mercredi 26 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2204484 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | OQTF 6 sem |
| Avocat requérant | SALIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 septembre 2022, M. C A, représenté par Me Salin, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 11 août 2022 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine lui a fait obligation de quitter dans un délai de trente jours le territoire français et a fixé le pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui accorder une autorisation provisoire de séjour dans cette attente ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son avocat de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen suffisant de sa situation ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de renvoi est insuffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen suffisant de sa situation eu égard à la nouvelle situation en Ethiopie ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 septembre 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les observations de Me Salin représentant M. A, et celles de M. A, assisté d'un interprète, par téléphone.
Le préfet d'Ille-et-Vilaine n'était pas représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
1. M. A justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. M. A, né le 6 septembre 1997, ressortissant d'Ethiopie, est entré en France le 25 avril 2017 et il y a sollicité, le 28 décembre 2017, le bénéfice du statut de réfugié. Par décision du 14 juin 2021, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté cette demande et cette décision a été confirmée par décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), du 21 juillet 2022. Par un arrêté du 11 août 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine a, sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, décidé de l'obliger à quitter le territoire français dans les trente jours et a fixé l'Ethiopie comme pays de destination d'une mesure d'éloignement forcé. C'est l'arrêté attaqué.
En ce qui concerne la décision d'obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, il résulte d'un arrêté du 9 mars 2022, dûment publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, que le préfet d'Ille-et-Vilaine a donné délégation à M. Ludovic Guillaume, secrétaire général de la préfecture et signataire de l'arrêté attaqué, aux fins de signer, en toutes matières, tous les actes relevant des attributions du préfet à l'exclusion de certains d'entre eux au nombre desquels ne figurent pas les décisions contenues dans l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué précise les considérations de droit et de fait au vu desquelles il a été pris et répond ainsi suffisamment aux exigences de motivation énoncées par les dispositions des articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Cette motivation révèle, en outre, que le préfet a, en l'état des seules informations dont il était établi qu'elles lui avaient apportées par le requérant à la date de sa décision, procédé à un examen particulier de la situation de ce dernier et n'a donc commis aucune erreur de droit à cet égard.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
6. Il ressort des pièces du dossier que M. A est célibataire et sans enfant et, s'il a fait d'importants efforts d'apprentissage de la langue française et a noué quelques liens amicaux au cours de son séjour en France, ces éléments ne sont pas suffisants pour permettre d'estimer que la décision l'obligeant à quitter le territoire français aurait méconnu le droit au respect de sa vie privée et familiale qu'il tient des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment des pièces médicales produites que, bien que l'intéressé ait subi une greffe de cornée en 2019, son état de santé actuel présenterait un caractère de gravité faisant obstacle à une mesure d'éloignement, laquelle ne peut donc être regardée en l'espèce comme entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.
7. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet.
En ce qui concerne la décision fixant l'Ethiopie comme pays de destination :
8. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le support et, en tant que sa légalité s'apprécie à la date à laquelle elle a été prise, elle est suffisamment motivée. Cette motivation révèle que le préfet a procédé, toujours en l'état des informations disponibles à cette date, à un examen suffisant de la situation de l'intéressé et qu'elle n'est donc entachée d'aucune erreur de droit à cet égard.
9. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
10. Il résulte des énonciations de l'article 3 de l'arrêté attaqué que le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé que si M. A se maintient sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire, il pourra être reconduit d'office " dans le pays dont il a la nationalité ou dans tout pays dans lequel il établira être légalement admissible ". En l'absence de précision sur un autre pays que l'Ethiopie susceptible de constituer le pays de renvoi, étant entendu que sa désignation supposerait nécessairement de recueillir l'accord de l'étranger, la décision attaquée doit être regardée comme ne désignant que le pays d'origine de M. A.
11. La légalité de cette décision ne peut, ainsi qu'il a été dit plus haut, être appréciée par le juge de l'excès de pouvoir qu'à la date à laquelle elle a été prise et ainsi, en dépit de la nouvelle aggravation du contexte géopolitique en Ethiopie depuis la fin du mois d'août 2022, laquelle fait désormais obstacle, à la date du présent jugement, à ce que M. A soit reconduit d'office dans ce pays, il appartient au tribunal, dès lors que le préfet a néanmoins entendu maintenir son arrêté, de statuer au regard des éléments de droit ou de fait existant à la date de ce dernier, soit le 11 août 2022.
12. S'agissant de la situation en Ethiopie, il ressort des pièces du dossier que, ainsi que l'a estimé la CNDA dans l'appréciation qu'elle a portée à la date de son arrêt, le 21 juillet 2022, M. A, dont l'appartenance à l'ethnie amhara n'est pas contestée non plus que son origine géographique à savoir la zone du Nord Gondar, ne pouvait cependant être pas regardé, eu égard à l'évolution dans cette zone du conflit entre les forces gouvernementales et les mouvements armés tigréens, au cours de la première partie de l'année 2022, caractérisée par un reflux de l'emprise des Forces de défense du Tigré, comme personnellement exposé à cette date, à une situation de violence susceptible de s'étendre à tout individu sans considération de sa situation personnelle.
13. S'il résulte de ce qui vient d'être dit qu'il n'est pas établi que la décision attaquée repose sur des éléments de fait erronés à la date à laquelle elle a été prise, et si, en revanche, il ressort des pièces du dossier que la situation actuelle prévalant en Ethiopie, avec depuis le 24 août 2022, une reprise des combats dans le Gondar Nord, exposerait le requérant, en cas de retour dans ce pays, à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, M. A ne peut cependant être regardé comme établissant, ainsi qu'il lui incombe sur le fondement des dispositions du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'entre le 21 juillet et le 11 août 2022, il encourait déjà de tels risques.
14. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est, dans ce cadre, pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant l'Ethiopie comme pays de destination d'une mesure qui néanmoins reste, en l'état, à la date du présent jugement, inexécutable à cet égard. Il appartiendra au préfet d'Ille-et-Vilaine, sous le contrôle du juge, de s'assurer, au besoin en procédant à toute consultation utile, que le renvoi de l'intéressé dans son pays d'origine, s'il persiste à maintenir cette décision, n'exposera pas celui-ci à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
15. Le présent jugement qui rejette les conclusions aux fins d'annulation n'implique aucune mesure d'exécution et par suite, les conclusions de M. A tendant à ce que soient adressées diverses injonctions au préfet d'Ille-et-Vilaine doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas partie perdante à l'instance, le versement au conseil de M. A de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : L'arrêté du 11 août 2022 ne pourra être mis à exécution que dans les conditions prévues aux points 10 et 14 du présent jugement.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2022.
Le président,
signé
E. BLa greffière d'audience,
signé
A. Gauthier
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026