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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2204164

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2204164

jeudi 1 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2204164
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LE ROY GOURVENNEC PRIEUR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 12 et 29 août 2022, le préfet du Finistère défère au juge des référés :

1°) l'arrêté du 2 mars 2022 par lequel le maire de la commune de Plobannalec-Lesconil a accordé un permis de construire et de démolir sur les parcelles ZE 341, 338 et 339 au profit de M. D ;

2°) la lettre du 21 juin 2022 portant rejet de son recours gracieux.

Le préfet du Finistère fait valoir que :

- les parcelles sont classées en zone 1AUHc du règlement du plan local d'urbanisme qui correspond à un " secteur à vocation habitat aéré, organisation en ordre discontinu " et en zonage de gestion économe de l'espace (articles L. 110 et L. 121-10 du code de l'urbanisme) ;

- le projet autorisé s'inscrit hors des agglomérations et villages existants et dans un secteur non répertorié par le schéma de cohérence territoriale (SCoT) d'ouest Cornouailles comme village au sens de la loi Littoral. L'article L. 121-8 du code de l'urbanisme est méconnu.

Par un mémoire en intervention, enregistré le 29 aout 2022, M. C D et Mme A D, représentés par la Selarl MRV, concluent au rejet de la requête et à la condamnation de l'État à leur verser la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761 du code de justice administrative.

Ils font valoir une absence de doute sérieux sur la légalité de cet arrêté en ce que le projet est un simple agrandissement d'une construction dans la mesure où le terrain d'assiette du projet supporte déjà une construction : un chalet d'une surface de plancher de 37 m², faisant l'objet d'un système d'assainissement individuel validé et soumis au paiement de la taxe d'habitation. Il ne crée aucune extension de l'urbanisation. À tout le moins, cette construction s'inscrit en continuité avec l'agglomération de la commune, dans son prolongement.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 29 aout 2022, la commune de Plobannalec-Lesconil, représentée par la Selarl Le Roy, Gourvennec, Prieur, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de l'État à lui verser la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que le terrain d'assiette du projet est en continuité d'une agglomération au sens de la Littoral. Il supporte déjà une construction et s'inscrit dans le périmètre bâti de l'agglomération

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 10 août 2022 sous le n° 2204131 par laquelle le préfet du Finistère demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique Mme B a lu son rapport et entendu :

- Me Guil pour la commune de Plobalannec-Lesconil qui expose qu'il ne fait pas de doute que ce projet en secteur d'urbanisation diffuse s'inscrit en continuité avec le cœur de l'agglomération de Plobalannec. Le ScoT Ouest Cornouailles autorise l'extension de cette agglomération.

- Me Douérin pour M. et Mme D qui fait valoir qu'une construction existe déjà sur ce terrain par un chalet posé sur une chape avec un système d'assainissement. M. D s'acquitte d'une taxe d'habitation. L'urbanisation de la zone est aérée mais ininterrompue.

Le préfet du Finistère n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 2 mars 2022, le maire de la commune de Plobannalec-Lesconil a accordé à M. D un permis de construire une maison d'habitation et de démolir un mobil-home avec prescriptions sur les parcelles ZE 341, 338 et 339. Le 26 avril 2022, le préfet a exercé un recours gracieux contre cet arrêté, recours rejeté par lettre du maire du 21 juin 2022 de rejet de son recours gracieux. En application des dispositions du 3e alinéa de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, le préfet du Finistère défère au tribunal administratif ces actes qu'il estime contraires à la légalité.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

En ce qui concerne l'urgence :

2. En premier lieu, en application de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est présumée satisfaite lors d'une requête en référé suspension dirigée contre une décision de non-opposition à déclaration préalable ou contre un permis de construire, d'aménager ou de démolir. Il en est de même dans le cadre du contrôle de légalité du préfet de l'article R.*600-1 du code de l'urbanisme et de 3e alinéa de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales. Dans ces conditions, le critère de l'urgence est rempli sans que le préfet ait à en justifier.

En ce qui concerne le doute sérieux sur un moyen :

3. Aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants. / Dans les secteurs déjà urbanisés autres que les agglomérations et villages identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme, des constructions et installations peuvent être autorisées, en dehors de la bande littorale de cent mètres, des espaces proches du rivage et des rives des plans d'eau mentionnés à l'article L. 121-13, à des fins exclusives d'amélioration de l'offre de logement ou d'hébergement et d'implantation de services publics, lorsque ces constructions et installations n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre bâti existant ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti. Ces secteurs déjà urbanisés se distinguent des espaces d'urbanisation diffuse par, entre autres, la densité de l'urbanisation, sa continuité, sa structuration par des voies de circulation et des réseaux d'accès aux services publics de distribution d'eau potable, d'électricité, d'assainissement et de collecte de déchets, ou la présence d'équipements ou de lieux collectifs. () ". Ces dispositions s'inscrivent dans le titre II : Règles spécifiques à certaines parties du territoire du livre 1er, chapitre Ier Aménagement et protection du littoral.

4. Le SCoT de l'ouest Cornouailles dans son document d'orientation et d'objectifs précise sous la notion d'" extension de l'urbanisation " qu' " une extension mesurée d'une construction existante, ne modifiant pas ses proportions générales ne constitue pas une extension de l'urbanisation ". Il identifie le bourg de Plobalannec comme une agglomération.

5. Le règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Plobalannec-Lesconil précise que " La zone AU est constituée par les parties du territoire de la commune équipées ou non, destinées à être aménagées à plus ou moins long terme. Elle correspond à un ou des ensembles de parcelles ne disposant pas des équipements généraux suffisants ". Il prescrit que les zones 1AU " sont opérationnelles immédiatement car disposent en périphérie immédiate de voies publiques, des réseaux d'eau, d'électricité et le cas échéant d'assainissement, le tout d'une capacité suffisante pour desservir les constructions à implanter dans l'ensemble de cette zone. Les constructions y sont autorisées soit lors de la réalisation d'une opération d'aménagement d'ensemble, soit au fur et à mesure de la réalisation des équipements internes à la zone prévus par le projet d'aménagement et de développement durable (PADD) et/ ou les Orientations d'Aménagement (voir les principes d'aménagement pour les secteurs 1AUhc de GORREQUER, 1AUhc de FORESTOU, 1AUhd de KERLOC'H, et 1AUhc de KERLOUARNGUERVEUR). ". Enfin il indique que : " La zone 1AU d'urbanisation à court ou moyen terme est opérationnelle immédiatement ; elle est divisée en 6 secteurs () - 1AUhc : secteur à vocation d'habitat aéré, organisation en ordre discontinu () ".

6. Il résulte de l'instruction d'une part que les parcelles qui forment le terrain d'assiette du projet sont classées dans la zone 1AUhc Forestou séparée de l'agglomération que constitue le bourg de Plobalannec par une autre zone 1AUhc qui comporte juste au nord du bourg un îlot non construit. Il ne s'inscrit pas en continuité de l'agglomération. D'autre part, il s'avère que le projet de M. D, autorisé par la décision du maire dont la suspension est demandée, consiste en la démolition d'un habitat léger de loisir de 37 m² et la construction d'une maison d'habitation de 86 m², à un emplacement ,qui plus est, différent sur l'ensemble parcellaire. Ce projet ne correspond donc pas à une extension mesurée d'une construction existante au sens du SCoT de l'ouest Cornouailles. Dès lors le moyen tiré de ce que l'arrêté du 2 mars 2022 autorise une extension de l'urbanisation et méconnait l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Il y a dès lors lieu de suspendre l'exécution de l'arrêté attaqué jusqu'à ce qu'une formation collégiale statue au fond sur sa légalité.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Considérant qu'il résulte des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, que le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée, et peut, même d'office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.

8. Considérant que ces dispositions font obstacle aux conclusions de la commune de Plobannalec-Lesconil et de M. et Mme D contre l'État.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 2 mars 2022 lequel le maire de la commune de Plobannalec-Lesconil a accordé un permis de construire et de démolir sur les parcelles ZE 341, 338 et 339 au profit de M. D, est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa légalité par une formation collégiale.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Plobannalec-Lesconil et de M. et Mme D sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au préfet du Finistère, à la commune de Plobannalec-Lesconil et à M. C D et Mme A D.

Fait à Rennes, le 1er septembre 2022.

Le juge des référés,

signé

M. BLe greffier,

signé

M.-A. Vernier

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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