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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2204637

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2204637

lundi 14 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2204637
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBLANCHOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 septembre 2022, Mme C A, représentée par Me Blanchot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 août 2022 par lequel le préfet du Finistère lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;

2°) d'enjoindre au préfet du Finistère de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation, l'ensemble dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme A soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- il méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 septembre 2022, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Mme A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 27 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les observations de Me Blanchot, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante ivoirienne, est entrée régulièrement en France en septembre 2013 pour y suivre des études et a bénéficié de titres de séjour étudiant jusqu'en 2017. Elle a ensuite créé une entreprise et a obtenu un titre de séjour en tant qu'entrepreneur - profession libérale renouvelé jusqu'au 20 juin 2022. Elle a alors sollicité le renouvellement de son titre de séjour avec changement de statut, sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 16 août 2022, le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. La décision portant refus de titre de séjour cite les stipulations de l'accord franco-ivoirien et les dispositions des articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application et mentionne la situation administrative et personnelle de l'intéressée, notamment la durée de sa présence en France, l'absence d'attaches personnelles en France et la précarité de sa situation économique personnelle. Par ailleurs, la décision fixant le pays de destination vise les articles L. 721-3 à -8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que l'intéressée n'établit pas encourir de risques en cas de retour dans son pays d'origine. Ces deux décisions comportent ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, même si elles ne mentionnent pas ses emplois estudiantins et son expérience professionnelle ultérieure, ni les difficultés de son entreprise. Le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation doit donc être écarté.

3. Cette motivation et l'ensemble des considérants de l'arrêté permettent de vérifier que le préfet, qui a pris en compte la situation de l'intéressée au regard de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, a procédé à un examen suffisant de la demande de Mme A. A cet égard la circonstance que le préfet ait retenu qu'elle ne justifiait pas de recherche d'emploi sérieuse, alors même qu'elle produit seulement un mail faisant état de l'envoi de son curriculum vitae à une agence d'accompagnement vers l'emploi et une décision de Pôle emploi refusant son inscription sur la liste des demandeurs d'emploi, n'est pas de nature à caractériser une erreur de fait établissant un défaut d'examen suffisant de sa situation. De même, la circonstance que le préfet ait fixé par erreur le Bénin comme pays de renvoi après avoir mentionné la nationalité ivoirienne de l'intéressée ne saurait être regardée comme une erreur de fait caractérisant l'insuffisance de cet examen.

4. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est présente en France depuis septembre 2013 et qu'après quatre années d'études, elle y a séjourné en tant qu'entrepreneur libéral. Toutefois, elle n'a plus d'activité professionnelle depuis 2020 et son entreprise n'a pas repris d'activité après les confinements liés à l'épidémie de Covid-19. Elle ne dispose plus de ressources, ne travaille plus et ne fait pas état de réelles recherches d'emploi en se prévalant seulement de la consultation sur internet d'une offre d'emploi d'animatrice périscolaire. Elle n'a pas de logement stable et dépend d'une prise en charge par le service d'accueil du département. Elle n'établit pas disposer d'attaches stables et intenses en France, notamment avec le père de son enfant. Elle n'établit pas ne plus avoir d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a toujours vécu avant de venir étudier en France. Dans ces conditions, et même si elle a pu faire ses études et commencer à travailler dans les années passées, elle n'établit ni avoir des liens personnels et familiaux particuliers ou anciens en France, ni disposer de conditions d'existence suffisantes, ni être insérée dans la société française à la date de sa demande de titre de séjour et de changement de situation ou à la date de la décision attaquée. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.

6. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est présente en France depuis 2013, mais les quatre premières années en tant qu'étudiante ne lui donnaient pas vocation à s'installer en France. Elle est célibataire et n'établit pas que le père de son enfant, qui ne l'a d'ailleurs pas reconnu, entretiendrait des relations avec cet enfant. Elle n'établit pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine ni ne pas pouvoir y poursuivre sa vie familiale avec son enfant. Elle a pu avoir une activité économique pendant quelques années mais n'a plus de travail et ne fait état d'aucune difficulté à reprendre son activité de conseil financier dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le préfet du Finistère n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Pour les motifs retenus ci-dessus et au point 5, Mme A n'établit pas que le préfet aurait entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

9. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

10. L'arrêté en litige n'a ni pour objet ni pour effet de séparer Mme A, seul parent déclaré dans l'acte de naissance, de son enfant et l'intéressée n'apporte aucun élément sur la relation que le père entretiendrait avec cet enfant. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 16 août 2022 par lequel le préfet du Finistère lui a refusé la délivrance d'un de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme A n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par l'intéressée doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par Mme A doivent, dès lors, être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A et au préfet du Finistère.

Délibéré après l'audience du 21 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gosselin, président,

Mme Pottier, première conseillère,

M. Desbourdes, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2022.

Le président-rapporteur,

signé

O. B

L'assesseur le plus ancien,

signé

F. Pottier La greffière,

signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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