mercredi 30 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2204408 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS LE STRAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 août 2022, M. A D, représenté par Me Le Strat, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 février 2022 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement, ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à Me Le Strat au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
M. D soutient que :
- la décision lui refusant un titre de séjour et la décision portant obligation de quitter le territoire ne sont pas suffisamment motivées et n'ont pas été précédées d'un examen complet de sa situation ;
- ces décisions méconnaissent l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- ces décisions méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ; elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- ces décisions méconnaissent l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant la Géorgie comme pays de destination doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire ;
- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation ;
- la décision lui refusant un titre de séjour n'est pas suffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen suffisant de sa situation ;
- cette décision est entachée d'une erreur de fait ;
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire n'est pas suffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen complet de sa situation ;
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation notamment de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 novembre 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. D n'est fondé.
Vu la décision du 19 mai 2012 par laquelle le président du bureau d'aide juridictionnelle a accordé à M. D le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les observations de Me Sémino, substituant Me Le Strat, avocate de M. D.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, qui est né en 1991 en Géorgie, pays dont il a la nationalité, est entré irrégulièrement en France en juillet 2013. Il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile le 26 septembre 2013. Cette demande a été définitivement rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 15 novembre 2016. Le 5 mars 2018, M. D a déposé auprès des services de la préfecture d'Ille-et-Vilaine une demande de titre de séjour. Par l'arrêté attaqué du 14 février 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé la Géorgie comme pays de destination.
Sur les conclusions en annulation :
2. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
3. Il ressort des pièces du dossier que M. D a fondé sa demande de titre de séjour, notamment sur les dispositions, alors en vigueur, du 7 de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, actuellement reprises à l'article L. 423-23 de ce code. À la date de l'arrêté attaqué, M. D, âgé de 31 ans, était présent en France depuis plus de huit ans. Il établit avoir travaillé, en tant qu'ouvrier maraîcher depuis décembre 2018, en vertu d'un contrat de travail à durée déterminée, transformé à compter du 14 décembre 2019 en contrat de travail à durée indéterminée, et ceci jusqu'à la notification de l'arrêté attaqué. Il vit depuis le 20 octobre 2018 avec Mme B, ressortissante ukrainienne mère de deux enfants nés en Ukraine en 2008 et 2013, avec laquelle il a eu un enfant, né à Rennes, le 5 mars 2020. Ils sont hébergés dans un logement mis à leur disposition par une association. M. D fait valoir, sans être valablement contredit, que Mme B n'est pas légalement admissible en Géorgie et ne peut donc le suivre en cas d'éloignement à destination de ce pays. Au demeurant, au regard de la situation prévalant actuellement en Ukraine, Mme B n'aurait, en tout état de cause, pas vocation dans l'immédiat à être éloignée de France. Si M. D est également père d'un autre enfant, une fille prénommée Melissa, qui vit actuellement avec sa mère en Géorgie, il est constant que le requérant et la mère de cet enfant sont séparés et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils seraient toujours en contact. Par ailleurs si l'administration présente cette enfant comme étant née le 7 avril 2019, M. D a précisé à l'audience qu'il a appris que son ex-compagne était enceinte peu de temps après son départ de Géorgie en 2013 et qu'il n'a jamais rencontré sa fille. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que M. D serait connu, en France, des forces de police et de la justice et constituerait une menace pour l'ordre public. Au regard de l'ensemble de ces éléments et principalement de la durée de sa présence en France, de la constitution d'une famille avec une ressortissante d'un pays tiers qui n'est pas admissible dans le pays d'origine du requérant et de la volonté démontrée de M. D de travailler pour subvenir aux besoins de sa famille, le requérant est fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet d'Ille-et-Vilaine a pris une décision portant une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et a ainsi méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. D est ainsi fondé à obtenir, pour ce motif et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de sa requête, l'annulation de la décision du 14 février 2022 refusant de lui délivrer un titre de séjour et, par voie de conséquence, l'annulation de l'ensemble des autres décisions comprises dans l'arrêté du 14 février 2022.
Sur les conclusions présentées aux fins d'injonction :
4. Le présent jugement implique que le préfet d'Ille-et-Vilaine délivre à M. D un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un tel titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais de l'instance :
5. M. D ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, il y a lieu de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à Me Le Strat sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 11 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que cette avocate renonce à percevoir la part contributive de l'État.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 14 février 2022 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé de délivrer à M. D un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination, est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet d'Ille-et-Vilaine de délivrer à M. D un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera à Me Gaëlle Le Strat, avocate de M. D, la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce à la part contributive de l'État.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, Me Gaëlle Le Strat, et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Délibéré après l'audience du 16 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Etienvre, président,
M. Albouy, premier conseiller,
M. Tourre, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2022.
Le rapporteur,
signé
E. CLe président,
signé
F. Etienvre
La greffière d'audience,
signé
A. Bruézière
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026