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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2204535

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2204535

lundi 12 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2204535
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement urgent
Avocat requérantCIMADE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 septembre 2022 à 11 h 55, M. A B, placé en rétention administrative à Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine), demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 6 septembre 2022 par lequel le préfet de la Mayenne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé la Tunisie comme pays de destination.

Il soutient que :

- l'arrêté litigieux est insuffisamment motivé ;

- il a été pris en méconnaissance de son droit au respect de sa vie privée et familiale et donc en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la menace à l'ordre public qui lui est reprochée n'est pas caractérisée et ne fait l'objet d'aucune motivation dans la décision litigieuse.

Par des mémoires enregistrés les 8 et 12 septembre 2022, le préfet de la Mayenne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête de M. B ne sont pas fondés.

Vu :

- l'ordonnance du 8 septembre 2022 par laquelle le juge des libertés et de la détention a prolongé la rétention de M. B pour un délai maximum de vingt-huit jours ;

- l'ordonnance du 11 septembre 2022 par laquelle le premier président de la cour d'appel de Rennes, statuant en appel de l'ordonnance susvisée du juge des libertés et de la détention, a confirmé cette ordonnance ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Vergne, président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les observations de Me Gonultas, avocat commis d'office, représentant M. B, qui reprend et développe les moyens figurant dans la requête écrite et qui fait valoir en particulier que : le préfet remet en cause la sincérité du mariage de M. B alors que la communauté de vie de celui-ci avec son épouse est réelle et sincère ; son client vit avec sa femme à Blois et il n'était à Mayenne que pour un déplacement occasionnel, pour un stage de coiffure ; la mauvaise interprétation par le préfet de sa situation de couple vient du déroulement insatisfaisant de son audition par la police et d'une mauvaise compréhension du lieu de son adresse permanente ; c'est pourquoi il a refusé par la suite de signer l'exemplaire de notification de l'arrêté contesté ; l'arrêté litigieux est insuffisamment motivé alors que toutes ses attaches sont en France et qu'il n'est pas fait mention de membres de sa famille qui y séjournent régulièrement ; la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales alors qu'il justifie d'une communauté de vie de deux ans et qu'il lui manquait seulement un visa d'entrée sur le territoire, qu'il a tenté en vain d'obtenir, pour être en règle ; son épouse aurait souhaité être là mais ses horaires d'infirmière de nuit en hôpital psychiatrique ne lui ont pas permis de se déplacer ;

- les déclarations de M. B, assisté d'une interprète en langue arabe, qui explique que : son souhait est de rester en France avec ses frères et sœurs et sa femme, dont il est amoureux ; il a besoin de sa famille à laquelle il est très attaché ; il s'est déplacé à Mayenne pour y retrouver son frère, qu'il n'avait pas vu depuis longtemps, mais il vit toujours avec sa femme à Blois ; c'est la première fois qu'il se présente devant un tribunal ; sa vie est en France et il ne peut retourner en Tunisie où il n'a plus personne.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien, né en 1981, est entré irrégulièrement le 19 juin 2019 sur le territoire français. Il s'est marié le 22 août 2020 à Blois. La demande de titre de séjour qu'il a présentée auprès du préfet du Loir-et-Cher en qualité de conjoint de français a été rejetée par cette autorité le 15 avril 2021. À la suite de son interpellation et de son placement en garde à vue, le 4 septembre 2022, à Mayenne, pour des faits délictueux, le préfet de la Mayenne, par un arrêté du 6 septembre 2022, a décidé de l'obliger à quitter le territoire français sans délai et a fixé la Tunisie comme pays de destination de la mesure d'éloignement forcé. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ". Il est constant que M. B est entré irrégulièrement en France le 19 juin 2019 et qu'il s'y est maintenu irrégulièrement après le rejet qui lui a été notifié de la demande de titre qu'il avait présentée comme conjoint de français. Il se trouvait donc dans la situation où, en application des dispositions précitées, un étranger peut être obligé de quitter le territoire.

3. En premier lieu, la décision attaquée mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et qui permettent de s'assurer que le préfet de la Mayenne a procédé à un examen complet de la situation de M. B à partir des éléments d'information dont il disposait et notamment des déclarations faites par l'intéressé en garde à vue le 5 septembre 2022. Il y est bien fait mention de la situation personnelle et familiale de M. B, de son mariage avec une ressortissante française, et du fait que " la communauté de vie ne semble pas avérée ". Si le requérant conteste dans ses écritures cette dernière appréciation compte tenu des explications qu'il a fournies, une telle contestation, qui a trait au bien-fondé de la décision litigieuse, ne permet pas de démontrer une insuffisance de motivation de celle-ci.

4. En deuxième lieu, si le préfet de la Mayenne a mentionné au début de la motivation de son arrêté que M. B a été interpellé le 4 septembre 2022 pour des faits délictueux et placé en garde à vue dans le cadre d'une enquête de flagrance, il n'a pas fondé son arrêté sur des considérations d'ordre public. Le moyen invoqué par le requérant dans ses écritures, tiré de ce que la menace à l'ordre public qui lui est reprochée n'est pas caractérisée et ne fait l'objet d'aucune motivation dans la décision litigieuse, ne peut, par suite, qu'être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. M. B n'était présent en France, où il est entré irrégulièrement à l'âge de 38 ans, que depuis trois ans à la date de la décision attaquée. Il n'est pas établi qu'il serait dépourvu d'attaches, notamment familiales, dans son pays d'origine, où résident ses parents. S'il fait valoir son mariage avec une ressortissante française et la nécessité qu'il assiste celle-ci en raison des problèmes de santé dont elle est atteinte, il n'a pas été fait droit à la demande de titre qu'il avait présentée comme conjoint de français, qui a été rejetée par une décision du 15 avril 2021. M. B n'a pas contesté cette décision, prise au motif de son entrée irrégulière sur le territoire, ni quitté la France pour solliciter une entrée régulière depuis son pays d'origine et pouvoir ainsi rejoindre régulièrement sa conjointe. De même, la consistance de cette vie commune d'un peu plus de deux ans au 24 avenue de France à Blois (Loir-et-Cher), n'est pas caractérisée par les pièces produites, soit une attestation d'hébergement non circonstanciée, datée du 5 septembre 2022, signée par Mme D B, et la copie de documents médicaux concernant celle-ci. L'existence effective et actuelle de cette relation, au demeurant récente, apparaît douteuse eu égard au lieu et aux circonstances de l'interpellation de l'intéressé qui soutient sans l'établir qu'il était venu suivre un stage de coiffure à Mayenne où il résiderait avec un frère qui y serait lui-même domicilié. M. B a déclaré lors de son audition, dont il a signé le procès-verbal et dont il ne conteste pas valablement les conditions de déroulement, une adresse au 175 rue Charles de Gaulle à Mayenne, et demandé à prévenir son frère, et non son épouse. Ses déclarations devant les juges des libertés et de la détention, en première instance puis en appel, ont varié et sont apparues peu convaincantes en ce qui concerne l'existence d'une résidence stable et permanente à Blois avec son épouse. Enfin, la lettre de soutien de certains membres de la famille de M. B régulièrement présents en France ne comporte aucune mention de la vie commune avec Mme D B. Il ne peut être considéré, dans ces conditions, en l'état du dossier, que la décision litigieuse aurait été prise en méconnaissance du droit au requérant au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales citées au point 5.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B, qui ne soulève aucun moyen spécifique à l'encontre des décisions par lesquelles le préfet de la Mayenne a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire et a fixé la Tunisie comme pays de destination de la mesure d'éloignement, ne peut qu'être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Mayenne.

Lu en audience publique le 12 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

signé

G.-V. CLe greffier,

signé

M.-A. Vernier

La République mande et ordonne au préfet de la Mayenne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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