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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2204466

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2204466

vendredi 7 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2204466
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantMINIER MAUGENDRE ET ASSOCIEES

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 septembre 2022 et 19 juillet 2024 sous le n° 2204466, Mme B F, représentée par le cabinet Teissonnière Topaloff Lafforgue Andreu, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions des 2 mars et 22 juin 2022 par lesquelles la directrice générale du centre hospitalier universitaire de Rennes a refusé de la placer en congé de longue maladie ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier universitaire de Rennes de la placer en congé de longue maladie à compter du 8 mars 2022 ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Rennes la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur de droit dès lors qu'elle remplit les conditions pour bénéficier d'un congé de longue maladie ;

- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation ;

- elles sont entachées d'une insuffisance de motivation ;

- elles sont entachées d'un vice d'incompétence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 octobre 2023, le centre hospitalier universitaire de Rennes, représenté par la SELARL Minier, Maugendre et associées, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme F la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- à titre principal, les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision du 2 mars 2022 sont irrecevables en raison de leur tardiveté ;

- la décision du 22 juin 2022 ne constitue pas une décision explicite de rejet du recours gracieux présenté par Mme F à l'encontre de la décision du 2 mars 2022 ; elle se prononce seulement sur une demande de prolongation de congé de maladie ordinaire de la requérante à compter du 15 mars 2022 ;

- à titre subsidiaire, à supposer que la décision du 22 juin 2022 soit regardée comme une décision rejetant le recours gracieux de Mme F, les conclusions de la requête tendant à l'annulation de cette décision sont irrecevables dès lors que les conclusions de la requête doivent être regardées comme étant exclusivement dirigées contre la décision initiale du 2 mars 2022 ;

- aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

II. Par une requête, enregistrée le 25 août 2023 sous le n° 2304633, Mme B F, représentée par le cabinet Teissonnière Topaloff Lafforgue Andreu, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 juin 2023 par laquelle la directrice générale du centre hospitalier universitaire de Rennes a refusé de la placer en congé de longue maladie ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier universitaire de Rennes de la placer en congé de longue maladie à compter du 29 juillet 2022 ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Rennes la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle remplit les conditions pour bénéficier d'un congé de longue maladie ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un vice d'incompétence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juillet 2024, le centre hospitalier universitaire de Rennes, représenté par la SELARL Minier, Maugendre et associées, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme F la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que la décision attaquée est confirmative de la précédente décision du 22 juin 2022 rejetant la demande de Mme F tendant à son placement en congé de longue maladie ;

- aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 ;

- l'arrêté du 14 mars 1986 relatif à la liste des maladies donnant droit à l'octroi de congés de longue maladie ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme René, rapporteure ;

- les conclusions de M. Met, rapporteur public ;

- ainsi que les observations de Me Boudebesse, représentant Mme F, celles de Mme F et celles de Me Neven, représentant le centre hospitalier universitaire de Rennes.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B F est employée par le centre hospitalier universitaire (CHU) de Rennes en qualité d'infirmière puéricultrice. Par une demande du 21 janvier 2022 reçue le lendemain par l'établissement, elle a sollicité le bénéfice d'un congé de longue maladie à compter du 15 septembre 2021, date à laquelle elle a été placée en arrêt de travail après avoir été testée positive à la covid-19. Après un avis défavorable du comité médical départemental le 23 février 2022, la directrice générale du CHU de Rennes a rejeté sa demande le 2 mars 2022. Par un courrier du 6 avril 2022 reçu le 8 avril suivant, Mme F a présenté un recours gracieux à l'encontre de cette décision et a sollicité la saisine du comité médical supérieur. A la suite d'un avis défavorable de ce comité émis le 8 juin 2022, la directrice générale du centre hospitalier a pris une nouvelle décision de refus le 22 juin 2022 notifiée le 1er juillet suivant. Dans l'instance n° 2204466, Mme F demande l'annulation des décisions des 2 mars et 22 juin 2022. Le 1er février 2023, elle a à nouveau sollicité son placement en congé de longue maladie. Sa demande a été rejetée par une nouvelle décision du 27 juin 2023 dont elle demande l'annulation dans l'instance n° 2304633. Ces deux requêtes concernant la même requérante et présentant des questions semblables à juger, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'instance n° 2204466 :

S'agissant de l'étendue du litige :

2. Aux termes de l'article 17 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires : " L'avis d'un conseil médical rendu en formation restreinte peut être contesté devant le conseil médical supérieur par l'administration ou le fonctionnaire intéressé dans le délai de deux mois à compter de sa notification. / La contestation est présentée au conseil médical concerné qui la transmet au conseil médical supérieur et en informe le fonctionnaire et l'administration. / Le conseil médical supérieur peut faire procéder à une expertise médicale complémentaire. / Il se prononce sur la base des pièces figurant au dossier le jour où il l'examine. / En l'absence d'avis émis par le conseil médical supérieur dans le délai de quatre mois après la date à laquelle il dispose du dossier, l'avis du conseil médical en formation restreinte est réputé confirmé. Ce délai est suspendu lorsque le conseil médical supérieur fait procéder à une expertise médicale complémentaire. / L'administration rend une nouvelle décision au vu de l'avis du conseil médical supérieur ou, à défaut, à l'expiration du délai de quatre mois prévu à l'alinéa précédent ".

3. Ainsi qu'il a été dit au point 1, il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de la décision du 2 mars 2022 refusant d'attribuer à Mme F un congé de longue maladie, l'intéressée a présenté le 8 avril 2022, outre un recours gracieux contre cette décision, une demande de saisine du conseil médical supérieur pour contester l'avis émis par le comité médical départemental le 23 février 2022. Il ressort des termes de la décision du 22 juin 2022 portant refus de placement en congé de longue maladie, qui vise la seule demande de Mme F tendant à la saisine du conseil médical supérieur et, notamment, l'avis émis par ce dernier le 8 juin 2022, que cette décision constitue la " nouvelle décision " au sens des dispositions précitées de l'article 17 du décret du 14 mars 1986. Cette nouvelle décision doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce, comme s'étant substituée à la décision initiale du 2 mars 2022, de sorte qu'il y a lieu de regarder les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme F dans l'instance n° 2204466 comme tendant exclusivement à l'annulation de cette décision du 22 juin 2022.

S'agissant des conclusions à fin d'annulation de la décision du 22 juin 2022 :

4. En premier lieu, la décision attaquée du 22 juin 2022 est signée par Mme D E, directrice adjointe des ressources humaines du CHU de Rennes. Par une décision du 23 décembre 2021, la directrice générale de cet établissement a donné délégation de signature à M. C A et, en cas d'absence ou d'empêchement, à Mme E pour signer les décisions relevant des attributions de la direction des ressources humaines, à l'exception de certaines décisions qui ne concernent pas les refus d'octroi de congé de longue maladie. Il ne ressort pas des pièces du dossier et il n'est pas davantage allégué que M. A n'aurait pas été absent ou empêché à la date de la décision litigieuse. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de cette décision doit, par suite, être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 822-6 du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire en activité a droit à des congés de longue maladie, dans les cas où il est constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaire un traitement et des soins prolongés et présente un caractère invalidant et de gravité confirmée ". En outre, en vertu de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " () doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ". Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que le refus d'attribution d'un congé de longue maladie est au nombre des décisions qui doivent être motivées.

6. La décision en litige du 22 juin 2022 vise notamment le code général de la fonction publique, en particulier son article L. 822-6, le décret du 14 mars 1986 évoqué au point 2 et le décret du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière. Pour rejeter la demande de congé de longue maladie de Mme F, cette décision, qui vise également les avis du comité médical départemental du 23 février 2022 et du conseil médical supérieur du 8 juin 2022 qui y sont joints, relève que sa pathologie n'est pas l'une de celles visées par l'arrêté du 14 mars 1986 et qu'elle ne correspond pas aux conditions définies par l'article L. 822-6 du code général de la fonction publique. Elle précise en outre que la pathologie ne satisfait pas au critère de gravité auquel se réfère cet article. Cette décision comprend ainsi de manière suffisamment précise les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde de sorte que le moyen tiré de son caractère insuffisamment motivé doit être écarté.

7. En dernier lieu, d'une part, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 822-6 du code général de la fonction publique que le droit d'un fonctionnaire en activité à des congés de longue maladie est réservé aux cas où il est constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaire un traitement et des soins prolongés et présente un caractère invalidant et de gravité confirmée. D'autre part, aux termes de l'article 18 du décret du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière : " () le ministre chargé de la santé établit par arrêté, après avis du comité médical supérieur, une liste indicative de maladies qui, si elles répondent en outre aux critères définis par [les] dispositions législatives, peuvent ouvrir droit à congé de longue maladie après avis du comité médical. / Toutefois le bénéfice d'un congé de longue maladie demandé pour une affection qui n'est pas inscrite sur la liste prévue à l'alinéa précédent peut être accordé après l'avis du comité médical compétent ". La liste indicative de maladies susceptibles d'ouvrir droit à congé de longue maladie dans les conditions prévues par ces dispositions figure dans l'arrêté du 14 mars 1986 relatif à la liste des maladies donnant droit à l'octroi de congés de longue maladie

8. Il ressort des pièces des dossiers, notamment du certificat médical de demande de congé de longue maladie du 8 mars 2022, que Mme F, qui a contracté la covid-19 en septembre 2021, a été placée en arrêt de travail à compter du 15 septembre 2021. Souffrant d'un covid long, elle a été maintenue en arrêt de travail. Cette affection ne figure pas dans la liste des maladies prévues par l'arrêté du 14 mars 1986 relatif à la liste des maladies donnant droit à l'octroi de congés de longue maladie.

9. Il ressort des certificats médicaux produits par la requérante, notamment ceux des 21 février et 8 mars 2022, que le covid long de l'intéressée s'est en particulier manifesté par une fatigabilité importante, un périmètre de marche limité, des céphalées invalidantes accompagnées d'asthénie et une désadaptation à l'effort avec malaises vagaux. Le certificat de son médecin généraliste du 29 juillet 2022, certes postérieur à la décision attaquée mais qui révèle une situation antérieure, fait quant à lui état d'une fatigue chronique avec une perte d'appétit, d'un essoufflement et de malaises récidivants au moindre effort, ainsi que de troubles de la concentration avec des céphalées après dix minutes de lecture. Ces considérations démontrent le caractère invalidant de la pathologie de Mme F, lequel a d'ailleurs été retenu par le médecin du travail du CHU de Rennes dans sa lettre du 10 mars 2022. En revanche, aucune des pièces médicales produites par la requérante n'indique expressément que sa pathologie présenterait un caractère de " gravité confirmée " et, au regard de la manière dont ils sont présentés, les symptômes dont ces documents médicaux font état ne peuvent être regardés, comme révélant l'existence d'une pathologie revêtant un tel caractère. Dans sa lettre du 10 mars 2022, le médecin du travail a d'ailleurs admis que la situation de l'intéressée ne correspondait " pas stricto sensu aux critères d'attribution classiques " d'un congé de longue maladie. Enfin, d'une part, tant l'avis du comité médical départemental du 23 février 2022 que celui du conseil médical supérieur du 8 juin 2022 ont été défavorables à l'octroi d'un congé de longue maladie, ce dernier avis mentionnant explicitement l' " absence de critère de gravité ", et, d'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que le conseil médical supérieur n'aurait pas eu connaissance de l'ensemble des éléments médicaux lui permettant d'émettre un avis éclairé sur la situation médicale de la requérante. Dans ces conditions, il ne ressort pas des documents médicaux et avis produits que la pathologie de Mme F présenterait le caractère de " gravité confirmée " au sens des dispositions précitées de l'article L. 822-6 du code général de la fonction publique. Par suite, la directrice générale du CHU de Rennes a pu se fonder, dans sa décision du 22 juin 2022, sur ce motif pour rejeter la demande d'octroi à Mme F d'un congé de longue maladie sans commettre d'erreur de droit, ni d'erreur d'appréciation. A supposer même que l'ensemble des autres conditions requises pour bénéficier d'un tel congé, qui sont évoqués dans la décision attaquée, seraient quant à elle remplies, il résulte de l'instruction que la directrice générale du CHU de Rennes aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées par le CHU de Rennes, que les conclusions présentées par Mme F à fin d'annulation de la décision du 22 juin 2022 de refus d'octroi d'un congé de longue maladie à compter du 15 septembre 2021 doivent être rejetées.

En ce qui concerne la requête n° 2304633 :

S'agissant de la fin de non-recevoir :

11. Une décision dont l'objet est identique à une première décision revêt un caractère confirmatif dès lors que ne s'est produit entre ces deux décisions aucun changement dans les circonstances de droit ou de fait de nature à emporter des conséquences sur l'appréciation des droits ou prétentions en litige.

12. Il est constant que par sa nouvelle demande datée du 1er février 2023, Mme F a sollicité son placement en congé de longue maladie à compter du 29 juillet 2022 de sorte que la période en cause n'est pas identique à celle concernée par sa première demande qui a donné lieu à la décision du 22 juin 2022. De plus, il ressort des pièces du dossier, notamment du compte rendu de consultation établi par un médecin du service de médecine physique et de réadaptation du CHU de Rennes le 1er février 2023, que l'intéressée a de nouveau contracté la covid-19 en août 2022, cette nouvelle infection ayant induit, environ cinq semaines après, une exacerbation des différents symptômes liés au covid long dont elle souffre. Compte tenu de la différence des périodes en cause et de ce changement dans les circonstances de fait, la nouvelle décision du 27 juin 2023 refusant d'accorder à Mme F un congé de longue maladie ne peut être regardée comme confirmative de la précédente décision du 22 juin 2022 qui s'est elle-même substitué à celle du 2 mars 2022. La fin de non-recevoir opposée par le centre hospitalier universitaire de Rennes doit, dès lors, être écartée.

Sur les moyens d'annulation dirigés contre la décision du 27 juin 2023 :

13. En premier lieu, la décision attaquée du 27 juin 2023 est signée par Mme D E, directrice adjointe des ressources humaines du CHU de Rennes. Le moyen tiré du vice d'incompétence dont serait entachée cette décision doit être écartée par les mêmes motifs que ceux énoncés au point 4.

14. En deuxième lieu, la décision contestée du 27 juin 2023 vise en particulier le code général de la fonction publique, notamment son article L. 822-6 et le décret du 19 avril 1988 évoqué au point 6. L'autorité ayant pris cette décision y relève, pour estimer qu'un congé de longue maladie ne peut être attribué à Mme F, que sa pathologie ne remplit aucune des conditions, qui ont été expressément rappelées dans la décision, définies à l'article L. 822-6 du code général de la fonction publique. Cette décision comporte ainsi de manière suffisamment précise les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée. Le moyen tiré de son caractère insuffisamment motivé doit dès lors être écarté.

15. En dernier lieu, il ressort des pièces des dossiers qu'alors qu'elle avait été maintenue en arrêt de travail à compter du 15 septembre 2021, le médecin du travail a déclaré Mme F apte à la reprise en temps partiel thérapeutique à 50 % le 12 juillet 2022. L'intéressée a immédiatement bénéficié de congés annuels et, alors qu'elle devait reprendre effectivement son poste le 4 août 2022, elle a bénéficié d'un nouvel arrêt de travail à compter du 29 juillet 2022. Il ressort à cet égard des pièces du dossier, notamment du certificat médical de son médecin généraliste du 19 juin 2024, que dans les suites de son covid long dont elle souffrait encore, Mme F a présenté un syndrome anxiodépressif chronique évoluant à partir de juin 2022 et nécessitant un suivi régulier ainsi que la poursuite d'un traitement.

16. Il ressort des pièces des dossiers que le compte rendu de consultation médicale du 1er février 2023 produit par la requérante mentionne une augmentation de ses symptômes à la suite de sa nouvelle infection à la covid-19 en août 2022. Ce document mentionne en particulier une majoration de la dysautonomie, une diminution de performances physiques, des céphalées nécessitant un traitement par Venlafaxine, une baisse d'acuité visuelle ainsi qu'une majoration globale de la fatigue. Le certificat de demande de congé de longue maladie établi le 20 mars 2023 par un praticien hospitalier du service de médecine physique et de réadaptation du CHU de Rennes, qui évoque une " plainte de majoration des symptômes qui perduraient suite à la 1ère infection ", indique que Mme F " décrit depuis 2021 une fatigue et une fatigabilité, des céphalées (), des malaises per et post effort () sans perte de connaissance d'origine dysautonomique probable, une plainte cognitive " et précise, d'une part, que " la prise en charge rééducative de l'intéressée n'a pas permis d'amender les symptômes ", d'autre part, que son état de santé ne lui permet pas de reprendre le travail pour une durée prévisible de plusieurs mois. Si l'ensemble des pièces médicales jointes aux dossiers confirment que la pathologie de la requérante présentait alors un caractère invalidant, aucune des pièces produites ne permet de déterminer si cette pathologie est grave. De même, le conseil médical départemental, saisi lors de l'instruction de sa seconde demande objet de la décision attaquée du 27 juin 2023, dont il n'est pas allégué qu'il n'aurait pas eu connaissance de toutes les pièces médicales produites à l'instance, a également émis un avis défavorable le 15 juin 2023 au motif d'une " absence de tous les critères d'attribution pour un CLM ". Par ailleurs, le conseil médical supérieur, de nouveau saisi le 29 août 2023, postérieurement à la décision attaquée, n'a pas émis d'avis dans le délai de quatre mois à compter de sa saisine, de sorte que l'avis du conseil médical départemental est réputé avoir été confirmé en application des dispositions citées au point 2 de l'article 17 du décret du 14 mars 1986. Dans ces conditions, aucun des documents médicaux et avis produits ne peuvent être regardés comme de nature à établir que la pathologie de Mme F présenterait, s'agissant de la période couvrant sa deuxième demande de congé de longue maladie, le caractère de " gravité confirmée " au sens des dispositions précitées de l'article L. 822-6 du code général de la fonction publique. Par suite, c'est également sans commettre d'erreur de droit, ni d'erreur d'appréciation que la directrice générale du CHU de Rennes s'est fondée sur ce motif pour rejeter la demande d'octroi à Mme F d'un congé de longue maladie à compter du 29 juillet 2022. A supposer même que l'ensemble des autres conditions d'octroi d'un congé de longue maladie invoqués dans la décision attaquée seraient remplies, il résulte de l'instruction que cette autorité aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme F à fin d'annulation de la décision du 27 juin 2023 lui refusant le bénéfice d'un congé de longue maladie doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

18. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation des requêtes, ne nécessite aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme F dans les présentes instances ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

19. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de laisser à la charge de chaque partie les frais d'instance non compris dans les dépens exposés au titre des présentes instances.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de Mme F sont rejetées.

Article 2 : Les conclusions présentées dans les deux instances par le centre hospitalier universitaire de Rennes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B F et au centre hospitalier universitaire de Rennes.

Délibéré après l'audience du 17 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Labouysse, président,

M. Bouju, premier conseiller,

Mme René, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2025.

La rapporteure,

signé

C. René

Le président,

signé

D. LabouysseLa greffière,

signé

C. Salladain

La République mande et ordonne à la ministre chargée de la santé en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2204466, 2304633

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