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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2204468

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2204468

jeudi 8 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2204468
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement urgent
Avocat requérantKERMARREC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 septembre 2022 à 9 h 25, et un mémoire enregistré le 6 septembre 2022, M. B A, représenté par Me Kermarrec, avocat commis d'office, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 septembre 2022 par lequel le préfet du Morbihan lui fait obligation de quitter sans délai le territoire français, fixe la Mongolie comme pays de destination et lui fait interdiction de retour d'une durée d'un an ;

2°) de suspendre l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français dans l'attente de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ;

Il soutient que :

- l'arrêté méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 septembre 2022, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par M. M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gosselin, président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gosselin, magistrat désigné,

- Me Kermarrec, représentant M. A, assisté d'une interprète, qui indique que son orientation sexuelle est à l'origine de son départ et qu'il n'a pas été mis en mesure de présenter ses observations sur sa situation avant l'édiction de la mesure. L'avocat a sollicité à l'audience le versement de la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le préfet du Morbihan n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

1. Le droit d'être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Ce droit ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

2. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, durant son audition à la suite de violences volontaires commises en état d'ivresse, a été interrogé sur son droit au séjour et sur l'éventualité d'un retour dans son pays d'origine et d'une assignation à résidence, et qu'il a pu présenter ses observations sur un éventuel retour en Mongolie, exprimer son refus d'y retourner et préciser ses attaches familiales dans ce pays. Il a enfin indiqué ne rien avoir à ajouter à ses déclarations. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français aurait été prise sans qu'il ait été entendu doit être écarté.

3. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales aux termes desquelles : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré très récemment en France en novembre 2021 selon ses déclarations. Il est célibataire et sans charge de famille. Il ne fait état d'aucune attache personnelle en France et s'il indique que son oncle présent en France reste sa seule famille, il n'établit ni cette présence en France ni l'intensité des liens qu'il aurait avec cet oncle avec lequel il ne réside pas, ni enfin ne plus avoir d'attaches familiales ou personnelle en Mongolie où il a toujours résidé. Il n'établit pas plus avoir des attaches particulières avec les compatriotes avec lesquels il se bagarrait ou avec celui qu'il a blessé de plusieurs coups de poing au visage à cette occasion. Dans ces conditions, le préfet du Morbihan n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale, une atteinte excessive par rapport aux buts dans lesquels il a pris sa décision. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

5. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

6. Pour étayer ses allégations, M. A fait état de la présence en France de son oncle dont la situation aurait eu des répercussions sur sa propre situation en Mongolie où il aurait subi des menaces et des oppressions. Toutefois, l'intéressé n'établit ni la présence en France ni la qualité de bénéficiaire de l'asile de cet oncle dont il ne connaît d'ailleurs pas l'adresse. Il ne fait état d'aucun élément précis sur ces points quant aux menaces auxquelles il serait exposé et n'apporte aucun élément probant quant aux risques qu'il encourrait, du fait de cet oncle, en cas de retour dans son pays d'origine. Si à l'audience, il fait état de son orientation sexuelle comme étant à l'origine des persécutions qu'il subirait dans son pays d'origine, cette simple mention, en l'absence de toute précision sur sa situation personnelle en Mongolie et les persécutions ou menaces dont il aurait fait l'objet avant son départ, ne peut être regardée comme un élément suffisant pour établir la réalité des menaces auxquelles il serait exposé en cas de retour. Au demeurant, M. A n'avait pas présenté de demande d'asile avant l'intervention de la présente décision d'éloignement. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 2 septembre 2022 portant obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fins de suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français :

8. Si les dispositions de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettent à l'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin de demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet jusqu'à l'expiration du délai de son recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci, et que le juge, saisi de telles conclusions, peut suspendre l'exécution de la mesure en application de l'article L. 752-11 de ce code, ces dispositions concernent seulement les personnes ayant fait l'objet d'un rejet de leur demande d'asile et ne disposant plus du droit de se maintenir en France, dans l'attente de la décision de la Cour nationale du droit d'asile sur leur éventuel recours. M. A, qui n'avait pas présenté de demande d'asile à la date de l'arrêté du 2 septembre 2022 et qui n'a pas encore déposé sa demande devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides mais seulement exprimé son intention de le faire et qui se trouve en attente d'un premier rendez-vous en préfecture, n'entrait donc pas, même si l'exécution de l'arrêté se trouvera suspendue par sa demande d'asile par l'effet de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans les prévisions de ces dispositions qui sont inscrites à la section 2 du chapitre II relatif aux demandeurs d'asile dont le droit au maintien a pris fin. Dès lors sa demande de suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

9. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. A doivent, dès lors, être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Morbihan.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

signé

O. GosselinLa greffière d'audience,

signé

A. Gauthier

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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