vendredi 16 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2204438 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS CLAISSE & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er septembre 2022, M. A C, représenté par la Selarl Peneau et Douard, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 12 août 2022 par laquelle le directeur du conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a refusé de renouveler sa carte professionnelle ;
2°) de mettre à la charge du CNAPS le versement de la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite : la décision le prive de la possibilité d'exercer son emploi et par voie de conséquence de ressources alors qu'il doit faire face à des charges de la vie quotidienne et est redevable d'une contribution à l'entretien et à l'éducation de ses enfants auprès de leur mère ;
- sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :
- elle est entachée d'incompétence à défaut pour le CNAPS de justifier d'une délégation régulière donnée à son signataire ;
- le CNAPS n'a pas procédé à un examen approfondi de sa situation ;
- l'enquête administrative a été irrégulièrement menée :
- aucun élément ne permet de s'assurer que la consultation des fichiers a été réalisée par une personne habilitée conformément aux dispositions du 2° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure ;
- les articles 230-8 du code de procédure pénale et L. 114-1 du code de la sécurité intérieure ont été méconnus : dès lors que la décision de classement sans suite a fait l'objet d'une mention, les données ne pouvaient pas être consultées dans le cadre de l'enquête administrative diligentée par le CNAPS ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation : le fait sur lequel s'appuie le directeur du CNAPS en date du 20 mars 2017 se trouve antérieur à la délivrance de sa carte professionnelle le 24 août 2017 ; durant cinq ans, il a pu démontrer dans l'exercice de son activité professionnelle une maîtrise de soi ; le fait qui lui est reproché est ancien, isolé et contesté.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 septembre 2022, le conseil national des activités privées de sécurité, représenté par la Selarl Centaure avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de M. C le versement de la somme de 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite : le requérant ne justifie pas que ses revenus seraient exclusivement tirés du salaire qu'il percevait au titre de son activité privée de sécurité ni qu'une procédure de licenciement aurait été mise en œuvre et, en tout état de cause, il pourra percevoir une indemnité de licenciement et un revenu de remplacement ; il ne justifie pas davantage de sa situation personnelle, financière et patrimoniale ni qu'il ne pourrait pas exercer un emploi dans un autre domaine que celui de la sécurité privée, notamment en tant qu'agent de sécurité incendie, qui ne nécessite pas la détention d'une carte professionnelle, domaine dans lequel il détient deux diplômes ; enfin, l'intérêt public commande que l'exécution de la décision contestée se poursuive ;
- sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :
- le moyen tiré de l'incompétence du signataire manque en fait ;
- le moyen tiré du défaut d'habilitation de l'agent qui a procédé à l'enquête administrative est irrecevable dès lors qu'il n'est assorti d'aucune considération de fait et manque en fait, l'agent disposant d'une habilitation ;
- le requérant n'établit pas que les faits qui lui sont reprochés auraient fait l'objet d'un classement sans suite et qu'une décision d'effacement des traitements automatisés soit effectivement intervenue ; en tout état de cause, l'enquête administrative peut tenir compte des agissements qui auraient été effacés du traitement automatisé des infractions constatées ;
- le moyen tiré d'un défaut d'examen approfondi de la situation du requérant manque en fait ;
- l'erreur de droit n'est pas caractérisée et la décision n'est entachée d'aucune erreur d'appréciation au regard de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure : la matérialité des faits est établie, M. C ayant été mis en cause le 20 mars 2017 pour des faits d'outrage sur une personne chargée d'une mission de service public, qui ont donné lieu à un rappel à la loi et son comportement est incompatible avec l'exercice d'une activité privée de sécurité ; la circonstance selon laquelle la décision contestée est notamment fondée sur des faits antérieurs à la délivrance de sa précédente carte professionnelle de même que l'existence de sanctions pénales ou de poursuites ou le caractère isolé et ancien des faits reprochés sont indifférents.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête au fond n° 2204434.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné Mme Plumerault, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 septembre 2022 :
- le rapport de Mme B ;
- les observations de Me Douard, représentant M. C, qui reprend les mêmes termes que ses écritures qu'il développe, précise que le requérant doit faire face à 850 euros de charges mensuelles et ne dispose d'aucune autre source de revenus, que son employeur, à la suite de la décision du CNAPS, a suspendu son contrat de travail, insiste sur le fait que M. C travaille depuis cinq ans dans le domaine de la sécurité sans aucun problème ;
- les observations de Me de Luca, substituant la Selarl Centaure avocats, représentant le CNAPS, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'il développe, insiste sur l'absence d'urgence avérée au regard des pièces produites dès lors en particulier que M. C peut encore exercer une profession dans le domaine de la sécurité incendie, pour laquelle il est diplômé et ce sans carte professionnelle, fait valoir que le fait reproché au requérant a bien donné lieu à un rappel à la loi et que ce dernier n'apporte pas la preuve du contraire, que le CNAPS, quand bien même il était saisi d'une demande de renouvellement d'une carte professionnelle, doit instruire complètement le dossier ;
- les explications de M. C, qui indique que si effectivement il peut être amené à occuper un emploi de chef d'équipe en sécurité incendie, celui-ci est le plus souvent seulement complémentaire de ses fonctions d'agent de sécurité au sein des entreprises qui l'emploient, lesquelles exigent toujours une carte professionnelle, et qui relate le déroulement du fait qui lui est reproché en indiquant qu'il s'agissait d'un différend avec un agent RATP et que c'est lui qui a appelé la police.
La clôture de l'instruction a été différée au 15 septembre 2022 à 12 heures.
Considérant ce qui suit :
1. M. C s'est vu délivrer le 24 août 2017 une carte professionnelle l'autorisant à exercer une activité privée de sécurité dans le domaine de la surveillance humaine ou électronique pour une durée de cinq ans. Il en a demandé le renouvellement le 12 juin 2022. Par décision du 12 août 2022, le directeur du conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a rejeté sa demande. M. C, qui a contesté cette décision par une requête distincte, demande au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ()".
En ce qui concerne l'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il en va ainsi alors même que cette décision n'aurait un objet ou des répercussions que purement financiers et qu'en cas d'annulation, ses effets pourraient être effacés par une réparation pécuniaire. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. Il résulte de l'instruction, et notamment des explications orales données par M. C, que les sociétés qui l'emploient ont, du fait de l'absence de renouvellement de sa carte professionnelle pour exercer la profession d'agent de surveillance humaine ou électronique, suspendu ses contrats de travail. Si le CNAPS fait valoir que le requérant, titulaire du diplôme d'agent de services de sécurité incendie et d'assistance à personnes peut parfaitement exercer son activité dans ce domaine qui ne nécessite pas la détention d'une carte professionnelle, M. C soutient, sans être sérieusement contesté, que les entreprises ne font appel qu'à des personnes titulaires d'une carte professionnelle d'agent de sécurité, dès lors qu'il s'agit d'une activité accessoire à celle exercée dans le domaine de la sécurité pour des besoins ponctuels. Le requérant justifie par ailleurs, par les pièces produites, qu'il doit faire face à des charges mensuelles de l'ordre de 850 euros et qu'il n'a pas d'autres sources de revenus. Dès lors, l'exécution de la décision attaquée, qui a pour effet de faire obstacle à la poursuite de sa profession et des revenus d'activité y afférents, doit être regardée comme préjudiciant de manière grave et immédiate à sa situation personnelle. La condition d'urgence doit, par suite, être considérée comme remplie sans qu'aucun intérêt public ne s'y oppose.
En ce qui concerne les moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision :
5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de la sécurité intérieure : " Sont soumises aux dispositions du présent titre, dès lors qu'elles ne sont pas exercées par un service public administratif, les activités qui consistent : / 1° À fournir des services ayant pour objet la surveillance humaine ou la surveillance par des systèmes électroniques de sécurité ou le gardiennage de biens meubles ou immeubles ainsi que la sécurité des personnes se trouvant dans ces immeubles ou dans les véhicules de transport public de personnes () ". Aux termes de l'article L. 612-20 du même code : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : / () 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'État territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relatives à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'État et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées () ".
6. Pour estimer que les agissements de M. C étaient incompatibles avec la délivrance d'une carte professionnelle d'agent de sécurité, le directeur du conseil national des activités privées de sécurité s'est fondé sur les éléments recueillis lors de l'enquête administrative diligentée à l'occasion de sa demande, laquelle a révélé que le requérant avait été mis en cause pour des faits d'outrage sur une personne chargée d'une mission de service public, commis le 20 mars 2017 et ayant donné lieu à un rappel à la loi. Toutefois, eu égard au caractère ancien et isolé du fait reproché et compte tenu du comportement manifesté par le requérant pour exercer dans le domaine de la sécurité pendant cinq ans, le moyen tiré de ce que la décision litigieuse est entachée d'une erreur d'appréciation est propre à créer un doute sérieux, en l'état de l'instruction, quant à sa légalité.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conditions d'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont réunies. Il y a lieu, par suite, de suspendre l'exécution de la décision du 12 août 2022 par laquelle le directeur du conseil national des activités privées de sécurité a refusé de renouveler la carte professionnelle de M. C.
Sur les frais liés au litige :
8. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par le conseil national des activités privées de sécurité doivent, dès lors, être rejetées.
9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. C sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du 12 août 2022 par laquelle le directeur du conseil national des activités privées de sécurité a refusé de renouveler la carte professionnelle de M. C est suspendue.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Les conclusions du conseil national des activités privées de sécurité présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C et au conseil national des activités privées de sécurité.
Fait à Rennes, le 16 septembre 2022.
Le juge des référés,
signé
F. B
La greffière d'audience,
signé
P. Cardenas
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026