mardi 16 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2204143 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | CIMADE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 août 2022 à 17h06, M. F C, alors placé en rétention administrative à Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine), demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 9 août 2022 par lequel le préfet du Calvados l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué comporte la mention selon laquelle il lui a été notifié le 22 août 2022 alors que cette date n'est pas encore passée ; cette erreur dans la notification de la décision porte atteinte à ses droits ;
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français porte atteinte au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît également les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- étant père d'un enfant français, il fait partie des catégories protégées d'une mesure d'éloignement ;
- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 août 2022, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu :
- l'ordonnance du 12 août 2022 par laquelle le juge des libertés et de la détention a prolongé la rétention de M. C pour un délai maximum de vingt-huit jours ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Tourre, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- et les observations de Me Douard, avocat commis d'office, représentant M. C, assisté d'un interprète en langue arabe, qui développe les moyens soulevés dans la requête en indiquant que :
* l'intéressé est présent en France depuis plus de dix ans, son interpellation en 2011 démontrant sa présence en France à cette période ;
* il justifie contribuer à l'entretien et à l'éducation de sa fille, qu'il voit très régulièrement et pour laquelle il bénéficie de l'autorité parentale ; si depuis leur séparation en 2021, il n'a plus de lien avec sa mère d'où l'absence de visite pendant sa détention, il veut faire perdurer son lien avec sa fille ;
* il vit depuis juillet 2021 avec une nouvelle compagne ;
* son avocat devait déposer une demande de titre de séjour ;
* la décision lui refusant un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que sa présence en France ne constitue pas une menace à l'ordre public : les faits pour lesquels il a été condamné sont anciens, d'une gravité relative et il n'a pas fait l'objet de signalement ni de condamnation depuis 2018 ; les faits de faux pour lesquels il a été écroué sous le régime de la détention provisoire ne sont pas avérés dès lors que son ex-compagne aurait indiqué qu'il a fait une fausse reconnaissance en vue d'obtenir un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français or il n'a pas déposé de demande de titre de séjour.
Le préfet du Calvados n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant tunisien, se disant né en 1995, déclare être entré en France en 2010 sans justifier d'une entrée régulière. Il a fait l'objet à cinq reprises d'arrêtés portant obligation de quitter le territoire français les 6 avril 2014, 3 octobre 2015, 17 janvier 2017, 13 février 2018 et 29 avril 2020. Le 9 août 2022, alors que M. C était écroué à la maison d'arrêt de Caen depuis le 22 juin 2022 sous le régime de la détention provisoire pour des faits de faux, l'audience de jugement de l'intéressé a été renvoyée sans maintien en détention et son incarcération a pris fin. Par arrêté du 9 août 2022, dont M. C demande l'annulation, le préfet du Calvados l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a également interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par arrêté du même jour, M. C a été placé en rétention administrative à Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine).
2. En premier lieu, les décisions en litige visent les textes dont il est fait application et comportent les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, les conditions de notification d'une décision administrative sont sans incidence sur sa légalité. Dès lors, la mention incorrecte portée sur l'arrêté attaqué d'une date de notification le 22 août au lieu du 9 août 2022 est sans incidence sur la légalité de l'arrêté contesté.
4. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales aux termes desquelles : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. M. C se prévaut de son arrivée en France à l'âge de 13 ans, de la présence sur le territoire de sa fille française ainsi que de toute sa famille et de sa relation stable avec une ressortissante française. Le requérant, qui déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français en 2010, ne justifie cependant pas d'une présence constante en France et s'y est maintenu malgré cinq mesures d'éloignement. Par ailleurs, M. C a déclaré lors de l'audience ne plus avoir de lien avec son enfant française, née le 15 décembre 2016 à Caen de sa relation avec Mme A, depuis qu'il s'est séparé en 2021 de sa mère. Il souhaite toutefois faire perdurer ce lien avec sa fille et verse au dossier cinq photographies portant les mentions manuscrites 2016, 2020 et début 2021 sur lesquelles il est représenté avec sa fille à trois occasions différentes, ainsi que des factures d'achat de vêtements pour enfant ou de peluches mentionnant son nom et datées des 19 novembre 2018, 8 janvier 2020, 8 janvier et 6 février 2021. Les différents documents produits ne sont toutefois pas suffisants pour démontrer l'existence d'une contribution effective de M. C à l'entretien et à l'éducation de sa fille depuis sa naissance ou depuis au moins deux ans. Si l'intéressé se prévaut également d'une relation amoureuse avec une ressortissante française, Mme E, avec laquelle il envisage de se marier, M. C n'établit pas la réalité et la stabilité de cette relation en se bornant à produire une attestation de l'intéressée datée du 11 août 2022 indiquant qu'elle l'héberge à son domicile à titre gratuit et qu'ils vivent en concubinage depuis le 1er juillet 2021. En outre, si M. C se prévaut de la présence en France de ses trois frères et de ses parents, il n'établit pas qu'ils seraient en situation régulière. De surcroît, il ressort des pièces du dossier que M. C n'a reçu aucune visite, n'a envoyé et reçu aucun mandat, appel et courrier au cours de son incarcération à la maison d'arrêt de Caen du 22 juin au 9 août 2022. Enfin, le requérant a fait l'objet de condamnations le 29 janvier 2015 pour des faits d'usage illicite de stupéfiants, le 24 juillet 2017 pour des faits de refus par le conducteur d'un véhicule d'obtempérer à une sommation de s'arrêter, le 21 décembre 2017 à quatre mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours et dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui, le 23 février 2018 à deux mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits d'acquisition, détention, usage et transport de stupéfiants et le 1er avril 2018 pour des faits de rébellion en récidive. Enfin, il est écroué depuis le 22 juin 2022 sous le régime de la détention provisoire pour des faits de faux. Dans ces conditions, en dépit notamment de la durée de sa présence en France et de la présence de son enfant, le préfet du Calvados n'a pas, en obligeant M. C à quitter le territoire français, porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis, ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
6. En quatrième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
7. Ainsi qu'il a été dit précédemment, M. C n'établit pas entretenir des relations avec sa fille, ni contribuer à son entretien et à son éducation depuis sa naissance ou depuis au moins deux ans. Il en résulte que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
8. En cinquième lieu, aux termes du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : () L'étranger ne vivant pas en état de polygamie qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ".
9. Dès lors que, comme exposé au point 5, l'intéressé n'établit pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de sa fille depuis sa naissance ou depuis au moins deux ans, il n'est pas fondé à soutenir qu'il fait partie des catégories protégées d'une mesure d'éloignement.
10. En sixième lieu, si M. C allègue que son avocat devait déposer une demande de titre de séjour, cette circonstance, à la supposer établie, est sans incidence sur la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour.
11. En septième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité (), qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".
12. Si M. C conteste le motif tenant à la menace pour l'ordre public, il ne justifie pas, en tout état de cause, d'une entrée régulière en France, d'une demande de délivrance d'un titre de séjour et de garanties de représentation. En outre, il s'est soustrait à l'exécution de cinq précédentes obligations de quitter le territoire et a explicitement déclaré ne pas souhaiter retourner dans son pays d'origine. Ainsi, les autres motifs prévus au 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et aux 1°, 4°, 5° et 8° de l'article L. 612-3 du même code, sur lesquels le préfet du Calvados a également fondé sa décision, sont fondés. Par conséquent, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.
13. En dernier lieu, en se bornant à soutenir, sans autres précisions, que les décisions attaquées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation, M. C ne permet pas au tribunal d'apprécier le bien-fondé de ce moyen.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D et au préfet du Calvados.
Lu en audience publique le 16 août 2022.
La magistrate désignée,
signé
L. B La greffière d'audience,
signé
P. Cardenas
La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026