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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2204224

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2204224

jeudi 17 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2204224
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantJEANNETEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 août 2022, Mme F B, représentée par Me Jeanneteau, avocate, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 juillet 2022 par lequel le préfet du Finistère lui refuse la délivrance d'un titre de séjour, l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet du Finistère de lui délivrer un titre de séjour " étudiant " dans le délai d'un mois, ou, à défaut, de réexaminer sa demande de titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État le paiement au profit de son conseil d'une somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- s'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'erreurs de droit et d'appréciation en ce qu'elle se fonde sur des motifs insusceptibles de la justifier sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- à titre subsidiaire, elle a été signée par une autorité dont il n'est pas établi qu'elle disposait d'une délégation de signature ;

- s'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

- la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour étant illégale, les décisions l'obligeant à quitter le territoire et fixant le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office se trouve en conséquence privée de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 août 2022, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par Mme E B n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les observations de Me Gourlaouen, substituant Me Jeanneteau, représentant

Mme E B, présente à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E B, ressortissante comorienne né en 1994, est entrée régulièrement en France métropolitaine le 4 octobre 2014 sous couvert d'un visa D portant la mention " étudiant ", valable du 9 septembre 2013 au 9 septembre 2014. A l'échéance de ce visa, un titre de séjour portant la mention " étudiant " lui a été délivré et a été régulièrement renouvelé jusqu'au 10 novembre 2021. Le 7 mai 2022, elle a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour. Par la présente requête, elle demande l'annulation de l'arrêté du 18 juillet 2022 par lequel le préfet du Finistère rejette cette demande, l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays de destination.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Mme E B justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, le préfet du Finistère a donné, par arrêté du 23 juin 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs le même jour, délégation à M. C D, sous-préfet, directeur de cabinet par intérim du préfet du Finistère, à l'effet de signer notamment les décisions de refus de délivrance d'un titre de séjour et les décisions portant obligation de quitter le territoire français pendant l'exercice de la permanence du corps préfectoral. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit donc être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant, d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies, et, en cas de changement d'orientation, d'apprécier la cohérence de ce changement, en s'appuyant sur les éléments fournis par l'intéressé. Il lui appartient également de rechercher à partir de l'ensemble du dossier, si l'intéressé dispose, à la date à laquelle elle statue, des moyens d'existence suffisants lui permettant de vivre et d'étudier en France compte tenu de tous les avantages dont l'étudiant peut bénéficier par ailleurs.

5. D'une part, il ressort de la motivation de la décision attaquée que, pour refuser à Mme E B le titre de séjour que celle-ci sollicitait en qualité d'étudiante, le préfet du Finistère a examiné son droit au séjour au regard des critères du sérieux des études qu'elle poursuivait en France et du caractère suffisant des ressources dont elle justifiait pouvoir disposer, conformément, donc, aux dispositions rappelées ci-dessus. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit donc être écarté.

6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que Mme E B, arrivée en France en 2014, a suivi à l'université de Bretagne occidentale (UBO), à Brest, des études de chimie qui lui ont permis, à l'issue de l'année universitaire 2019-2020, d'obtenir un diplôme de Master 2 dans la spécialité " Chimie et Interfaces avec le vivant ", avec la mention assez bien. A l'issue de ce troisième cycle universitaire, en 2020-2021, elle s'est inscrite dans une action de formation de 66 heures " Anglais annuel matin - Niveau A2 ", organisée sur

28 demi-journées par la chambre de commerce et d'industrie de Bretagne ouest, puis elle s'est réinscrite pour l'année universitaire suivante 2021-2022 à l'UBO en première année de licence de droit. Son parcours d'études supérieures a donc connu une interruption en 2020-2021, circonstance dont le préfet a pu tenir compte, et, surtout, une réorientation dans le cadre d'une reprise d'études en droit, discipline complètement différente de la chimie, en licence 1, constituant la première année du premier cycle d'études supérieures et qui ne permet pas d'acquérir une spécialisation ou des compétences professionnelles en commerce international. Une telle réorientation n'est pas justifiée dans sa cohérence par l'existence, au demeurant non démontrée par la requérante, d'un projet de reprise d'une entreprise familiale de distillerie, de transformation et d'exportation d'huiles essentielles, située aux Comores, ni par des perspectives professionnelles pour la requérante dans ce secteur qui rendraient nécessaire ou même réellement utiles l'acquisition de connaissances en droit général. Ainsi, les changements d'orientation opérés en 2020-2021 et 2021-2022 ne s'inscrivent pas dans un parcours de formation cohérent et traduisant une progression de niveau raisonnable. Il ne peut être considéré, par suite, que le préfet du Finistère aurait commis une erreur d'appréciation en estimant que Mme E B ne justifiait pas de la réalité et du sérieux des études poursuivies. Il suit de là que, sans qu'il soit besoin d'examiner si les justificatifs produits pour la première fois par la requérante dans le cadre de la présente instance permettent de justifier qu'elle disposait, à la date de la décision attaquée, des moyens d'existence suffisants lui permettant de vivre et d'étudier en France, Mme E B n'est pas fondée à soutenir que l'autorité administrative a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de renouveler son titre de séjour.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par Mme E B tendant à l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Finistère a refusé de renouveler son titre de séjour en qualité d'étudiant doivent être rejetées.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination :

8. Ainsi qu'il a été dit précédemment, la décision par laquelle le préfet du Finistère a refusé de renouveler le titre de séjour de Mme E B n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et celle fixant le pays de destination n'ont pas été prises sur le fondement d'une décision illégale. Le moyen tiré de l'exception d'illégalité invoqué à l'encontre de ces décisions ne peut, dès lors, qu'être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme E B doit être rejetée dans toutes ses conclusions, incluant celles à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Mme E B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme E B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme F B et au préfet

du Finistère.

Délibéré après l'audience du 27 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Vergne, président,

M. Le Roux, premier conseiller,

Mme Thalabard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.

Le président-rapporteur,

Signé

G.-V. A L'assesseur le plus ancien,

Signé

P. Le RouxLa greffière,

Signé

I. Le Vaillant

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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