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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2204123

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2204123

vendredi 23 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2204123
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 sem
Avocat requérantTUYAA BOUSTUGUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 août 2022, Mme B A, représentée par Me Tuyaa Boustugue, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 25 juillet 2022 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine lui fait obligation de quitter dans un délai de trente jours le territoire français et a fixé l'Angola comme pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son avocat de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est insuffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation, s'agissant en particulier de son état de santé ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile eu égard à son état de santé ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 août 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Kolbert, président,

- les observations de Me Tuyaa Boustugue, représentant Mme A, et celles de Mme A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle :

1. Mme A justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Mme A, ressortissante angolaise née en 1967, est entrée en France le 27 juillet 2019, par le Portugal, et a demandé le bénéfice de l'asile dès le 30 juillet suivant. Elle a fait l'objet, le 23 décembre 2019, d'un arrêté de transfert vers le Portugal et par jugement n° 1904684 du 30 décembre 2019, le tribunal administratif de Rennes a rejeté son recours contre cet arrêté lequel n'a toutefois pas pu légalement être mis à exécution, eu égard à l'expiration du délai imparti, ce qu'a confirmé l'ordonnance de non-lieu prise le 14 décembre 2020 par le président de la 4ème chambre de la cour administrative d'appel de Nantes. Sa demande d'asile a donc été reprise en charge par les autorités françaises et par décisions du 31 janvier 2022 et du 30 juin 2022, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) l'ont rejetée. Le préfet d'Ille-et-Vilaine a alors, par arrêté du 25 juillet 2022, pris sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une obligation de quitter le territoire français et a fixé l'Angola comme pays de destination. C'est l'arrêté attaqué.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué précise les considérations de droit et de fait au vu desquelles il a été pris et répond ainsi suffisamment aux exigences de motivation énoncées par les dispositions des articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que Mme A a, conformément aux dispositions de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, été dûment informée, lors de la reprise en France de l'instruction de sa demande d'asile, par un document portant sa signature le 28 septembre 2021, de ce qu'elle disposait d'un délai de deux mois pour déposer une demande de titre de séjour sur un autre fondement, délai porté à trois mois dans l'hypothèse d'une demande motivée par son état de santé. Alors qu'elle s'était déjà vainement prévalue, lors de la contestation de l'arrêté de transfert du 23 décembre 2019, de son état de santé, en particulier d'un syndrome d'hypertension artérielle pour lequel elle suit un traitement, elle n'a, depuis lors, sollicité aucun rendez-vous pour déposer une demande de titre de séjour sur ce fondement et ne se prévaut pas davantage d'une modification, à cet égard, de sa situation depuis sa demande d'asile et dont elle aurait informé le préfet entretemps. Le moyen tiré de l'insuffisance de l'examen particulier de la situation de la requérante et de l'erreur de droit qu'elle révèlerait ne peut, dans ces conditions, qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

5. Mme A ne résidait sur le territoire français que depuis moins de trois ans, à la date de l'arrêté attaqué, à la seule faveur d'ailleurs des procédures successives qu'elle a engagées relatives à son transfert ou à sa demande d'asile. Son époux et ses deux enfants ne sont pas présents en France et en se bornant à se prévaloir de ses efforts d'apprentissage de la langue française et de son engagement dans une activité associative, elle ne démontre pas que la décision par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine lui a fait obligation de quitter le territoire français aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par cette mesure en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, une telle décision ne peut être regardée comme entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

7. Si la requérante produit divers certificats médicaux et des ordonnances relatives à son état de santé et notamment son traitement pour l'hypertension, elle est présente sur le territoire français depuis septembre 2019 et n'a pourtant engagé aucune démarche pour obtenir un titre de séjour en qualité d'étrangère malade. Eu égard au caractère faiblement circonstancié de ces documents, elle ne peut donc être regardée comme établissant que son état de santé serait susceptible, par sa gravité ou la nature des traitements requis, de relever des dispositions précitées du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision attaquée ne peut davantage être regardée, pour le même motif, comme entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire frnaçais.

En ce qui concerne la décision fixant la Angola comme pays de destination :

9. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

10. D'une part, il ne résulte pas des pièces du dossier qu'en fixant l'Angola comme pays de destination de la mesure d'éloignement décidée à l'égard de la requérante, le préfet se serait, s'agissant de l'appréciation de la réalité des risques allégués par cette dernière, estimé lié par les décisions de l'OFPRA et de la CNDA qui a rejeté sa demande d'asile ou aurait insuffisamment apprécié sa situation personnelle au regard des seules stipulations citées ci-dessus.

11. D'autre part, si Mme A soutient qu'elle risque d'être exposée à de mauvais traitements en cas de retour en Angola, elle ne produit aucun élément permettant d'établir la réalité de ses allégations et ne démontre donc pas qu'elle se trouve dans le cas où elle serait fondée à se prévaloir des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision fixant l'Angola comme pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

13. Le présent jugement qui rejette les conclusions aux fins d'annulation n'implique aucune mesure d'exécution et par suite, les conclusions de Mme A tendant à ce que soient adressées diverses injonctions au préfet d'Ille-et-Vilaine doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas partie perdante à l'instance, le versement au conseil de Mme A de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2022.

Le président,

signé

E. KolbertLe greffier,

signé

M.-A.Vernier

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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