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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2203944

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2203944

lundi 10 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2203944
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantTUYAA BOUSTUGUE

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une ordonnance du 25 juillet 2022, enregistrée le 27 juillet 2022, le président du tribunal administratif de Nantes a transmis au Tribunal, en application des dispositions combinées des articles R. 312-8 et R. 351-3 du code de justice administrative, la requête enregistrée à son greffe le 3 juin 2022 et présentée par Mme B.

Par cette requête, enregistrée le 27 juillet 2022 sous le numéro 2203944, Mme C B, représentée par Me Tuyaa Boustugue, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 mai 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de trois jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme B soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée des mêmes illégalités et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 23 août et 13 septembre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

II. Par une ordonnance du 3 août 2022, enregistrée le même jour, le président du tribunal administratif de Nantes a transmis au Tribunal, en application des dispositions combinées des articles R. 312-8 et R. 351-3 du code de justice administrative, la requête enregistrée à son greffe le 5 mai 2022 et présentée par Mme B.

Par cette requête et un mémoire, enregistrés les 3 août et 13 septembre 2022 sous le numéro 2204010, Mme C B, représentée par Me Tuyaa Boustugue, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 avril 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de trois jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme B soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- l'arrêté méconnaît l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 23 août et 13 septembre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les observations de Me Tuyaa Boustugue, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées n° 2003944 et n° 2204010 présentées pour Mme B présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. Mme B, ressortissante malgache, est entrée régulièrement en France le 7 octobre 2019 et y a bénéficié, en qualité de jeune fille au pair, d'un titre de séjour renouvelé jusqu'au 1er octobre 2021 dont elle a demandé le renouvellement sur le fondement des études et de la vie privée et familiale. Par arrêté du 20 mai 2022, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Elle a alors présenté un recours gracieux qui a été rejeté le 20 mai 2022. Dans la requête n° 2203944, elle demande l'annulation de cette décision de rejet du recours gracieux. Dans la requête n° 2204010, elle demande l'annulation de l'arrêté du 20 mai 2022 portant obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français :

3. L'arrêté vise ou cite les dispositions des articles L. 422-1, L. 426-22, L. 423-23, L. 611-1 3°, L. 611-3, L. 612-1 et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application et mentionne la situation administrative et personnelle de l'intéressée, notamment l'absence de statut étudiant, d'insertion dans la société française et l'absence de vie commune avec son compagnon. Il comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement même si le préfet ne fait pas état de son mariage récent. Le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation doit donc être écarté.

4. Cette motivation et l'ensemble des considérants de l'arrêté permettent de vérifier que le préfet, qui a pris en compte la situation de l'intéressée au regard de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, a procédé à un examen suffisant de la demande de Mme B même si le préfet, qui a examiné la vie privée de l'intéressée n'a pas mentionné son récent mariage au titre duquel elle n'avait d'ailleurs pas présenté sa demande de titre de séjour.

5. Aux termes de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a présenté sa demande de titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle ne peut donc utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 423-2 du même code pour contester la décision attaquée. Au demeurant, si la vie commune peut être présumée dans le mariage, Mme B qui est mariée seulement depuis le 5 février 2022 et qui ne justifie pas d'une communauté de vie antérieure au mariage, ne justifie pas remplir la condition de vie commune et être dans une situation lui permettant d'obtenir un titre de séjour de plein droit sur le fondement de ces dispositions.

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée récemment en France, et la seule circonstance qu'elle soit à présent mariée à un ressortissant français ne peut être regardée comme une circonstance exceptionnelle caractérisant une erreur manifeste d'appréciation du préfet au regard d'une admission au séjour pour un motif exceptionnel et au regard de sa situation personnelle, l'intéressé pouvant régulariser sa situation en demandant un visa à raison de son mariage au consulat de France à Madagascar.

8. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée récemment en France en tant que jeune fille au pair, situation ne lui donnant pas vocation à s'installer en France. Si elle s'est mariée très récemment avec un ressortissant français, elle n'établit pas l'ancienneté de la vie commune avant son mariage. Elle n'établit pas être dépourvue d'attaches familiales à l'étranger. Dans ces conditions, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs et alors qu'elle n'établit pas ne pas pouvoir retourner dans son pays le temps d'obtenir un visa de long séjour à raison de son mariage lui permettant de régulariser sa situation, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de la décision sur sa situation personnelle doit être écarté, même si elle allègue ne plus pouvoir suivre sa formation auprès du CNED du fait des coupures d'internet dans son pays d'origine.

10. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 20 mai 2022, par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a refusé la délivrance d'un de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière.

Sur les conclusions aux fins d'annulation du rejet de son recours gracieux :

11. Mme B, ainsi qu'il vient d'être dit, n'établissant pas l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du rejetant son recours gracieux contre cette décision.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation des requêtes de Mme B n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par l'intéressée doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par Mme B doivent, dès lors, être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2203944 et n° 2204010 de Mme B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gosselin, président,

Mme Pottier, première conseillère,

M. Desbourdes, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2022.

Le président-rapporteur,

signé

O. A

L'assesseur le plus ancien,

signé

F. PottierLa greffière,

signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2203944, 2204010

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