public. En outre, M. C s'est soustrait à l'exécution d'une précédente obligation de quitter le territoire français en date du 26 octobre 2020 et ne s'est par ailleurs pas conformé à l'obligation de pointage prévue dans la mesure d'assignation à résidence du 7 mars 2021.

11. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées comme de l'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de celles-ci doivent être écartés.

12. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

13. M. C ne fait valoir à l'appui de sa requête aucun élément de nature à démontrer que son retour dans son pays d'origine l'exposerait à des risques tangibles, notamment pour sa santé, et que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions précitées.

14. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de ceux de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

15. L'intéressé, qui ne fait valoir aucune circonstance humanitaire, est célibataire et sans enfant et n'établit pas avoir noué des liens stables et intenses en France.

16. Par ailleurs, il ressort de ce qui a été dit aux points 5 et 6 que la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans n'est pas disproportionnée au regard de sa situation personnelle et de son comportement et n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation. En outre, si dans ses visas, l'arrêté de placement en rétention du 28 juillet 2022 mentionne l'arrêté du même jour " assorti d'une interdiction de retour d'un an ", cette erreur de plume, ainsi qu'en atteste au demeurant les motifs de cette même décision de placement qui indique bien une interdiction de retour de deux ans, est sans incidence sur la légalité de la décision en litige.

17. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

18. M. C est entré irrégulièrement en France le 19 août 2018 selon ses propos. L'intéressé, célibataire et sans enfant, n'établit pas qu'il entretiendrait des liens personnels et familiaux intenses en France. La seule circonstance qu'il effectuerait des actions de bénévolat auprès du Secours catholique et du Secours populaire, ce dont il ne justifie pas, n'est pas de nature à démontrer son insertion en France. En outre M. C, qui a quitté son pays d'origine à l'âge de 23 ans, ne démontre pas y être dépourvu de tout lien. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête présentée par M. C.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D C et au préfet de la Sarthe.

Lu en audience publique le 2 août 2022.

Le magistrat désigné,

signé

Fr. ALa greffière d'audience,

signé

P. Cardenas

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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