vendredi 23 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2204140 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | OQTF 6 sem |
| Avocat requérant | TUYAA BOUSTUGUE |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 août et 9 septembre 2022 sous le n° 2204140, Mme A D, représentée par Me Tuyaa Boustugue, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 8 août 2022 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine lui a fait obligation de quitter dans un délai de trente jours le territoire français à destination de la Géorgie et lui a fait obligation de se présenter deux fois par semaine à la direction zonale de la police aux frontières à Saint-Jacques-de-la Lande ;
3°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;
4°) subsidiairement de suspendre l'exécution de l'arrêté du 8 août 2022 jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;
5°) de mettre à la charge de l'État le versement à son avocat de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas suffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen suffisant de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde de droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- sa situation n'a pas suffisamment été examinée à cet égard, le préfet s'étant estimé lié par l'appréciation portée sur sa demande d'asile ;
- la décision la soumettant à une obligation de pointage est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle fournit des éléments sérieux justifiant la suspension d'exécution de l'arrêté attaqué.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 août 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
II. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 août et 9 septembre 2022, sous le n° 2204141, M. F B, représenté par Me Tuyaa Boustugue, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 8 août 2022 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine lui a fait obligation de quitter dans un délai de trente jours le territoire français à destination de la Géorgie et lui a fait obligation de se présenter deux fois par semaine à la direction zonale de la police aux frontières à Saint-Jacques-de-la Lande ;
3°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;
4°) subsidiairement de suspendre l'exécution de l'arrêté du 8 août 2022 jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;
5°) de mettre à la charge de l'État le versement à son avocat de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas suffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen suffisant de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde de droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- sa situation n'a pas suffisamment été examinée à cet égard, le préfet s'étant estimé lié par l'appréciation portée sur sa demande d'asile ;
- la décision la soumettant à une obligation de pointage est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il fournit des éléments sérieux justifiant la suspension d'exécution de l'arrêté attaqué.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 août 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les observations de Me Tuyaa Boustugue, représentant Mme D, et M. B, et celles de Mme D et de M. B, assistés d'une interprète, qui soutiennent également que leur situation aurait dû donner lieu à un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes des époux E sont dirigées contre des arrêtés identiques pris simultanément à l'égard des membres d'un même couple et elles présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Les époux E justifiant avoir introduit des demandes devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. Les époux E, nés respectivement en 1952 et en 1958, et ressortissants de Géorgie, qui constitue un pays d'origine sûr, sont entrés en France le 30 mars 2022 et leurs demandes d'asile, déposées le 3 mai 2022, ont été rejetées par décisions du 8 juillet 2022 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Alors qu'ils ont contesté ces décisions devant la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le préfet d'Ille-et-Vilaine a, par deux arrêtés du 8 août 2022, notifiés le 10 août suivant, décidé, sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de les obliger à quitter le territoire français dans les trente jours, a fixé la Géorgie comme pays de destination de mesures d'éloignement forcé et a défini des mesures de contrôle auprès de la police aux frontières. Ce sont les arrêtés attaqués.
4. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ". Aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ".
5. Il ressort des pièces des dossiers et notamment des documents médicaux produits par les requérants que Mme D, séropositive au VIH, est également atteinte d'une insuffisance rénale ainsi que d'une tuberculose d'ailleurs diagnostiquée durant sa période d'hospitalisation du 4 au 11 août 2022. Les certificats médicaux présentés établissent la gravité de ces affections et la nécessité de suivre un traitement médical au long cours et sont donc de nature à étayer l'existence d'un état de santé susceptible, par sa gravité ou la nature des traitements requis, de relever des dispositions précitées du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet d'Ille-et-Vilaine ne pouvait, dans ces conditions, prendre à l'égard de Mme D une décision l'obligeant à quitter le territoire français sans avoir recueilli l'avis requis par les dispositions précitées de l'article R. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cette formalité étant constitutive d'une garantie au bénéfice de l'intéressée.
6. Il résulte de ce qui précède que Mme D est fondée à demander l'annulation, en toutes ses dispositions, de l'arrêté du 8 août 2022 l'obligeant à quitter le territoire français. M. B est, en outre, fondé à soutenir, sur le fondement des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, que l'arrêté l'obligeant à quitter le territoire français séparément de son épouse, méconnaît, dans cette mesure, son droit au respect de sa vie privée et familiale et qu'il encourt également l'annulation.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
7. L'exécution du présent jugement implique seulement, eu égard à ses motifs, le réexamen de la situation de Mme D et, le moment venu, le réexamen de celle de M. B. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine d'y procéder dans un délai de trois mois à compter de sa notification, en munissant les requérants, dans cette attente, d'autorisations provisoires de séjour.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
8. Eu égard à l'annulation des arrêtés attaqués, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions, présentées d'ailleurs à titre subsidiaire, tendant à la suspension de leur exécution.
Sur les frais liés au litige :
9. L'État étant partie perdante aux instances, il y a lieu de mettre à sa charge, le versement à Me Tuyaa Boustugue d'une somme de 1 000 euros au titre de l'instance n° 2204140 et d'une somme de 700 euros au titre de l'instance n° 2204141 sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et 92 du décret du 29 décembre 2020, sous la double réserve que soit accordée, à titre définitif, l'aide juridictionnelle aux requérants et que leur avocat renonce au bénéfice de la part contributive de l'État à l'exercice de cette mission.
D É C I D E :
Article 1er : Les époux E sont admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Les arrêtés du préfet d'Ille-et-Vilaine du 8 août 2022 sont annulés.
Article 3 : Il est enjoint au préfet d'Ille-et-Vilaine de réexaminer la situation de Mme D et de M. B dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de leur délivrer, dans l'intervalle, des autorisations provisoires de séjour.
Article 4 : L'État versera à Me Tuyaa Boustugue une somme de 1 000 euros au titre de l'instance n° 2204140 et une somme de 700 euros au titre de l'instance n° 2204141 sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et 92 du décret du 29 décembre 2020, sous la double réserve que soit accordée, à titre définitif, l'aide juridictionnelle aux requérants et que leur avocat renonce au bénéfice de la part contributive de l'État à l'exercice de cette mission.
Article 5 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins de suspension.
Article 6 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, à M. F B, à Me Tuyaa Boustugue et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2022.
Le président,
signé
E. CLe greffier
signé
M.-A.Vernier
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2204140, 2204141
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026