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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2204652

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2204652

vendredi 18 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2204652
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement urgent
Avocat requérantBERTHET-LE FLOCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 septembre 2022, M. B C, représenté par Me Berthet-Le Floch, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 avril 2022 par lequel le préfet du Morbihan lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a déterminé le pays à destination duquel il sera, le cas échéant, renvoyé ;

2°) d'enjoindre au préfet du Morbihan, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour mention " salarié " ou " travailleur temporaire " sur le fondement des dispositions des articles L. 421-1, L. 421-3 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans les mêmes conditions de délai ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour a été prise par une personne incompétente, à défaut pour le préfet de justifier d'un arrêté de délégation de signature ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un examen insuffisant de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet a refusé de lui délivrer un titre de séjour au motif qu'il n'avait pas présenté d'autorisation de travail ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions des articles L. 421-1, L. 421-3 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa vie personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité des décisions lui refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Par des pièces enregistrées le 9 novembre 2022, M. C a informé le tribunal de son assignation à résidence à Vannes par un arrêté du 20 octobre 2022, notifié le même jour.

La requête a été communiquée au préfet du Morbihan qui n'a pas produit de mémoire.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale le 23 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme René, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 14 novembre 2022 à 10 heures :

- le rapport de Mme A,

- les observations de Me Berthet-Le Floch, représentant M. C, qui maintient les conclusions de la requête par les mêmes moyens qu'elle développe et produit des pièces complémentaires ;

- les explications de M. C.

Le préfet du Morbihan n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Une note en délibéré, enregistrée le 14 novembre 2022 à 12 heures 05, a été produite par le préfet du Morbihan.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant malien né le 24 mai 1999, est, selon ses déclarations, entré irrégulièrement en France en juillet 2015. Il a été confié au service d'aide sociale à l'enfance en vertu d'une ordonnance de placement en urgence du procureur de la république près du tribunal de grande instance de Toulouse du 31 juillet 2015 puis de jugements du juge des enfants du tribunal de grande instance de Vannes des 22 décembre 2015 et 2 mai 2017. Il a obtenu la délivrance d'un titre de séjour temporaire mention " étudiant " valable du 4 mars 2020 au 3 mars 2021. En décembre 2021, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 27 avril 2022 dont M. C demande l'annulation, le préfet du Morbihan a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'étendue du litige :

2. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 et de la décision d'assignation à résidence contestée en application de l'article L. 732-8 ". La procédure applicable en cas d'assignation à résidence ou de placement en rétention résulte des articles L. 614-7 à L. 614-13 de ce code.

3. Il résulte de ces dispositions qu'il n'appartient pas au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation d'un refus de titre de séjour. Dès lors, il n'y a lieu de statuer, dans la présente instance, que sur les conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, de la décision fixant le pays de destination. Par suite, les conclusions dirigées contre l'arrêté attaqué du 27 avril 2022 doivent être renvoyées devant une formation collégiale du tribunal administratif de Rennes en tant qu'elles concernent la décision de refus de titre de séjour. Il en va de même des conclusions à fin d'injonction et d'astreinte qui en sont l'accessoire, ainsi que des conclusions présentées en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

S'agissant du moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, Mme E D, cheffe du bureau des étrangers et de la nationalité de la préfecture du Morbihan et signataire de l'arrêté attaqué, y était habilitée par un arrêté du préfet du Morbihan du 16 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de ce département. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision de refus de titre de séjour contestée doit dès lors être écarté.

5. En deuxième lieu, la décision de refus de titre de séjour, qui comporte l'ensemble des motifs de droit et des considérations de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée. Elle présente notamment la situation administrative de M. C, relève que la demande de renouvellement de titre de séjour vise à lui permettre de trouver un emploi et indique que l'intéressé a produit à l'appui de sa demande de titre de séjour une promesse d'embauche en contrat à durée déterminée. Si le requérant fait valoir qu'il a sollicité en décembre 2021 le renouvellement de son titre de séjour " étudiant " ainsi que la délivrance d'un titre de séjour " salarié " ou " travailleur temporaire " au regard de ses perspectives d'embauche, il ne justifie toutefois pas, notamment en produisant une copie de sa demande, que cette dernière portait sur ces différents fondements. Dans ces conditions, et alors que la promesse d'embauche transmise par l'intéressé a été prise en compte par le préfet, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Morbihan aurait procédé à un examen insuffisant de la situation de M. C.

6. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. ". Aux termes de l'article L. 421-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 433-6, l'étranger qui sollicite la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié " et qui est titulaire d'une carte de séjour délivrée pour un autre motif bénéficie d'une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an portant la mention demandée lorsque les conditions de délivrance de cette carte sont remplies. / () ". Aux termes de l'article L. 421-3 du même code : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée déterminée ou qui fait l'objet d'un détachement conformément aux articles L. 1262-1, L. 1262-2 et L. 1262-2-1 du code du travail se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. / () ".

7. Aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : () / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail. ". Aux termes de l'article R. 5221-20 du même code : " L'autorisation de travail est accordée lorsque la demande remplit les conditions suivantes : / 1° S'agissant de l'emploi proposé : / a) Soit cet emploi relève de la liste des métiers en tension prévue à l'article L. 421-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et établie par un arrêté conjoint du ministre chargé du travail et du ministre chargé de l'immigration ; / b) Soit l'offre pour cet emploi a été préalablement publiée pendant un délai de trois semaines auprès des organismes concourant au service public de l'emploi et n'a pu être satisfaite par aucune candidature répondant aux caractéristiques du poste de travail proposé ; / 2° S'agissant de l'employeur mentionné au II de l'article R. 5221-1 du présent code : / a) Il respecte les obligations déclaratives sociales liées à son statut ou son activité ; / b) Il n'a pas fait l'objet de condamnation pénale pour le motif de travail illégal tel que défini par l'article L. 8211-1 ou pour avoir méconnu des règles générales de santé et de sécurité en vertu de l'article L. 4741-1 et l'administration n'a pas constaté de manquement grave de sa part en ces matières ; / c) Il n'a pas fait l'objet de sanction administrative prononcée en application des articles L. 1264-3, et L. 8272-2 à L. 8272-4 ; / 3° L'employeur, l'utilisateur ou l'entreprise d'accueil et le salarié satisfont aux conditions réglementaires d'exercice de l'activité considérée, quand de telles conditions sont exigées ; / 4° La rémunération proposée est conforme aux dispositions du présent code sur le salaire minimum de croissance ou à la rémunération minimale prévue par la convention collective applicable à l'employeur ou l'entreprise d'accueil ; / 5° Lorsque l'étranger est titulaire d'une carte de séjour portant les mentions "étudiant" ou "étudiant-programme de mobilité" prévue à l'article L. 422-1, L. 422-2, L. 422-5, L. 422-26 et L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il a achevé son cursus en France ou lorsqu'il est titulaire de la carte de séjour portant la mention "recherche d'emploi ou création d'entreprise" prévue à l'article L. 422-14 du même code, l'emploi proposé est en adéquation avec les diplômes et l'expérience acquise en France ou à l'étranger. ". Aux termes de l'article R. 5221-21 du même code : " Les éléments d'appréciation mentionnés au 1° de l'article R. 5221-20 ne sont pas opposables lorsque la demande d'autorisation de travail est présentée au bénéfice de : / 1° L'étranger visé au deuxième alinéa de l'article L. 233-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou au premier alinéa de l'article L. 421-4 du même code lorsque l'emploi sollicité figure sur l'une des listes visées par ces dispositions ; / 2° L'étranger, titulaire d'une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " délivrée en application des articles L. 422 10 ou L. 422-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qui présente un contrat de travail en relation avec sa formation ou ses recherches et assorti d'une rémunération supérieure à un montant fixé par décret ; / 3° L'étudiant visé au second alinéa de l'article L. 421-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui, titulaire d'un diplôme obtenu dans l'année, justifie d'un contrat de travail en relation avec sa formation et assorti d'une rémunération supérieure à un montant fixé par décret ; / 4° Le mineur étranger, pris en charge par l'aide sociale à l'enfance, lorsqu'il remplit les conditions de l'article R. 5221-22 du code du travail. ". Aux termes de l'article R. 5221-17 du même code : " La décision relative à la demande d'autorisation de travail mentionnée au I de l'article R. 5221-1 est prise par le préfet. Elle est notifiée à l'employeur ou au mandataire qui a présenté la demande, ainsi qu'à l'étranger. ".

8. Il résulte des dispositions précitées qu'il appartient au seul préfet, lorsqu'il est saisi par un étranger résidant en France sous couvert d'une carte de séjour, d'un récépissé de demande ou de renouvellement de carte de séjour ou d'une autorisation provisoire de séjour, d'une demande de délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié accompagnée d'une demande d'autorisation de travail dûment complétée et signée par son futur employeur, de statuer sur cette double demande. S'il lui est loisible de donner délégation de signature à la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités, anciennement direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi, en matière de délivrance des autorisations de travail des ressortissants étrangers et ainsi de charger cette administration plutôt que ses propres services de l'instruction de telles demandes, il ne peut, sans méconnaître l'étendue de sa propre compétence opposer à l'intéressé un défaut d'autorisation de travail.

9. D'autre part, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

10. Contrairement à ce que soutient le requérant, un récépissé de demande ou de renouvellement de carte de séjour autorisant son titulaire à travailler ne saurait être assimilé à l'autorisation de travail mentionnée par les dispositions citées au point 6 du présent jugement. Par ailleurs, une promesse d'embauche adressée à l'autorité préfectorale à l'appui d'une demande de titre de séjour ou de renouvellement de titre de séjour ne constitue pas en elle-même une demande d'autorisation de travail dûment complétée et signée par le futur employeur de l'intéressé. Par suite, et alors qu'il n'est pas contesté qu'aucune demande d'autorisation de travail formalisée n'a été jointe à la demande de renouvellement de titre de séjour déposée par M. C, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour au motif qu'il ne présentait pas d'autorisation de travail, le préfet du Morbihan aurait commis une erreur de droit.

11. M. C soutient par ailleurs que la décision de refus de titre de séjour attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions des articles L. 421-1, L. 421-3 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il a produit une promesse d'embauche datée du 18 avril 2022 pour un contrat à durée déterminée en qualité de commis de cuisine à plein temps dans un restaurant à Vannes. Toutefois, ainsi qu'il a été dit précédemment, il ne justifie pas des fondements sur lesquels il a présenté sa demande de renouvellement de titre de séjour. En tout état de cause, d'une part, M. C n'allègue pas qu'il bénéficiait, à la date de l'arrêté attaqué, d'un contrat de travail à durée indéterminée, de sorte qu'il ne remplissait pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, alors que la décision attaquée ne mentionne qu'une promesse d'embauche, le requérant n'a déclaré ni dans ses écritures ni à l'audience avoir transmis à l'autorité préfectorale un contrat de travail à durée déterminée avant l'intervention de la décision attaquée. S'il a produit lors de l'audience un contrat de travail à durée déterminée conclu le 16 avril 2022, soit d'ailleurs deux jours avant la signature de la promesse d'embauche qui est pourtant signée par le même gérant de société et concerne le même emploi, il n'en demeure pas moins que la demande n'était pas assortie d'une autorisation de travail ou d'une demande d'autorisation de travail formalisée, de sorte que M. C ne remplissait pas davantage les conditions pour obtenir la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin, ni la seule promesse d'embauche, ni même le contrat de travail à durée déterminée produit à l'audience ne constituent des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels justifiant que la délivrance d'un titre de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire " sur le fondement de l'article L. 435-1 du même code, M. C ne se prévalant pas à l'appui de ce moyen d'autres considérations relatives à sa vie privée et familiale. Les circonstances que sa promesse d'embauche du 18 avril 2022 ait été renouvelée le 6 mai suivant et qu'une demande d'autorisation de travail ait été déposée le 15 juillet 2022 par l'entreprise sont par ailleurs sans incidence sur la légalité de la décision attaquée dès lors qu'elles sont postérieures à cette dernière.

12. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à se prévaloir, à l'appui de ses conclusions en annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour.

S'agissant des autres moyens :

13. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

14. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré en France à l'âge de seize ans. Si le requérant démontre avoir poursuivi des efforts d'intégration, notamment par la réalisation de plusieurs stages et par le suivi d'une formation de carreleur en apprentissage, il ne justifie, depuis la fin de sa dernière formation en avril 2021, que de la réalisation de missions d'intérim entre juin et octobre 2021, l'attestation du 16 novembre 2021 émanant de la société d'intérim qui l'a employé ne précisant ni le nombre, ni la durée, ni la nature de ces missions. Ni les promesses d'embauche et le contrat à durée déterminée qu'il produit, ni d'ailleurs la lettre du 21 juin 2022 émanant de la chambre des métiers et de l'artisanat de Bretagne l'informant de ce que sa candidature en CAP " cuisine " était retenue sous réserve des places disponibles ne permettent davantage de démontrer son insertion professionnelle. De plus, si M. C se prévaut du caractère régulier de l'essentiel de son séjour en France, la carte de séjour temporaire " étudiant " dont il a bénéficié entre le 4 mars 2020 et le 3 mars 2021 et les récépissés de demande de titre de séjour qui lui ont été délivrés ne lui donnaient pas vocation à rester sur le territoire français. Enfin, alors qu'il a déclaré être célibataire et sans enfant et qu'il n'allègue ni avoir des membres de sa famille en France ni être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, les attestations de proches qu'il produit ne sont pas suffisantes pour établir qu'il disposerait en France d'attaches d'une intensité telle que la décision l'obligeant à quitter le territoire français porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Il s'ensuit que, en dépit des circonstances qu'il vivrait de manière autonome dans son logement, qu'il remplit ses obligations fiscales et qu'il indique n'avoir jamais causé de troubles à l'ordre public, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation sur les conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

15. M. C ne démontrant pas, par les moyens qu'il invoque, l'illégalité des décisions lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français, le moyen qu'il soulève tiré de ce que la décision fixant le pays de destination serait elle-même illégale en raison de l'illégalité de ces décisions ne peut qu'être écarté.

16. Il résulte tout ce qui précède que les conclusions de la requête à fin d'annulation des décisions du 27 avril 2022 du préfet du Morbihan obligeant M. C à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Les conclusions à fin d'annulation, d'injonction et d'astreinte présentées à l'encontre de la décision relative au refus de séjour, ainsi que la demande de frais d'instance présentée en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique sont renvoyées devant une formation collégiale du tribunal.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet du Morbihan.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 novembre 2022.

La magistrate désignée,

signé

C. ALe greffier,

signé

M.-A. Vernier

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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