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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2204546

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2204546

vendredi 16 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2204546
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantKADDOURI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 et 16 septembre 2022, M. D B C, représentée par Me Kaddouri, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire du 12 août 2022 portant fixation du pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation administrative, dans un délai de deux mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son avocat contre sa renonciation à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- la condition tenant à l'urgence est satisfaite, dès lors que l'arrêté en litige préjudicie de manière grave et immédiate à sa situation ; il a été placé en rétention à l'issue de sa détention, et l'arrêté d'expulsion dont il fait l'objet peut être mis à exécution à tout moment ; l'expulsion aura pour effet de le séparer de manière irréversible de sa famille, qui réside dans son intégralité en France ; il ne parle pas le soudanais et ne dispose d'aucune attache privée ou familiale au Soudan ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté en litige, dès lors que :

* il est entaché d'un défaut de motivation ;

* il méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; une distinction doit être opérée entre le statut et la qualité de réfugié ; la privation du statut de réfugié ne prive pas le bénéficiaire de la protection internationale de la qualité de réfugié ;

* en l'espèce, si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a mis fin, par décision du 10 juillet 2018, à son statut de réfugié, il ne s'est pas prononcé sur sa qualité de réfugié ; seul l'OFPRA a compétence pour se prononcer sur sa qualité de réfugié et, le cas échéant, la lui retirer ; dès lors qu'il n'a jamais été procédé à un tel retrait, il ne peut donc légalement être renvoyé vers le Soudan.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 septembre 2022, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

­ la condition tenant à l'urgence n'est pas satisfaite ; eu égard à la menace pour l'ordre public que constitue M. B C, l'intérêt public commande le maintien de l'exécution de la mesure fixant son pays de renvoi ;

­ M. B C ne soulève aucun moyen propre à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige ; en particulier :

* l'arrêté est motivé en fait et en droit ;

* l'intéressé peut légalement faire l'objet d'une mesure d'expulsion à destination de son pays d'origine, dès lors qu'il a perdu son statut et sa qualité de réfugié ; contrairement à ce qu'il soutient, son statut de réfugié n'a pas été révoqué sur le fondement des dispositions de l'article L. 711-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (devenu L. 511-7), mais sur celles de son article L. 711-4 (devenu L. 511-8) ; il s'est rendu volontairement dans son pays d'origine et a tenté de dissimuler ce retour, ce qui le fait entrer dans les clauses de cessation prévues par les stipulations de la convention de Genève.

Vu :

- la requête au fond n° 2204202, enregistrée le 17 août 2022 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

­ la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

­ la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

­ le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

­ le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Thielen, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique du 16 septembre 2022.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant soudanais né le 23 mars 1995, est entré en France en 2010 avec ses parents, lesquels se sont vu reconnaître la qualité de réfugiés, le 19 juillet 2011. L'intéressé a bénéficié d'un maintien de ce statut à sa majorité, et s'est vu délivrer une carte de résident en qualité d'enfant de réfugié, valable jusqu'au 4 août 2023. Par décision du 10 juillet 2018, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a mis fin à son statut de réfugié. Par arrêté du 22 avril 2021, le préfet de Maine-et-Loire a prononcé son expulsion du territoire français et par arrêté du 12 août 2022, il a fixé le Soudan comme pays de destination. M. B C a saisi le tribunal d'un recours en annulation contre ce dernier arrêté et, dans l'attente du jugement au fond, demande au juge des référés d'en suspendre l'exécution.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. M. B C justifie avoir déposé de demande d'aide juridictionnelle. Il y a par suite lieu de prononcer son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision ou de certains de ces effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

5. Aux termes de l'article L. 511-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le statut de réfugié est refusé ou il y est mis fin dans les situations suivantes : / 1° Il y a des raisons sérieuses de considérer que la présence en France de la personne concernée constitue une menace grave pour la sûreté de l'État ; / 2° La personne concernée a été condamnée en dernier ressort en France, dans un État membre de l'Union européenne ou dans un État tiers figurant sur la liste, fixée par décret en Conseil d'État, des États dont la France reconnaît les législations et juridictions pénales au vu de l'application du droit dans le cadre d'un régime démocratique et des circonstances politiques générales soit pour un crime, soit pour un délit constituant un acte de terrorisme ou une apologie publique d'un acte de terrorisme ou puni de dix ans d'emprisonnement, et sa présence constitue une menace grave pour la société française ". Aux termes de son article L. 511-8 : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides met fin, de sa propre initiative ou à la demande de l'autorité administrative, au statut de réfugié lorsque la personne concernée relève de l'une des clauses de cessation prévues à la section C de l'article 1er de la convention de Genève du 28 juillet 1951. () ". Aux termes de ces dernières stipulations : " / () C. Cette Convention cessera, dans les cas ci-après, d'être applicable à toute personne visée par les dispositions de la section A ci-dessus : / 1) Si elle s'est volontairement réclamée à nouveau de la protection du pays dont elle a la nationalité ; / () ".

6. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / () / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de ces dernières stipulations : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

7. Il résulte de l'instruction que par décision du 10 juillet 2018, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a mis fin au statut de réfugié de M. B C, en application des dispositions de l'article L. 711-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais codifiées en son article L. 511-8, au motif que l'intéressé était retourné dans son pays d'origine durant l'été 2017, où il a été arrêté par les services de l'immigration à l'aéroport international de Khartoum et renvoyé vers l'Égypte, qu'il a par ailleurs tenté de dissimuler ce retour, en effaçant le tampon sur son passeport de réfugié et qu'en l'absence d'explication sur ce voyage, il devait être regardé comme s'étant réclamé de la protection des autorités de son pays d'origine volontairement, intentionnellement, sans contrainte ni nécessité impérieuse. Par cette décision du 10 juillet 2018, l'OFPRA a mis fin tant au statut qu'à la qualité de réfugié de M. B C, considérant qu'il relevait de l'une des clauses de cessation prévues à la section C de l'article 1er de la convention de Genève du 28 juillet 1951. L'intéressé ne fait par ailleurs mention d'aucun élément susceptible d'établir qu'il serait exposé à un risque réel, actuel et personnel de subir des traitements contraires aux stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour au Soudan. Dans ces circonstances, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

8. Le moyen tiré du défaut de motivation n'est pas davantage propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

9. Il résulte de ce qui précède que l'une des conditions auxquelles les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonnent la suspension de l'exécution d'une décision administrative n'est pas remplie. Les conclusions de M. B C tendant à la suspension de l'exécution de l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire du 12 août 2022 portant fixation du pays de destination de la mesure d'expulsion dont il fait l'objet ne peuvent, par suite et sans qu'il soit besoin de statuer sur la condition d'urgence, qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

10. La présente ordonnance n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte présentées par M. B C ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement de la somme demandée par M. B C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera transmise pour information au préfet de Maine-et-Loire.

Fait à Rennes, le 16 septembre 2022.

Le juge des référés,

signé

O. A

La greffière d'audience,

signé

P. Cardenas

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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